An­drew Coxon « Chaque dia­mant est un mi­racle de la na­ture »

Point de Vue - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Ma­rie-Eudes Lau­riot Pré­vost

Le pré­sident du De Beers Ins­ti­tute of Dia­monds voyage de­puis près de cin­quante ans à tra­vers le monde, à la re­cherche des pierres les plus ex­cep­tion­nelles. De­puis qu’il s’est pris de pas­sion pour les dia­mants dans une échoppe de Co­pa­ca­ba­na, il a ap­pris à re­con­naître d’un coup d’oeil la beau­té de ces créa­tures ter­restres ob­jets de toutes les convoi­tises. Il nous en livre les se­crets.

Q ue res­sen­tez-vous lorsque vous dé­cou­vrez un dia­mant ex­cep­tion­nel ? Je dé­cide de l’ache­ter ! En sa­chant qu’il ne se re­pré­sen­te­ra pas une se­conde fois et que sa va­leur ne bais­se­ra ja­mais. Le dia­mant est un mi­racle de la na­ture. Tou­cher un dia­mant brut est une sen­sa­tion in­croyable tant sa den­si­té se per­çoit sous les doigts. Les pierres les plus jeunes ont au bas mot 800 mil­lions d’an­nées. Elles ont connu l’en­fer des en­trailles de le Terre où cha­cune d’entre elles a ef­fec­tué un voyage de plu­sieurs cen­taines de ki­lo­mètres avant d’être ex­traite et taillée pour de­ve­nir la chose la plus dé­si­rable qui soit. Face à une nou­velle pierre, je me pose d’abord la ques­tion de sa beau­té. Lors­qu’elle est ex­cep­tion­nelle, je suis très heu­reux. En quoi consiste l’Ins­ti­tut De Beers des dia­mants ? Il a été fon­dé en 2001, au mo­ment de la créa­tion de la mai­son de joaille­rie De Beers Dia­monds. En tant que pré­sident de cet ins­ti­tut, je suis en­voyé par­tout dans le monde pour trou­ver les pierres les plus rares, qui n’ont par­fois été vues par per­sonne au­pa­ra­vant. De Beers a quatre ache­teurs tan­dis que je joue le rôle d’am­bas­sa­deur et d’ex­pert. Com­ment de­vient-on cher­cheur de dia­mants d’ex­cep­tion ? J’ai l’im­pres­sion d’exer­cer ce mé­tier de­puis tou­jours. Ado­les­cent, j’ai vé­cu au Bré­sil où mon père était di­plo­mate au ser­vice de la Grande-Bre­tagne. Dès que j’avais un mo­ment de libre, je fi­lais dans une pe­tite bou­tique de bi­joux de Co­pa­ca­ba­na à Rio. J’ado­rais l’am­biance, mettre les mains dans les pierres, les

Choi­sir une pierre d’ex­cep­tion, c’est connec­ter les yeux, le cer­veau et le coeur.

ob­ser­ver à la loupe et les clas­ser se­lon mes cri­tères per­son­nels. Au point qu’un jour, le pro­prié­taire m’a fait choi­sir cinq pierres, brutes et taillées. Il a trou­vé que j’avais l’oeil puis­qu’il a conseillé à mes pa­rents de m’en­voyer en stage chez De Beers. J’avais 18 ans, nous étions en 1968. J’ai fait un test à Londres et tout est par­ti de là. À 21 ans, je com­men­çais à ache­ter des pierres brutes en Afrique. Les dia­mants de cou­leur fi­gurent au­jourd’hui par­mi les plus chers du monde. Com­ment ex­pli­quer ce phé­no­mène ? Il y a trente ans, les dia­mants jaunes étaient consi­dé­rés comme mi­neurs. Au­jourd’hui, ils peuvent at­teindre des va­leurs folles. Le fait que le jaune soit, en Chine, la cou­leur im­pé­riale peut en par­tie ex­pli­quer cet em­bal­le­ment. Les ventes aux en­chères ren­contrent de plus en plus de suc­cès, même en pé­riode de crise. En mai 2016 par exemple, l’Op­pen­hei­mer, un dia­mant De Beers bleu fan­cy vi­vid taille éme­raude de 14,62 ca­rats, a été ad­ju­gé 57,5 mil­lions de dol­lars [49,7 mil­lions d’eu­ros, ndlr] chez Ch­ris­tie’s Ge­nève. La cote des dia­mants de cou­leur monte de­puis une ving­taine d’an­nées. Un dia­mant sur dix mille est co­lo­ré. Rose, brun, rouge, vert, ces nuances sont dues à une dis­tor­sion de la struc­ture de la pierre en rai­son des hautes pres­sions su­bies pen­dant le fa­meux voyage. Ces dia­mants de cou­leur sont de vrais ta­bleaux de maître. Ils se suf­fisent à eux-mêmes. Quelle est à vos yeux la meilleure taille ? Les pre­miers dia­mants dé­cou­verts en Inde au­tour de Gol­conde ont d’abord été uti­li­sés bruts comme ar­mure par les chefs mi­li­taires. Il a fal­lu 500 ans aux ar­ti­sans de la ré­gion pour trou­ver le meilleur moyen de les cou­per et de su­bli­mer l’éclat des pierres. De­puis, la taille des dia­mants s’est amé­lio­rée de siècle en siècle. J’ai une pré­fé­rence pour la taille brillant, dont les cin­quante-sept fa­cettes su­bliment l’éclat et la brillance de la pierre. Mais elle né­ces­site de sa­cri­fier beau­coup de poids pour être par­faite. En­fin, elle re­vêt une im­por­tance ca­pi­tale pour les dia­mants de cou­leur su­bli­més par une taille éme­raude ou poire. Bien réa­li­sée et se­lon l’angle des fa­cettes, elle per­met d’ailleurs de faire mon­ter la cou­leur au­tant que les ré­centes avan­cées en ma­tière de po­lis­sage. Que re­com­man­dez-vous à une femme qui doit faire un choix entre plu­sieurs pierres d’ex­cep­tion ? Dans notre jar­gon, nous évo­quons les quatre C aux­quels doit ré­pondre le dia­mant, pour ca­rat, cou­leur, cla­ri­ty (pu­re­té) et cut (taille). Cette no­men­cla­ture in­ven­tée dès 1939 par De Beers n’est bien sûr qu’un point de dé­part. Choi­sir une pierre d’ex­cep­tion, c’est connec­ter les yeux, le cer­veau et le coeur. Au­tre­ment dit tom­ber amou­reux !

An­drew Coxon

1 Ex­traites de la col­lec­tion de haute joaille­rie dé­voi­lée en juillet der­nier, les boucles d’oreilles (1) et le col­lier (2) de la ligne Soo­thing Lotus mêlent des dia­mants blancs de taille ovale, poire, na­vette et brillant à des dia­mants de cou­leur bruts et taillés (3). Une bague de la col­lec­tion 1888 Mas­ter Dia­monds (4).

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