An­drea et Ta­tia­na Ca­si­ra­ghi

« Il faut se battre pour la vie »

Point de Vue - - Sommaire -

À l’oc­ca­sion du dixième dî­ner de La Fon­da­tion Mo­trice qui lutte contre la pa­ra­ly­sie cé­ré­brale, An­drea et Ta­tia­na nous ont confié, en ex­clu­si­vi­té pour Point de Vue, leur at­ta­che­ment à cette cause. Leur en­ga­ge­ment est né d’une ami­tié entre le fils de la prin­cesse Ca­ro­line et Mat­thieu Cha­te­lin, at­teint par cette ma­la­die. Ce der­nier, ac­com­pa­gné de son père, le doc­teur Alain Cha­te­lin, pré­sident de la fon­da­tion, s’est joint au couple le temps d’un échange char­gé d’es­poir. Pro­pos re­cueillis par Em­ma­nuel Ci­rodde Pho­tos Oli­vier Borde

Votre at­ta­che­ment à La Fon­da­tion Mo­trice est lié à votre ami­tié avec Mat­thieu, at­teint de pa­ra­ly­sie cé­ré­brale… AN­DREA CA­SI­RA­GHI Nous nous sommes ren­con­trés pen­dant nos études à Pa­ris. Nous sommes de­ve­nus amis. J’ai été sen­sible à tout ce que Mat­thieu a tra­ver­sé, à ses com­bats, à sa force. La flamme de cette ini­tia­tive est en Mat­thieu. Tout est fait par lui, par son père et La Fon­da­tion Mo­trice. Il me re­vient sim­ple­ment de les ai­der à mettre leur ac­tion en lu­mière. Que vous a ap­por­té cet en­ga­ge­ment ? De l’hu­mi­li­té, de l’ad­mi­ra­tion pour Mat­thieu et pour toutes les per­sonnes tou­chées par la pa­ra­ly­sie cé­ré­brale. Nous avons tant de chance, la vie tient à très peu, mais elle est pré­sente en toute chose et il faut se battre pour la vie. Qu’at­ten­dez-vous d’un évé­ne­ment comme ce­lui de ce soir ? Que les dons soient les plus gé­né­reux pos­sible et que le pu­blic soit sen­sible à notre cause. Lorsque l’as­so­cia­tion a dé­bu­té en 2006, nous avons sou­te­nu des hy­po­thèses de re­cherche au­da­cieuses, dif­fi­ciles à ex­pli­quer et qui n’étaient pas cer­taines d’abou­tir. Mais cette an­née, grâce aux dons, et aux re­cherches qu’ils ont per­mis, nous pas­sons d’une phase où l’on cher­chait à com­prendre à une phase où nous al­lons agir. Je ne pen­sais pas que la fon­da­tion y par­vien­drait aus­si vite et j’en suis très fier. TA­TIA­NA CA­SI­RA­GHI Alain Cha­te­lin nous a adres­sé ré­cem­ment un mes­sage nous in­for­mant que pour la pre­mière fois, on no­tait une ré­duc­tion du nombre d’en­fants vic­times de pa­ra­ly­sie cé­ré­brale, par rap­port aux an­nées pré­cé­dentes. La fré­quence est pas­sée d’un en­fant vic­time toutes les cinq heures à un en­fant vic­time toutes les six heures. Ain­si énon­cés, ces chiffres ne semblent pas spec­ta­cu­laires, mais ils ré­vèlent un réel pro­grès, ce sont près de 300 en­fants sau­vés par an. DR ALAIN CHA­TE­LIN L’en­ga­ge­ment d’An­drea et de Ta­tia­na est es­sen­tiel pour La Fon­da­tion Mo­trice. Ils ont sen­si­bi­li­sé les do­na­teurs et per­mis que la Fon­da­tion soit mieux connue. Grâce à leurs ef­forts, les gens ont confiance dans notre ac­tion. Nous avons pu lan­cer de nou­veaux pro­grammes de re­cherche. Le lien entre An­drea et Mat­thieu est aus­si ex­trê­me­ment im­por­tant. Il montre que ces jeunes ont leur place dans la so­cié­té. Notre com­bat consiste aus­si à leur don­ner les moyens mé­di­caux, tech­niques et hu­mains pour s’in­sé­rer dans une com­mu­nau­té. Mat­thieu, quel sou­ve­nir conser­vez-vous de votre ren­contre avec An­drea ? MAT­THIEU CHA­TE­LIN Ce sont de très bons sou­ve­nirs, comme tous les étu­diants se ren­con­trant à l’uni­ver­si­té et de­ve­nant amis. C’est une ex­pé­rience que cha­cun peut connaître. Il est certes pos­sible que je lui aie don­né en­vie d’agir, mais son en­ga­ge­ment ne se li­mite pas à moi. Beau­coup de per­sonnes souffrent de ce han­di­cap, pas seu­le­ment en France ou en Eu­rope. C’est un pro­blème mon­dial et il fau­dra s’en oc­cu­per à cette échelle. D’un en­droit à l’autre du globe, les pos­si­bi­li­tés et l’es­pé­rance de vie ne sont pas les mêmes. Il y a deux fa­çons de voir les choses. Soit l’on consi­dère qu’il re­vient à cha­cun de se battre seul en hé­ros, soit l’on cesse de voir le han­di­cap comme un « ov­ni » afin d’oeu­vrer pour in­clure ces per­sonnes au­tant que pos­sible. T. C. Il est tou­chant et en­cou­ra­geant de voir que Mat­thieu est de­ve­nu très in­dé­pen­dant. Quand il ha­bi­tait à Londres, il pou­vait faire de nom­breuses choses seul, comme prendre le train par exemple. Mais lorsque An­drea et Mat­thieu sont de­ve­nus amis, je me sou­viens qu’il ne pou­vait même pas en­trer dans la bi­blio­thèque avec son fau­teuil. L’uni­ver­si­té n’était pas adap­tée en termes d’ac­ces­si­bi­li­té. A. C. Et je suis ex­trê­me­ment fier de Mat­thieu qui vient d’être élu au par­le­ment eu­ro­péen des per­sonnes han­di­ca­pées. Il me sur­pren­dra tou­jours ! Nombre de vos amis sont pré­sents pour cette soi­rée dé­diée à la fon­da­tion… T. C. Ils nous sou­tiennent ac­ti­ve­ment. Tout comme nous es­sayons de les sou­te­nir dans leurs propres causes. A. C. L’une des preuves de l’ami­tié, c’est d’épou­ser les com­bats de ses proches. Nos amis nous ont prou­vé de fa­çon très concrète – ils nous ont per­mis de le­ver plus de deux mil­lions d’eu­ros en dix ans – à quel point le tra­vail de La Fon­da­tion Mo­trice leur te­nait à coeur. An­drea, toute votre fa­mille vous en­toure éga­le­ment ce soir. Pour­quoi sa pré­sence est-elle im­por­tante ? D’abord, c’est un grand bon­heur de les sa­voir à mes cô­tés. Ils me sou­tiennent et sou­tiennent cette cause. C’est es­sen­tiel car cette pa­tho­lo­gie touche d’abord les fa­milles. Au-de­là de la mienne, toutes les fa­milles sont concer­nées. An­drea, votre mère, la prin­cesse de Ha­novre, est très im­pli­quée dans l’Amade (As­so­cia­tion mon­diale des amis de l’en­fance). Vous avez dé­jà me­né des mis­sions pour cette as­so­cia­tion,

« L’ou­ver­ture aux autres, c’est l’ADN des Mo­né­gasques. » An­drea Ca­si­ra­ghi

no­tam­ment en vous ren­dant aux Phi­lip­pines dès 2006. Pou­vez-vous nous en par­ler ? L’Amade a été fon­dée par ma grand-mère, la prin­cesse Grace, avant que ma mère n’en prenne la pré­si­dence. Je m’ins­cri­vais ain­si dans une tra­di­tion fa­mi­liale. Ce voyage a été un pre­mier pas dans le do­maine ca­ri­ta­tif. J’étais très jeune. J’ai vu des si­tua­tions ter­ribles, qui m’ont don­né en­vie d’agir. Mais ce­la reste une goutte d’eau dans la mer… très peu de choses au re­gard de tout ce qu’il fau­drait ac­com­plir. Êtes-vous tous les deux op­ti­mistes quant à l’ave­nir du monde et de notre pla­nète ? A. C. Notre pla­nète n’ira bien que si nous sommes tous op­ti­mistes. Il faut donc agir ; avoir foi dans ce que nous pou­vons faire. Ne pas res­ter les bras croi­sés. Comme ce tem­pé­ra­ment m’est plu­tôt na­tu­rel, que c’est le tem­pé­ra­ment mo­né­gasque et en outre ce­lui de la fa­mille, peut-être est-ce plus fa­cile ? J’ai tou­jours beau­coup ad­mi­ré ce que fait mon oncle, le prince Al­bert, pour l’en­vi­ron­ne­ment et la sau­ve­garde des océans. L’hu­ma­nisme fait éga­le­ment par­tie des va­leurs tra­di­tion­nelles qui nous sont chères. Dans ce do­maine, les Ren­contres phi­lo­so­phiques de Mo­na­co, fon­dées il y a deux ans par ma soeur Char­lotte, per­mettent éga­le­ment de po­ser des ques­tions im­por­tantes et de pro­gres­ser, tout en conti­nuant à faire de Mo­na­co une terre de culture et de créa­tion. Le fait de de­ve­nir pa­rents a-t-il chan­gé votre ac­tion ? T. C. Oui, nous sommes en­core plus tou­chés par ce qui peut ar­ri­ver aux en­fants, ce­la me semble nor­mal. A. C. De­ve­nir père a peut-être exa­cer­bé ma sen­si­bi­li­té aux causes que nous dé­fen­dons… mais je pense que j’avais dé­jà conscience de ce qui doit être fait. Vous sa­vez, ma fa­mille a tou­jours mis sa no­to­rié­té au ser­vice – je ne veux pas dire de « grandes causes » ce se­rait pom­peux – mais d’en­ga­ge­ments de ce type. L’ou­ver­ture aux autres, est dans l’ADN des Mo­né­gasques. Le 19 no­vembre, la fête na­tio­nale mo­né­gasque au­ra lieu. Y as­sis­te­rez-vous ? Bien sûr ! Et c’est un très grand mo­ment. Nous nous ras­sem­blons tous au­tour du prince sou­ve­rain, et à la dif­fé­rence peut être de na­tions à dé­mo­gra­phie plus im­por­tante, il s’agit pour nous et pour tous les Mo­né­gasques, d’une vé­ri­table fête de fa­mille. C’est l’oc­ca­sion de nous re­trou­ver, de par­ta­ger. C’est un mo­ment ex­trê­me­ment cha­leu­reux au­quel nous sommes tous très at­ta­chés. Quelle place tient Mo­na­co dans votre vie ? Comme pour tous les Mo­né­gasques, la Prin­ci­pau­té a une place pré­do­mi­nante dans mon coeur. J’y suis char­nel­le­ment at­ta­ché. Com­ment dire ? C’est chez moi ! La Prin­ci­pau­té, son his­toire, me font me sen­tir comme ha­bi­té par un de­voir. C’est pour moi un vé­ri­table hon­neur d’être mo­né­gasque. Quels sont les per­son­nages que vous ad­mi­rez et qui ont ten­té de chan­ger le monde ? Al­ba­tor, Lar­go Winch, Tin­tin, As­té­rix, Cor­to Mal­tese… (rire) Avez-vous dit à vos en­fants ce que vous faites ce soir ? T. C. Non, ils sont en­core très jeunes. Mais lors­qu’ils au­ront l’âge de com­prendre, il nous semble im­por­tant qu’ils aient conscience de ce type de pro­blèmes et qu’ils soient tour­nés vers les autres, at­ten­tifs aux plus fra­giles. Ta­tia­na et An­drea, lorsque Sa­sha et In­dia au­ront gran­di, ai­me­riez-vous les voir pro­lon­ger vos ac­tions ? A. C. Oui bien sûr, tout comme je se­rais heu­reux qu’ils trouvent éga­le­ment leur propre che­min. Ce­la se fe­ra li­bre­ment, et ils trou­ve­ront leurs causes tout aus­si na­tu­rel­le­ment. Quelles va­leurs vou­lez-vous leur trans­mettre ? T. C. L’hu­mi­li­té, l’ou­ver­ture d’es­prit, la cu­rio­si­té et la to­lé­rance… An­drea, vos en­ga­ge­ments vous obligent à beau­coup voya­ger. Com­ment har­mo­ni­sez-vous vos vies pro­fes­sion­nelles et fa­mi­liales ? A. C. Vous sa­vez, je ne fais ni plus, ni moins, ni mieux que les autres. Je voyage beau­coup, mais ce n’est cer­tai­ne­ment pas plus dif­fi­cile que pour quel­qu’un qui doit faire une ou deux heures de RER tous les jours pour al­ler tra­vailler. Nous nous ar­ran­geons très bien de ces contraintes… Vous sa­vez que je n’aime pas évo­quer ma vie pri­vée, mais je peux tout de même vous dire que nous sommes très heu­reux.  Ren­sei­gne­ments sur La Fon­da­tion Mo­trice : fon­da­tion­pa­ra­ly­sie­ce­re­brale.org

Ta­tia­na et Bea­trice, les res­plen­dis­santes épouses d’An­drea et Pierre, lors de cette soi­rée se dé­rou­lant à l’hô­tel Sa­lo­mon de Roth­schild.

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