Brae­mar La tra­di­tion en jeu

Point de Vue - - Sommaire - Par Fré­dé­ric Brun

La fa­mille royale bri­tan­nique ne manque ja­mais le ren­dez-vous des Jeux de Brae­mar. Un rite en ap­pa­rence im­muable, mais ponc­tué cette an­née par l’inau­gu­ra­tion d’un mu­sée, bap­ti­sé en hom­mage au prince Charles.

Landes de fou­gères rousses, par­fum de whis­ky, ba­lan­ce­ment im­pec­cable des kilts au son de la cor­ne­muse et lan­cer de troncs d’arbre de 100 kg… les High­land Games de Brae­mar. Man­quer ces jeux cel­tiques est im­pen­sable pour la reine Éli­sa­beth II. De­puis son cou­ron­ne­ment en 1952, la sou­ve­raine n’a été ab­sente que quatre fois. Elle a dé­cou­vert ces ren­contres spor­tives, dont l’ori­gine re­monte au XIe siècle, lors­qu’elle n’avait que 7 ans, en com­pa­gnie de ses grands-pa­rents, le roi George V et la reine Ma­ry. C’était le 2 sep­tembre 1933. Le même jour, l’Ita­lie et l’URSS si­gnaient un pacte de no­na­gres­sion. Le fait se perd dans la nuit de l’his­toire et de ses tu­multes. Une chose semble échap­per à l’em­prise du temps : la pré­sence royale le pre­mier sa­me­di d’août. Le rite est im­muable de­puis 1832, et l’ha­bi­tude prise, en 1848, par la reine Vic­to­ria d’y as­sis­ter chaque été. À quatre heures exac­te­ment, le si­gnal est don­né par le cri rauque du ser­gent des Ar­gyll and Su­ther­land High­lan­ders de la garde d’hon­neur à Bal­mo­ral. La ré­si­dence d’été de la sou­ve­raine n’est qu’à quelques miles. À vi­tesse lente, la Bent­ley glisse si­len­cieu­se­ment sur le ga­zon. Une étrange fer­veur, faite de joie mê­lée à de l’ad­mi­ra­tion, et une sorte d’ex­ci­ta­tion par­courent les 20 000 spec­ta­teurs. Le sou­rire d’Éli­sa­beth II à sa des­cente de voi­ture, ac­cueillie par le duc de Fife et les membres du co­mi­té, té­moigne à quel point elle est chez elle, en Écosse. « Elle re­vient fi­dè­le­ment chaque

« Des jeux à nuls autres pa­reils dans le monde. »

an­née au pays. C’est un grand hon­neur mais sur­tout une im­mense joie. La pré­sence royale crée une at­mo­sphère unique et rend les spec­ta­teurs heu­reux et les com­pé­ti­teurs plus va­leu­reux », s’en­thou­siasme Pe­ter Fra­ser, vice-pré­sident de la Brae­mar Royal High­land So­cie­ty. Le dis­cours of­fi­ciel est bref. Il cède aux ac­cla­ma­tions et aux cor­ne­muses. La foule est en liesse. L’en­semble des bands dé­file de­vant la loge royale, une mai­son­nette de bois au toit fleuri abri­tant des fau­teuils de ro­tin où la fa­mille royale prend place, avec sim­pli­ci­té. Dans l’arène, vaste cirque de pe­louse aux abords du vil­lage our­lé par les col­lines rousses, les com­pé­ti­teurs ri­va­lisent de force. Tout semble im­muable de­puis l’après­guerre, avec un dé­cor in­chan­gé. Ou presque. Car, pré­ci­sé­ment, à bien y re­gar­der, les choses ont com­men­cé à évo­luer de ma­nière si­gni­fi­ca­tive. Pre­mière dif­fé­rence no­table, le prince Charles, connu en Écosse sous son titre de duc de Ro­the­say, a pris place à la droite de la reine, non plus à sa gauche. Une mise en avant et une évo­lu­tion pro­to­co­laire liée à l’ab­sence pour la pre­mière fois de son père, le duc d’Édim­bourg. Le titre de duc de Ro­the­say orne éga­le­ment le fron­ton d’un bâ­ti­ment flam­bant neuf. Une pre­mière de­puis un de­mi-siècle. Dé­dié à un riche mu­sée des jeux, The Duke of Ro­the­say High­land Games Pa­vi­lion a été inau­gu­ré le 1er sep­tembre der­nier par la reine et son fils. Un hom­mage ap­puyé à l’en­ra­ci­ne­ment du prince Charles en Écosse sou­hai­té par la reine. L’hé­ri­tier du trône a d’ailleurs pro­fi­té de l’oc­ca­sion pour re­dire son at­ta­che­ment à ce ren­dez-vous qui lui est éga­le­ment cher. « Chaque an­née, ces jeux et leur ras­sem­ble­ment dans les villes et les vil­lages par­tout en Écosse conjuguent un ir­rem­pla­çable es­prit de com­mu­nau­té et offrent le spec­tacle de sports tra­di­tion­nels et de ré­jouis­sances à nuls autres pa­reils dans le monde », sou­ligne-t-il en s’ins­cri­vant dans l’an­crage fa­mi­lial. Forts de telles tra­di­tions, les jeux de Brae­mar se tournent eux aus­si vers l’ave­nir et tra­vaillent à leur dé­ve­lop­pe­ment. L’idée de les re­trans­mettre à la té­lé­vi­sion et de gé­né­rer des droits fait ap­pa­rem­ment son che­min par­mi les membres du co­mi­té. De­puis plu­sieurs an­nées, les spon­sors ont fait leur ap­pa­ri­tion sur le ter­rain. Avec une dis­crète élé­gance, na­tu­rel­le­ment ; mais une pré­sence cer­taine. Aux cô­tés des fi­la­tures de tar­tans et les dis­til­le­ries de whis­ky, l’hor­lo­ger suisse Hu­blot, connu pour ses montres contem­po­raines et ses par­te­na­riats va­riés – de Fer­ra­ri au club de foot­ball de Chel­sea, sans ou­blier The Prince’s Trust – est de­puis trois ans le chro­no­mé­treur of­fi­ciel des épreuves. Un pas en avant vers la mo­der­ni­té. Presque une ré­vo­lu­tion…

Ac­com­pa­gnée de son fils aî­né, la reine a inau­gu­ré le mu­sée des Jeux de Brae­mar. Une col­lec­tion unique au monde : plus de 500 ob­jets et sou­ve­nirs royaux. Le bâ­ti­ment flam­bant neuf, bap­ti­sé Le Duc de Ro­the­say – titre du prince Charles en Écosse – ouvre une nou­velle ère aux jeux, en pleine ex­pan­sion.

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