Quelles plumes !

Point de Vue - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Jé­rôme Car­ron

De­puis vingt ans, il en­chante ses lec­teurs avec ses sé­ries de livres et de per­son­nages du Moyen Âge. De Guil­hem d’Us­sel, che­va­lier sous Phi­lippe Au­guste, à Louis Fron­sac, contem­po­rain de Ma­za­rin, en pas­sant par Ed­ward Holmes et Go­wer Wat­son, deux An­glais ha­bi­tant Pa­ris pen­dant la guerre de Cent Ans, il nous fait re­vivre ces pé­riodes riches en re­bon­dis­se­ments et in­trigues. À l’oc­ca­sion de la ré­édi­tion d’une aven­ture de Fron­sac, Le Der­nier Se­cret de Ri­che­lieu*, il ré­pond à nos ques­tions.

Com­ment vous est ve­nue cette pas­sion de l’his­toire ? Plus jeune, je dé­vo­rais les oeuvres d’Alexandre Du­mas et de Mi­chel Zé­va­co. Mais je ne pen­sais pas écrire moi­même. Puis un jour, une per­sonne m’a sug­gé­ré de m’es­sayer à cet exer­cice. Mon pre­mier livre n’a eu au­cun suc­cès. Mais le se­cond, L’énigme du clos Ma­za­rin, qui met­tait en scène Louis Fron­sac, s’est bien ven­du. Ce­la m’a en­cou­ra­gé à en faire d’autres. Com­ment choi­sis­sez-vous les pé­riodes sur les­quelles vous écri­vez ? Le point de dé­part est le plus sou­vent une anec­dote his­to­rique ou une époque moins connue qui me donne en­vie d’ima­gi­ner un ro­man. Je n’écris pas de ma­nière chro­no­lo­gique la vie de mes per­son­nages. Je pré­fère par­tir d’un fait his­to­rique qui m’in­té­resse. Ce­la me donne plus de plai­sir. De quelle fa­çon vous do­cu­men­tez-vous ? J’ai des fi­chiers sur or­di­na­teur par thème. Par exemple, j’ai un dos­sier « au­berge » qui contient des in­for­ma­tions sur 150 éta­blis­se­ments pa­ri­siens du XIIe au XIXe siècle dans les­quels j’ai mis tout ce que je glane au fil de mes lec­tures. Je m’en sers lors­qu’un de mes per­son­nages doit se rendre dans ce genre d’en­droit. Ce­la oblige à être ri­gou­reux. On ne peut pas se per­mettre de com­mettre des er­reurs lorsque l’on écrit des ro­mans his­to­riques. J’ai aus­si des dos­siers sur la mode, qui était dif­fé­rente en fonc­tion des cours et des époques. Vous êtes très pré­cis dans vos des­crip­tions… Il est im­por­tant que le lec­teur vi­sua­lise mes per­son­nages et puis il faut sa­voir de quoi on parle. Par exemple, j’ai fait fa­bri­quer un pis­to­let à rouet par un ar­ti­san po­lo­nais, le seul dans le monde à pou­voir le faire, car je vou­lais com­prendre com­ment ce­la fonc­tion­nait. J’es­saie tou­jours de me pro­cu­rer un exem­plaire de l’arme que je cite dans mes ro­mans. Ce­la fait une ving­taine d’an­nées que vous écri­vez, quels sont les per­son­nages his­to­riques qui vous fas­cinent le plus ? Au XVIIe, il y a Ma­za­rin. Il sort du lot. Il n’est pas fran­çais et il fait énor­mé­ment de choses pour le pays, même si sur la fin, il pré­fère gé­rer ses propres fi­nances. Je ne di­rais pas que c’était un li­bé­ral, le terme n’exis­tait pas à l’époque, mais il n’était pas cruel, ce qui était rare en ce temps-là où la vie hu­maine avait peu de prix. Et dans un autre do­maine, Mo­lière était fas­ci­nant dans sa connais­sance du genre hu­main. Avec Louis Fron­sac, Guil­hem d’Us­sel, Ed­ward Holmes et Go­wer Wat­son, vous avez créé une belle ga­le­rie de per­son­nages… Louis Fron­sac est le pre­mier. Il vient d’Aix-en-Pro­vence et au dé­part, j’étais un au­teur ré­gio­nal. Pour Ed­ward Holmes et Go­wer Wat­son, j’ai été fas­ci­né en dé­cou­vrant que Pa­ris a été oc­cu­pé par les An­glais pen­dant vingt ans. Je trou­vais amu­sant de créer un an­cêtre de Holmes ca­pable de me­ner des in­ves­ti­ga­tions. Et j’ai une ten­dresse par­ti­cu­lière pour le trou­ba­dour Guil­hem d’Us­sel. J’écris sa nou­velle aven­ture qui pa­raî­tra l’an­née pro­chaine. Je l’amène en Saxe où il va ren­con­trer Blanche-Neige !

* Édi­tions 10/18, col­lec­tion Grands dé­tec­tives, 445 pages, 8,80 eu­ros.

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