Ne pas ou­blier…

Point de Vue - - Édito - Adé­laïde de Cler­mont-Ton­nerre Di­rec­trice de la ré­dac­tion

Nous n’avons, pour les sol­dats de 1914, qu’ad­mi­ra­tion, re­con­nais­sance et com­pas­sion. Mais rendre hom­mage à leur souf­france et à leur sa­cri­fice ne veut pas dire cé­lé­brer la vic­toire, ni ou­blier l’hor­reur que fut cette Pre­mière Guerre mon­diale. Fra­tri­cide, in­utile, elle a pré­ci­pi­té le dé­clin de l’Eu­rope, tru­ci­dé et mu­ti­lé des mil­lions d’hommes, en­gen­dré de sa paix in­juste un nou­veau monstre qui a ré­pan­du, vingt ans plus tard, la dé­so­la­tion sur notre conti­nent et mar­qué l’hu­ma­ni­té du sceau de l’in­fa­mie. Certes l’Ély­sée, en sou­hai­tant des cé­ré­mo­nies « pas trop mi­li­taires », n’a pas été di­plo­mate dans sa for­mu­la­tion, mais l’Ély­sée a rai­son. Une com­mé­mo­ra­tion parle du pré­sent. Comment cé­lé­brer la vic­toire quand nous ac­cueillons une cen­taine de chefs d’État dont cer­tains étaient bien en­ten­du « de l’autre cô­té » ? Est-ce une vic­toire d’avoir per­du 1,4 mil­lion de Fran­çais sur le champ de ba­taille ? Sans par­ler des « gueules cas­sées » et des 3 mil­lions de bles­sés qui ont échap­pé plus ou moins en­tiers et plus ou moins vi­vants à cet en­fer ? Les poi­lus sont re­ve­nus pa­ci­fistes des tran­chées. Le 11 No­vembre leur per­met­tait de se sou­ve­nir de leurs ca­ma­rades dis­pa­rus, du sou­la­ge­ment de l’ar­mis­tice, de l’es­poir d’un « plus ja­mais ça ». Rap­pe­lez-vous les ten­ta­tives de fra­ter­ni­sa­tion entre en­ne­mis lors de Noël 1914. Elles furent bru­ta­le­ment ré­pri­mées par la hié­rar­chie mi­li­taire. Le réa­li­sa­teur Chris­tian Ca­rion en avait fait un film ma­gni­fique. Il y mon­trait comment l’hu­main ap­pe­lait l’hu­main. Le sen­ti­ment d’in­uti­li­té qui avait tra­ver­sé le coeur de ces hommes pris dans la glace et la ter­reur des tran­chées. On ne peut pas, cent ans plus tard, ana­ly­ser 14-18 avec le prisme de l’époque. Es­pé­rons, alors que la si­tua­tion géo­po­li­tique se dé­grade par­tout au­tour de nous et que l’Eu­rope cherche déses­pé­ré­ment un nou­veau souffle, que les hommes sau­ront, une fois n’est pas cou­tume, ti­rer les le­çons de l’His­toire. Es­pé­rons que la paix ne se­ra ja­mais pour nous un vain mot.

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