Les dé­co­ra­tions des rois de France ven­dues à Ge­nève

Point de Vue - - Sommaire - Par Vincent Mey­lan

La col­lec­tion de bi­joux pro­ve­nant des Bour­bonParme qui se­ra ven­due chez So­the­by’s, à Ge­nève, le 14 no­vembre pro­chain com­prend, outre les perles de la reine Ma­rie-An­toi­nette, évo­quées dans ces pages il y a quelques mois, près d’une cen­taine de bi­joux et dé­co­ra­tions. Par­mi les joyaux les plus somp­tueux se trouvent trois sou­ve­nirs uniques de l’his­toire de France.

Le dia­dème est ex­cep­tion­nel ! Trois énormes fleurs de lys en dia­mants po­sées sur une ar­ma­ture ser­tie des mêmes pierres. Il date de 1912 et a été créé pour l’ar­chi­du­chesse Ma­rieAnne d’Au­triche. En 1903, le ma­riage de cette prin­cesse avec le prince Élie de Bour­bonParme est en­tou­ré d’un faste ex­tra­or­di­naire. Tous les princes de la mai­son de Bour­bon en exil en Au­triche, tous les Habs­bourg, y com­pris l’em­pe­reur Fran­çoisJo­seph, nombre de Bra­gance, de Ba­vière et de Tour et Taxis y as­sistent. Les ca­deaux sont tout aus­si spec­ta­cu­laires. Élie n’est que le troi­sième fils du duc de Parme, mais ses deux frères aî­nés souf­frant d’un han­di­cap men­tal grave, il se­ra leur ré­gent jus­qu’à leur mort et sa des­cen­dance et celle de Ma­rie-Anne hé­ri­te­ra des droits à la cou­ronne de Parme. La jeune ar­chi­du­chesse a d’ores et dé­jà re­çu tous les bi­joux ayant ap­par­te­nu à sa belle-mère. Quelques an­nées plus tard, après le rè­gle­ment de la longue suc­ces­sion du duc Ro­bert, mort en 1907, Élie re­çoit les bi­joux de fa­mille que son épouse por­te­ra lors des soi­rées de ga­la à la Hof­burg. Par­mi eux se trouvent plu­sieurs dé­co­ra­tions mas­cu­lines or­nées de pierres pré­cieuses. Ain­si la pro­ve­nance des dia­mants du dia­dème à fleurs de lys mon­té en 1912 est ex­cep­tion­nelle. Ils ont été ôtés d’une plaque de l’ordre du Saint-Es­prit, le plus il­lustre des ordres de che­va­le­rie fran­çais, qui a ap­par­te­nu au der­nier roi de France : Sa Ma­jes­té Charles X. La plaque, dé­pouillée de toutes ses pierres, existe en­core. La tra­jec­toire de cette plaque est par­fai­te­ment lim­pide. À la mort de Charles X, en exil, en 1836, elle est hé­ri­tée par son unique fils sur­vi­vant, le duc d’An­gou­lême. Et à la mort de ce der­nier en 1844, sa nièce, Louise, du­chesse de Parme, re­çoit le bi­jou. Le prince Élie, époux de Ma­rie-Anne pour qui est mon­té le dia­dème, est le pe­tit-fils de Louise. Ce sont ses des­cen­dants qui mettent en vente chez So­the­by’s le dia­dème et les quelque 99 bi­joux et dé­co­ra­tions qui l’ac­com­pagnent. Par­mi ces joyaux fi­gurent les fa­meuses perles de Ma­rieAn­toi­nette évo­quées dans ces pages il y a quelques mois. Deux autres dé­co­ra­tions fa­bu­leuses sont pré­sen­tées dans le ca­ta­logue de la vente de la col­lec­tion Bour­bonParme. Elles aus­si ap­par­tiennent à l’His­toire de France, puis­qu’elles ont été en pos­ses­sion du duc d’An­gou­lême, fils aî­né de Charles X, époux de Ma­dame Royale, la fille du roi Louis XVI et de la reine Ma­rie-An­toi­nette. Toutes deux sont conser­vées dans leur écrin de ma­ro­quin rouge aux armes de Fils de France, po­sées sur les deux ancres de ma­rine au­quel le duc d’An­gou­lême avait droit en tant que grand ami­ral de France. La pre­mière est un somp­tueux pen­den­tif de la branche es­pa­gnole de l’ordre de la Toi­son d’or. Il est en­tiè­re­ment ser­ti de dia­mants, de pe­tits ru­bis et d’un sa­phir cen­tral de 8,90 ca­rats. La se­conde est un pen­den­tif en dia­mants et éme­raudes de l’ordre du Saint-Es­prit. Contrai­re­ment à la plaque du Saint-Es­prit du roi Charles X, ces deux dé­co­ra­tions ont tra­ver­sé les siècles in­tactes. Elles sont l’un des très rares exemples de dé­co­ra­tions ser­ties de pierres pré­cieuses ayant ap­par­te­nu à un prince de France qui soient par­ve­nues jus­qu’à nous. Évi­dem­ment, la ques­tion est sur toutes les lèvres : les mu­sées fran­çais, le Louvre ou la Lé­gion d’hon­neur, se­ront-ils sur les rangs des ache­teurs, à Ge­nève, le 14 no­vembre ? Les es­ti­ma­tions sont rai­son­nables : 150 000 eu­ros pour le pen­den­tif de l’ordre du Saint-Es­prit et 300 000 pour ce­lui de la Toi­son d’or. Évi­dem­ment, ces chiffres ne tiennent pas compte de la plus­va­lue his­to­rique que ces joyaux peuvent ob­te­nir. Mais le mar­ché des ama­teurs de dé­co­ra­tions est plus res­treint que ce­lui des bi­joux et peut-être sont-ils as­sez proches du prix réel qui se­ra ob­te­nu le 14 no­vembre. Il en va tout au­tre­ment pour le dia­dème de fleurs de lys en dia­mants com­po­sé avec les pierres de la plaque du Saint-Es­prit du roi Charles X. Il est es­ti­mé 500 000 eu­ros, mais fran­che­ment, on le voit dif­fi­ci­le­ment par­tir à moins du double, voire du triple de cette somme.

Es­ti­mé 500 000 €, le dia­dème pour­rait voir son prix s’en­vo­ler.

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Le dia­dème de la prin­cesse Élie de Bour­bon-Parme – créé avec des dia­mants ôtés d’une dé­co­ra­tion ayant ap­par­te­nu à Charles X – est l’un des lots ve­dettes de la vente de So­the­by’s.

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