Le voeu d’Ayako

Ma­riage de la pe­tite-cou­sine de l’em­pe­reur du Ja­pon

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En choi­sis­sant à 28 ans d’épou­ser un ro­tu­rier, la fille du dé­funt prince Ta­ka­ma­do a dû re­non­cer à ses titres im­pé­riaux. Une dé­ci­sion as­su­mée dans la bonne hu­meur au cours de trois jours de fes­ti­vi­tés et de ri­tuels an­ces­traux. Ma­rie-Eudes Lau­riot Pré­vost

Ne l’ap­pe­lez plus prin­cesse Ayako. Ma­dame Mo­riya suf­fit dé­sor­mais à son bon­heur, de­puis que la pe­ti­te­cou­sine de l’em­pe­reur du Ja­pon, troi­sième et der­nière fille du prince Ta­ka­ma­do dis­pa­ru en 2002, a choi­si d’épou­ser un simple ro­tu­rier. L’heu­reux élu s’ap­pelle Kei Mo­riya, il a 32 ans et tra­vaille pour Nip­pon Yu­sen Kai­sha, une com­pa­gnie ja­po­naise de trans­ports ma­ri­times ba­sée à To­kyo. Les deux jeunes gens se sont ren­con­trés il y a quelques mois à la fa­veur d’un dî­ner or­ga­ni­sé par la mère d’Ayako, la prin­cesse Ta­ka­ma­do, amie de longue date de la fa­mille de Kei. Of­fi­ciel­le­ment, il s’agis­sait de par­ler de l’as­so­cia­tion En­fants sans Fron­tières dont Kei est l’un des ani­ma­teurs, et ce, alors qu’Ayako ve­nait de ter­mi­ner des études d’as­sis­tante so­ciale. « C’est comme si nous nous connais­sions de­puis tou­jours », a-t-elle té­moi­gné plus tard en évo­quant cette ren­contre pro­vi­den­tielle. « J’ai tout de suite su que je vou­lais pas­ser ma vie au­près d’elle », s’est-il confié à son tour. Les fian­çailles ont été cé­lé­brées le 12 août der­nier. Mais l’or­ga­ni­sa­tion du ma­riage, dont la date était fixée au 30 oc­tobre, exi­geait un « sa­cré » préa­lable. Car con­for­mé­ment à la cons­ti­tu­tion du Ja­pon de l’après-guerre adop­tée en 1947, les femmes de la fa­mille im­pé­riale qui épousent un ro­tu­rier perdent de fait leur qua­li­té de prin­cesse. Et comme nous sommes au Ja­pon, ce­la passe for­cé­ment par un ri­tuel co­di­fié à l’ex­trême. Ven­dre­di 26 oc­tobre, Ayako est ar­ri­vée au pa­lais impérial telle une prin­cesse, en robe du soir et pa­rée d’un dia­dème, d’un col­lier et de boucles d’oreilles en or blanc et dia­mants. Face à l’em­pe­reur Aki­hi­to et l’im­pé­ra­trice Mi­chi­ko, elle s’est li­vrée, par un échange de bols de sa­ké et de ba­guettes, à la cé­ré­mo­nie du Cho­ken­qui acte son dé­part de la fa­mille im­pé­riale. Trois jours plus tard, Ayako et son fian­cé se sont pré­sen­tés cette fois de­vant le sanc­tuaire Mei­ji-Jin­gu, haut lieu du shin­toïsme dé­dié aux âmes di­vines de l’em­pe­reur. ÀTo­kyo, la plu­part des ma­riages re­li­gieux se dé­roulent dans ce lieu si­tué au coeur d’un parc ma­gni­fique, tout près du quar­tier po­pu­laire de Shi­buya. Si le ma­rié a op­té pour une ja­quette très oc­ci­den­tale, il en va tout au­tre­ment pour la ma­riée qui s’est pliée à un dress code ve­nu du fond des âges. Ayako a re­vê­tu une pre­mière robe de cé­ré­mo­nie en soie crème tis­sée de fleurs rouges su­per­po­sée à un large pan­ta­lon de cou­leur prune. Ses che­veux ti­rés en ar­rière et fixés par une puis­sante laque lui confèrent une sorte de coiffe se­lon une mode douze fois cen­te­naire, celle de l’ère Heian. Pas de quoi pour­tant al­té­rer son sou­rire ra­dieux lors­qu’elle s’avance vers le temple où l’at­tend le prêtre. À l’abri des re­gards, Ayako et Kei échangent leurs al­liances et un bol de sa­ké en

Une fois les ri­tuels ac­com­plis au temple shin­to Mei­ji-Jin­gu de To­kyo, Ayako et Kei lèvent leur verre aux in­vi­tés réunis à l’hô­tel New Ota­ni, par­mi les­quels le prince hé­ri­tier et la prin­cesse hé­ri­tière et le Pre­mier mi­nistre Shin­zo Abe. Ayako doit son nou­veau bon­heur à sa mère la prin­cesse Ta­ka­ma­do. C’est elle, épouse du dé­funt prince Ta­ka­ma­do, cou­sin de l’ac­tuel em­pe­reur, qui a or­ga­ni­sé la ren­contre entre sa fille ca­dette et le fils d’amis de longue date.

« Faites-nous le plai­sir de fon­der une fa­mille joyeuse », leur sou­haite le prince hé­ri­tier.

signe de consen­te­ment avant de res­sor­tir sa­luer la foule mas­sée de­vant l’im­po­sante construc­tion de bois re­cou­verte d’un toit de cuivre. La ma­riée est ha­billée cette fois d’une longue robe rouge, la cou­leur de la lu­mière au Ja­pon à l’image de son sou­rire ra­dieux. Mon­sieur et ma­dame Mo­riya ac­ceptent même de ré­pondre aux ques­tions des jour­na­listes, mon­trant leur « re­con­nais­sance » au pu­blic ve­nu as­sis­ter à l’évé­ne­ment. Il ne leur reste plus qu’à le fê­ter en fa­mille, ce qui se passe dès le len­de­main dans les sa­lons de l’hô­tel New Ota­ni de To­kyo. Le prince Na­ru­hi­to et son épouse la prin­cesse Ma­sa­ko sont au ren­dez-vous et le fu­tur em­pe­reur se fend même d’un pe­tit dis­cours, sou­hai­tant le meilleur à sa cou­sine re­vê­tue cette fois d’une robe de ma­riée en mous­se­line blanche re­bro­dée de fleurs et un su­perbe dia­dème. « Faites-nous le plai­sir de fon­der une fa­mille joyeuse, pleine de sou­rires et de bien­veillance ré­ci­proque », lance-t-il de­vant les soixante-dix in­vi­tés, dont le Pre­mier mi­nistre Shin­zo Abe. En guise de ca­deau, les jeunes ma­riés ont re­çu une somme de 950 000 eu­ros qui les ai­de­ra à dé­mar­rer dans la vie. Ayako n’est pas la pre­mière prin­cesse ja­po­naise à re­non­cer à son titre. Avant elle, sa grande soeur No­ri­ko s’est ma­riée avec le fils d’un prêtre shin­to. Et en­core avant elle, la propre fille de l’em­pe­reur, la prin­cesse Saya­ko, a épou­sé un ami de son frère et mène dis­crè­te­ment sa car­rière d’or­ni­tho­lo­giste. C’était il y a treize ans et elle avait à l’époque dé­jà re­çu une dot de l’agence im­pé­riale, pas­sé son per­mis de conduire et sui­vi des cours de tra­vaux do­mes­tiques. De­ve­nir ma­dame-tout-le-monde, c’est tout un mé­tier qu’Ayako est prête à em­bras­ser.

Vê­tue et coif­fée se­lon la mode de l’ère Heian (794-1185), Ayako est dé­sor­mais ma­dame Mo­riya, après la cé­ré­mo­nie de ma­riage au sanc­tuaire Mei­ji-Jin­gu. La veille, elle s’est pliée au ri­tuel du Cho­ken-no-Gi face à l’em­pe­reur et à l’im­pé­ra­trice, qui acte le re­non­ce­ment à son titre de prin­cesse.

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