L’af­faire Ca­ro­li­neo­line Di­ckin­son

QUAND L’AS­SAS­SIN EST RE­TROU­Vé à L’AUTRE BOUT DU MONDE

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Ce n’est que le len­de­main à 8 heures que l’on dé­couvre le corps sans vie de la pe­tite an­glaise. Dès la dé­cou­verte du drame la gen­dar­me­rie qua­drille les lieux et les jour­na­listes af­fluent par di­zaines à Plei­neFou­gères. Une in­for­ma­tion ju­di­ciaire est ou­verte et le dos­sier est confié au juge d’ins­truc­tion de Saint Ma­lo Gé­rard Zaug. Le fait qu’au­cune des jeunes filles dor­mant dans la chambre de Ca­ro­line ne se soit ren­due compte de rien laisse per­plexe les en­quê­teurs. Voi­ci ce qu’elles vont dé­cla­rer lors de leur au­di­tion par les gen­darmes: “Dans la nuit je me suis ré­veillée vers trois heures, j’ai en­ten­du quel­qu’un qui res­pi­rait avec dif­fi­cul­té”. “J’ai été ré­veillée par des bruits, ça fai­sait comme si ça ta­pait sur quelque chose. J’ai vu Ca­ro­line qui bou­geait, elle se­couait les jambes de ma­nière as­sez éner­gique. J’ai pen­sé qu’elle rê­vait, qu’elle fai­sait un gros cau­che­mar”.

L’en­quête

L’ins­pec­tion des lieux du crime va per­mettre de dé­cou­vrir plu­sieurs in­dices. Un gros mor­ceau d’ouate est dé­cou­vert à proxi­mi­té du corps de la jeune fille. C’est ce qui a sans doute ser­vi à l’étouf­fer. Et sur­tout une trace de sperme lais­sée par le meur­trier sur sa cuisse va per­mettre de connaître l’em­preinte gé­né­tique du coupable. Mal­heu­reu­se­ment ils n’ont au­cun sus­pect avec qui la com­pa­rer. Ce drame fait la une des jour­naux et bou­le­verse toute la Grande-Bre­tagne. Sous l’énorme pres­sion mé­dia­tique ve­nue d’ou­tremanche, les gen­darmes vont ar­rê­ter quelques jours après le drame un SDF, Pa­trice Pa­dé, qui avait été aper­çu par des té­moins à proxi­mi­té de l’au­berge de jeunesse.

Ce mar­gi­nal ta­toué

et au ca­sier ju­di­ciaire char­gé a le pro­fil idéal du coupable. Après 45 heures de garde à vue, épui­sé, en manque d’al­cool et har­ce­lé par les gen­darmes, il craque et avoue être l’au­teur du crime. Pour la jus­tice fran­çaise l’af­faire est bou­clée et le juge

d’ins­truc­tion or­ga­nise le 23 juillet 1996 une confé­rence de presse très mé­dia­tique au cours de la­quelle il an­nonce, triom­phant, que le coupable a été ar­rê­té sans même connaître le ré­sul­tat des tests ADN. Grave er­reur car huit jours plus tard les ana­lyses dis­culpent Pa­trice Pa­dé qui est re­lâ­ché.

L’en­quête re­part à zé­ro

Le 12 dé­cembre 1996 John Di­ckin­son dé­barque en France avec une idée en tête: ac­cé­lé­rer l’en­quête sur le meurtre de sa fille qui pa­tine de­puis des mois. Pour ce­la il lance un ap­pel pu­blic de­vant les jour­na­listes afin de trou­ver de nou­veaux té­moins. Il de­mande éga­le­ment que soit réa­li­sé un test gé­né­tique sur tous les hommes adultes de Plei­neFou­gères, chose in­édite en France mais très cou­rante en Grande Bre­tagne. Face au re­fus du juge Zaug, il se tourne vers les hautes ins­tances ju­di­ciaires et réus­sit à faire rem­pla­cer le juge. Le mé­dia­tique Re­naud Van Ruym­beke re­prend l’en­quête et grâce à son au­ra va dis­po­ser de moyens consi­dé­rables. Tout d’abord les 170 hommes de 15 à 35 ans vi­vant à Pleine Fou­gère vont su­bir un test ADN, sans ré­sul­tat. Dé­but 1998, le juge Van Ruym­beke se rend en Grande Bre­tagne pour ré­in­ter­ro­ger les ca­ma­rades de Ca­ro­line Di­ckin­son et va dé­cou­vrir un élé­ment nou­veau. Plu­sieurs jeunes filles avaient re­pé­ré un homme au com­por­te­ment étrange à proxi­mi­té de l’au­berge. A par­tir de ces in­fos un por­trait ro­bot est éta­bli et dif­fu­sé dans la presse. Des cen­taines de té­moi­gnages vont af­fluer. Plus de 9000 per­sonnes sont en­ten­dues et le juge im­pose un test ADN à tous les sus­pects po­ten­tiels. Mais tous ces ef­forts vont fi­nir par payer. Les en­quê­teurs vont dé­cou­vrir que quelques heures avant le drame une autre agres­sion a eu lieu dans une autre au­berge de jeunesse à Saint Lu­naire à quelques

ki­lo­mètres de Pleine Fou­gère. En­fin un sus­pect Le juge dé­livre une com­mis­sion ro­ga­toire à toutes les bri­gades de gen­dar­me­rie de France de­man­dant que soient re­cen­sés tous les in­ci­dents ayant eu lieu dans les au­berges de jeunesse dans les deux ans pré­cé­dant le drame. Plus d’une cen­taine de sus­pects sont in­ter­ro­gés et su­bissent un test gé­né­tique. Tous sont dis­cul­pés les uns après les autres. Au bout de quelques se­maines il ne reste plus que deux ou trois noms sur la liste. Par­mi eux se trouve le nom de Fran­cis­co Arce Montes, un es­pa­gnol d’une cin­quan­taine d’an­nées connu des ser­vices de po­lice pour avoir ten­té de s’in­tro­duire dans une au­berge de jeunesse en 1994. Au prin­temps 2001 Fran­cis­co Arce Montes de­meure tou­jours in­trou­vable. Mais le 02 avril 2001 un ex­tra­or­di­naire coup du sort va per­mettre aux en­quê­teurs de mettre la main sur le sus­pect. Tom­my On­ko, un of­fi­cier de la po­lice de l’im­mi­gra­tion ba­sé à l’aé­ro­port de Detroit aux Etats-Unis tombe sur un ar­ticle de jour­nal trai­tant de l’af­faire Di­ckin­son et dé­cide à tout ha­sard de consul­ter la base de don­nées de la po­lice pour vé­ri­fier, sans trop y croire, s’il se trouve sur le ter­ri­toire amé­ri­cain. Et l’or­di­na­teur parle. Fran­cis­co Arce Montes se trouve aux Etats-Unis de­puis plu­sieurs mois et est in­car­cé­ré en Flo­ride pour at­ten­tat à la pu­deur dans une au­berge de jeunesse de Mia­mi. Aus­si­tôt il pré­vient la po­lice fran­çaise qui dé­pêche im­mé­dia­te­ment deux of­fi­ciers en Flo­ride pour ef­fec­tuer des pré­lè­ve­ments d’ADN sur le sus­pect. Le 14 avril 2001 les ana­lyses parlent: Il y a 99.9 % de chances que l’ADN re­trou­vé dans la chambre de la vic­time soit celle de Fran­cis­co Arce Montes.

L’ar­res­ta­tion

Le 20 no­vembre 2001, l’Es­pa­gnol est ex­tra­dé vers la France et mis en exa­men pour le viol et le meurtre de la pe­tite Ca­ro­line. Le 07 juin 2004 le pro­cès en as­sise s’ouvre à Rennes. Il dé­montre que Fran­cis­co Arce Montes n’a vrai­sem­bla­ble­ment pas toute sa rai­son. Il souffre de troubles ob­ses­sion­nels com­pul­sifs et a dé­jà ef­fec­tué plu­sieurs sé­jours en hô­pi­tal psy­chia­trique. Le pro­cès per­met éga­le­ment de faire une par­tie de la lu­mière sur le par­cours cri­mi­nel in­ter­na­tio­nal de l’Es­pa­gnol. Tout d’abord en Al­le­magne entre 1985 et 1989 où il est à trois re­prises im­pli­qué dans des faits de viol à Brême, Tü­bin­gen et Fri­bourg qui lui valent cinq ans de pri­son. Puis en France en 1994 où il a ten­té de s’in­tro­duire dans une au­berge de jeunesse de Blé­ré. En­fin il est ap­pré­hen­dé en Espagne en 1997 alors qu’il s’ap­prê­tait à vio­ler une jeune fille. Mal­heu­reu­se­ment il s’échappe et prend la fuite à Mia­mi où il est ar­rê­té pour s’être mas­tur­bé dans la chambre d’hô­tel d’une cliente.

Ce drame fait la une des jour­naux et bou­le­verse toute la Grande-Bre­tagne.

Il souffre de troubles ob­ses­sion­nels com­pul

sifs et a dé­jà ef­fec­tué plu­sieurs sé­jours en hô­pi­tal

psy­chia­trique

Ca­ro­line Di­ckin­son

Montes

Les pa­rents de Ca­ro­line Fran­cis­co Arce Montes est condam­né le 14 juin 2004 à 30 ans de pri­son avec une peine de sû­re­té de 20 ans, condam­na­tion confir­mée en ap­pel en juin 2005. Avec le cu­mul des peines pro­non­cées en Al­le­magne et en Espagne il de­vrait pas­ser le res­tant de ses jours der­rière les bar­reaux.

Ar­res­ta­tion de

Montes

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