SUC­CES­SION SAN­GLANTE

ELLE FAIT TUER SA BELLE-MèRE !

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Eu­gène Le Cou­viour, 90 ans, et son épouse An­nette, 75 ans, for­maient un couple for­tu­né. Une nuit, des agres­seurs s'in­tro­duisent chez eux, à la re­cherche d'un coffre. Sé­vè­re­ment bâillon­née, An­nette meurt as­phyxiée. Ce­la res­semble à un dra­ma­tique cam­brio­lage qui au­rait mal tour­né, mais le fait di­vers va re­bon­dir : un homme af­firme avoir été payé par une des belles filles Le Cou­viour pour si­mu­ler un cam­brio­lage et ma­quiller un meurtre. Les en­quê­teurs dé­couvrent alors que la riche et grande famille re­com­po­sée est pro­fon­dé­ment di­vi­sée par des que­relles au­tour de l'hé­ri­tage fa­mi­lial. Deux clans, et un hé­ri­tage mor­tel.

Des tueurs dé­gui­sés en cam­brio­leurs

Cette nuit-là, les gen­darmes dé­couvrent ce qui res­semble à un cam­brio­lage qui a mal tour­né. Le mou­lin de la Ches­naie, près de Vannes, a été ré­no­vé et abrite le couple Le Cou­viour, lui, 90 ans, elle, 75 ans : tous deux ont été bâillon­nés par les agres­seurs, mais alors que l'homme s'en est ti­ré, elle a suc­com­bé, as­phyxiée. La de­meure a été fouillée, quelques bi­joux vo­lés. La mai­son la plus proche est à 250 mètres de là et les voi­sins n'ont rien en­ten­du. Pour­tant, quelque chose cloche : les en­quê­teurs ont vite la cer­ti­tude que la mort d'An­nette Le Cou­viour a été pré­mé­di­tée, qu'il ne s'agit pas d'un simple ac­ci­dent. Le bâillon était trop ser­ré pour ne pas être mor­tel. Pire, ils se rendent vite compte que

Le pa­triarche

Mais qui est Eu­gène Le Cou­viour, le vieil homme dé­sor­mais veuf ? Par­ti de rien, d'abord concierge, puis

ta­pis­sier, il a fait for­tune à la tête d'une pros­père en­tre­prise de lits mé­di­caux, qui de­vient lea­der sur le mar­ché eu­ro­péen. Pen­dant des dé­cen­nies, c'est le prin­ci­pal em­ployeur du lieu. Et les ha­bi­tants sont re­con­nais­sants : ils l'ap­pellent “le pa­tron“, l'élisent maire du vil­lage de Plu­vi­gner, po­si­tion qu'il as­su­me­ra pen­dant une tren­taine d'an­nées. En 1991, le pa­triarche vieillis­sant re­vend son en­tre­prise à une com­pa­gnie amé­ri­caine pour la somme fa­ra­mi­neuse de 60 mil­lions d'eu­ros, puis dé­cide de cou­ler des jours pai­sibles avec sa femme, à l'abri des re­gards.

Une guerre fra­tri­cide

Le pro­blème, c'est que le pac­tole at­tise la convoi­tise. Eu­gène a été ma­rié deux fois, et les en­fants de la famille re­com­po­sée se dé­chirent. Les en­fants de Lu­cienne, sa pre­mière femme sont au nombre de trois, Jean-Jacques, Ca­the­rine et Phi­lippe, et ils dé­testent les en­fants d'An­nette, is­sus d'un pre­mier lit, Thier­ry, Be­noît et Jean-Charles. Les pre­miers voient les se­conds comme des in­trus ten­tant de cap­ter les fa­veurs et l'hé­ri­tage du pa­ter­fa­mi­lias ; les se­conds dépeignent les pre­miers comme des gosses de riche avides et dé­pen­siers. Quand les trois en­fants d'Eu­gène re­çoivent leur part des 60 mil­lions, il est vrai qu'ils ne font pas dans la den­telle : l'un fait construire une vil­la néo­clas­sique en bord de mer, l'autre achète un châ­teau et le der­nier ac­quiert un yacht. Les nou­veaux ve­nus voient ces flam­beurs d'un mau­vais oeil. Les flam­beurs, eux, com­mencent à avoir des sou­cis d'ar­gent et s'in­quiètent de voir leur ju­teux hé­ri­tage leur échap­per. Un jour, ils vont trop loin : ils de­mandent à Eu­gène ce qu'il a pré­vu pour sa suc­ces­sion. Le pa­triarche dé­cide de cou­per les ponts.

De fil en ai­guille

Soup­çon­nant une ma­gouille fa­mi­liale, au vu des sommes en jeu, les au­to­ri­tés dé­ploient d'im­pres­sion­nants moyens. Et les résultats sont là : au bout de quelques jours, on re­trouve les deux agres­seurs, âgés res­pec­ti­ve­ment de 26 et 35 ans. Très vite, ils avouent que le “cam­brio­lage“n'avait rien d'im­pro­vi­sé : ils ont agi à la de­mande d'un cer­tain Loïc Du­gué, qui leur au­rait pro­mis la co­quette somme de 20.000 eu­ros pour as­sas­si­ner An­nette et ma­quiller le tout en ba­vure. Or Loïc, 42 ans, n'est autre que l'an­cien jar­di­nier de Jean-Jacques et Jo­siane Le Cou­viour. Cette der­nière avait prê­té de l'ar­gent à Loïc pour qu'il s'ins­talle comme pay­sa­giste. C'est sans doute grâce à cette dé­pen­dance qu'elle ob­tient de lui qu'il joue le rôle d'in­ter­mé­diaire dans cette sombre af­faire.

Elle nie fa­rou­che­ment !

Mal­gré les aveux des deux tueurs et de l'in­ter­mé­diaire, mal­gré les bi­joux re­trou­vés dans le jar­din de sa pro­prié­té, Jo­siane Le Cou­viour, 60 ans, nie fa­rou­che­ment toute im­pli­ca­tion dans la mort de sa belle-mère. Elle re­joint pour­tant ses trois com­plices en pri­son, en at­ten­dant un pro­cès qui risque de faire du bruit. Plu­sieurs di­zaines de mil­lions d'eu­ros sont en jeu. Le fils d'An­nette, lui, ré­clame jus­tice, et en­globe les en­fants d'Eu­gène dans sa haine : “l'ar­gent a tout pour­ri. […] Ils ont tué ma mère !" Quant à Eu­gène, il reste si­len­cieux.

L'am­biance fa­mi­liale n'est pas au beau fixe, c'est le moins qu'on puisse dire.

Grand-Champ (56). C'est dans leur vaste

pro­prié­té de La Chê­naie que Mr et Mme Le Cou­viour ont été re­trou­vés li­go­tés

et bâillon­nés.

(Pho­to: DR)

La famille Le Cou­viour au grand com­plet, avec Jo­siane (pre­mière à gauche), la belle-fille du pa­triarche Eu­gène (as­sis à sa gauche) et com­man­di­taire pré­su­mée du meurtre d’An­nette (as­sise en face d’Eu­gène,

à droite), tuée lors d’un cam­brio­lage.

Images Pu­bliées dans Le Men­suel du Golf du Mor­bi­han www.mor­bi­han.le­men­suel.com

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