IL LA TRAITE : DE GROSSE TROIS DANS L’AUTRE BOUT DU MONDE

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Deux heures trop tard

Di­manche 2 dé­cembre 2007, 8h20. Dans les zones ré­si­den­tielles de New York, les gens font la grasse mâ­ti­née. Mais à Brook­lyn, pas de ré­pit pour le 911, le cen­tral té­lé­pho­nique de la po­lice, l’équi­valent de notre 17. Un ap­pel par­mi d’autres, un cri par­mi des mil­liers : « Oh, mon Dieu ! On a tué mon ma­ri ! » L’ap­pel vient de Sta­ten Is­land, la femme s’iden­ti­fie : Ja­net Red­mondMer­ce­reau, femme de Dou­glas Mer­ce­reau, 38 ans, étoile mon­tante du « FDNY » —les sol­dats du feu de New York qui sont en­core plus adu­lés par la po­pu­la­tion de­puis les at­ten­tats du 11 sep­tembre. Une di­zaine de mi­nutes plus tard, la po­lice est sur les lieux. Dou­glas gît sans vie, en po­si­tion foe­tale. L’homme qui ve­nait d’être nom­mé chef de dé­par­te­ment au bout de douze an­nées d’une car­rière exem­plaire, le héros dé­co­ré, qui avait lut­té avec suc­cès contre des cen­taines d’in­cen­die, est là, recroquevillé en py­ja­ma : on lui a ti­ré trois balles dans la nuque. A ses cô­tés, son arme de ser­vice : son fi­dèle Smith & Wes­son 9mm. Très vite, les soup­çons des en­quê­teurs se portent sur Ja­net. Cette der­nière a ap­pe­lé les se­cours à 8h20, alors que l’au­top­sie ré­vèle que le meurtre a eu lieu à 6h. Pire, trois douilles sont re­trou­vées, dis­per­sées dans la mai­son ; on dé­tecte des ré­si­dus d’ADN fé­mi­nin sur le re­vol­ver ; en­fin, Ja­net a des traces de sang sous les ongles. Qu’a-telle fait entre 6h et 8h20 ? Com­ment pour­ra-t-elle jus­ti­fier ce temps de ré­ac­tion in­croya­ble­ment long?

Un ali­bi bi­don

Ja­net pré­tend n’avoir rien en­ten­du : cette nuit-là, elle por­tait des boules quies et dor­mait dans la chambre de ses filles, âgées de 5 et 6 ans, ce que confirment ces der­nières. Ef­fec­ti­ve­ment, au bout de 12 ans de ma­riage, le

couple bat­tait de l’aile : 38 ans, prof en ly­cée, Ja­net était de­ve­nue obèse suite à un dys­fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde. Dou­glas ne sup­por­tait plus ses 110 kg, et Ja­net af­firme qu’il la mal­trai­tait ver­ba­le­ment et phy­si­que­ment à cause de son poids. En 2006, le couple s’était en­ga­gé dans une pro­cé­dure de di­vorce, avant d’y re­non­cer un mois plus tard. Mais pour la po­lice, c’est clair : en cette nuit d’hi­ver, Ja­net ne s’est pas conten­tée de quit­ter le lit conju­gal —elle a froi­de­ment abat­tu son ma­ri pen­dant qu’il dor­mait pai­si­ble­ment. Car l’ali­bi ne tient pas : in­ter­ro­gée plus lon­gue­ment par la

po­lice, la fille aî­née avoue que sa mère lui a de­man­dé de men­tir aux po­li­ciers. Les en­quê­teurs re­cons­ti­tuent alors le dé­rou­le­ment des faits : à 6h, Ja­net abat son ma­ri, en­suite, pen­dant plus de deux heures, elle tente de ma­quiller les lieux du crime : elle ef­face les em­preintes sur l’arme, en lui fai­sant faire un tour dans le lave-vais­selle, elle en­lève ses vê­te­ments et les met à la­ver, elle cache les douilles, etc. Puis elle com­pose le 911 et si­mule l’af­fo­le­ment.

Pa­role à la dé­fense

Pour Ma­rio Gal­luc­ci, le bouillon­nant avo­cat de Ja­net, les po­li­ciers ont né­gli­gé

d’autres pistes : « Ce sont des ba­li­vernes! s’ex­clame-t-il » Après tout, le re­vol­ver « était chez elle, c’est donc nor­mal qu’on re­trouve son ADN sur tous les ob­jets pré­sents dans son do­mi­cile. Et si c’est de l’ADN de femme et qu’il ne s’agit pas du sien : est-ce que les flics es­sayent de sa­voir à qui il ap­par­tient ? » Tou­jours se­lon lui, les en­quê­teurs ne se sont pas non plus po­sés beau­coup de ques­tions sur le mo­bile : « C’est un of­fi­cier pom­pier. Il s’oc­cupe d’en­quêtes cri­mi­nelles. Il a té­moi­gné contre énor­mé­ment de gens au tri­bu­nal. » Gal­luc­ci rap­pelle que ces der­niers temps, il s’était in­té­res­sé aux ac­ti­vi­tés d’un gang de rue et qu’il avait dit à des membres de sa famille qu’il crai­gnait pour sa sécurité. L’avo­cat met en avant des preuves d’ef­frac­tion (por­tail ou­vert, traces de pas dans la neige). Mais il faut bien avouer que ces hy­po­thèses ne pèsent pas lourd face aux charges ac­ca­blantes pe­sant sur sa cliente, sans comp­ter que Ja­net ne s’est pas pré­ci­sé­ment com­por­tée en veuve mo­dèle après l’en­ter­re­ment…

Une obèse à la conscience

bien lé­gère

Quelques se­maines après la cé­ré­mo­nie fu­nèbre, au cours de la­quelle des pa­rents de Dou­glas l’avaient com­pa­ré à son chêne fé­tiche (si­tué dans le jar­din de sa mai­son), Ja­net l’abat. Aux yeux de la cri­mi­no­logue Yo­lan­da L. Ru­dich, c’est évident : « Il ne s’agis­sait pas que d’un abat­tage d’arbre, c’était une fa­çon pour Ja­net Red­mondMer­ce­reau de tuer une se­conde fois son ma­ri ! » Pire, au fil de l’en­quête, alors que l’étau se res­serre, Ja­net est loin de cor­res­pondre à ce qu’on at­tend d’une veuve éplo­rée : tout au contraire, elle se pa­vane de­vant les jour­na­listes et joue à la star. Une de ses ré­flexions les si­dère : « Eh, les gars, vous vou­lez que je pose pour vous? Je me sens comme un man­ne­quin ! »

Elle risque gros

Ar­rê­tée en mars 2008, dé­fé­rée de­vant un grand ju­ry, Ja­net Redmond-Mer­ce­reau est em­pri­son­née dans le plus grand com­plexe pé­ni­ten­tiaire des USA : Ri­kers Is­land. Plai­dant non coupable, elle doit ré­pondre de trois chefs d’in­cul­pa­tion pour al­té­ra­tion de preuves et deux pour pos­ses­sion illé­gale d’arme. Elle risque de 25 ans à la per­pé­tui­té (compte te­nu du mo­ra­toire sur la peine de mort en vi­gueur dans l’Etat de New York). Le juge lui a re­fu­sé une re­mise en li­ber­té sous cau­tion ré­cla­mée par son avo­cat, qui pro­po­sait la co­quette somme de 1,5 mil­lions de dol­lars.

38 ans, prof en ly­cée, Ja­net était de­ve­nue

obèse suite à un dys­fonc­tion­ne­ment

de la thy­roïde

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