SE­JOUR LANDE SAS­SIN ETAIT REN­DEZ-VOUS

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De plus, il est l’une des pre­mières per­sonnes à s’être trou­vées sur le lieu du crime. Bien avant le mé­de­cin lé­giste. Mais sur­tout il ré­vèle au fur et à me­sure de ses ar­ticles des dé­tails re­la­tifs à l’en­quête que seul un membre de la po­lice ou le meur­trier lui-même peut connaître. Par exemple com­ment est-il au cou­rant que la jeune femme écri­vait ses scé­na­rios sur un por­table ou que des dé­bris de tis­su re­trou­vés sous ses ongles pro­viennent d’un man­teau ? Par ailleurs deux té­moi­gnages ac­cablent le jour­na­liste. Ce­lui de Ma­la­chi Reed, un ado­les­cent de 14 ans, pris en stop par Bai­ley qui ré­pète ce qu’il lui au­rait af­fir­mé alors qu’il était un peu émé­ché: « Je suis al­lé la voir, elle s’est éner­vée et je lui ai fra­cas­sé le crâne ». Et sur­tout ce­lui de Ma­rie Far­rell, une ha­bi­tante de Toor­more, qui ra­conte avoir vu Bai­ley, la nuit du drame, vers 3 heures du ma­tin, sur un pont proche du do­mi­cile de la vic­time : Kea­fal­da Bridge. En­fin, au len­de­main du crime, Bai­ley avait des écor­chures sur la fi­gure et les bras. Pour se jus­ti­fier, il di­sait s’être bles­sé en tuant une dinde pour Noël. De­vant ses élé­ments trou­blants, la po­lice pro­cède à l’in­ter­pel­la­tion du re­por­ter le 10 fé­vrier 1997 et le place en garde à vue pour l’in­ter­ro­ger. Le sus­pect a un ali­bi Sa com­pagne Ca­the­rine Jules Tho­mas, ar­tiste peintre, ra­conte aux po­li­ciers que la nuit du crime ils sont al­lés boire un verre au pub The Gal­ley. En­suite ils se sont ar­rê­tés un mo­ment sur la lande, vers mi­nuit. Puis ils sont ren­trés se cou­cher. Elle dé­clare en­suite que Ian s’est le­vé une fois dans la nuit pour écrire un ar­ticle et une autre fois au ma­tin pour al­ler le ta­per dans son bu­reau, si­tué dans une mai­son à une cen­taine de mètres de là. Les po­li­ciers pensent que Bai­ley a pu, à ce mo­ment-là, prendre son vé­hi­cule et se rendre au do­mi­cile de la vic­time. Mais en Ir­lande le res­pect de la pré­somp­tion d’in­no­cence n’est pas un vain mot et sans preuves ma­té­rielles un sus­pect ne peut pas être pour­sui­vi. Ju­geant les preuves in­suf­fi­santes, le pro­cu­reur or­donne sa re­mise en li­ber­té sans contrôle ju­di­ciaire au terme de ces 12 heures de garde à vue. En Jan­vier 1998, Bai­ley est une nou­velle fois in­ter­ro­gé mais tou­jours faute de preuve et grâce à l’ali­bi que lui four­nit sa com­pagne, il est à nou­veau re­mis en li­ber­té. Ce n’est que le mer­cre­di 22 août 2001, vers 19 heures 15, que l’af­faire re­bon­dit. Alors qu’il s’ap­prête à prendre un avion pour l’Angleterre à l’aé­ro­port de Cork, Ian Bai­ley est ar­rê­té par la po­lice dans le cadre d’une autre af­faire. Ca­the­rine Jules Tho­mas, sa com­pagne, le pour­suit pour coups et bles­sures. Dans sa plainte, elle ra­conte que Bai­ley l’au­rait agres­sé le sa­me­di pré­cé­dent dans leur mai­son de Lis­sa­ca­ha dans le com­té de Cork. Le juge Te­rence Finn or­donne son main­tien en dé­ten­tion sans pos­si­bi­li­té de libération sous cau­tion après la mise en garde éma­nant du com­mis­saire Frank O’Brien qui le soup­çonne d’avoir l’in­ten­tion de fuir le pays au vu des ba­gages im­po­sants qu’ils por­taient au mo­ment de son in­ter­pel­la­tion à l’aé­ro­port. Cet évè­ne­ment re­donne es­poir à la famille de la vic­time et no­tam­ment à son époux qui es­père que Ca­the­rine Jules Tho­mas va en­fin ces­ser de cou­vrir son com­pa­gnon et dire ce qu’elle sait aux en­quê­teurs. Mais une fois de plus Bai­ley bé­né­fi­cie du sys­tème ju­di­ciaire ir­lan­dais et au­cune pour­suite n’est en­ga­gée contre lui. Fi­na­le­ment, en Jan­vier 2002, la po­lice ir­lan­daise re­part de zé­ro et or­donne une nou­velle en­quête sur le meurtre de So­phie. Deux nou­veaux com­mis­saires sont char­gés de re­prendre l’an­cien dos­sier et no­tam­ment le mil­lier d’au­di­tions dé­jà réa­li­sées. Décès de Da­niel Tos­can du Plan­tier Mal­heu­reu­se­ment, Da­niel Tos­can du Plan­tier ne connaî­tra ja­mais le nom de l’as­sas­sin de son épouse. Le 11 fé­vrier 2003, alors qu’il se trouve au fes­ti­val du film de Ber­lin, il suc­combe à une crise car­diaque. Il avait 61 ans et s’était re­ma­rié en 1998 avec Me­li­ta Ni­ko­lic avec qui il a eu deux en­fants. Il est en­ter­ré au ci­me­tière du père La­chaise à Pa­ris à cô­té de la tombe de Ma­rie Trin­ti­gnant, dis­pa­rue tra­gi­que­ment en août 2003. Ul­time re­bon­dis­se­ment Alors qu’au­cun élé­ment nou­veau n’avait été ap­por­té à l’en­quête de­puis plu­sieurs an­nées, le 14 oc­tobre 2005, plu­sieurs avo­cats font une dé­cla­ra­tion fra­cas­sante à la presse. Ma­rie Far­rell est re­ve­nue sur sa dé­cla­ra­tion aux po­li­ciers se­lon la­quelle elle avait vu Bai­ley la nuit du meurtre sur le Kea­fal­da Bridge si­tué à proxi­mi­té du do­mi­cile des Tos­can du Plan­tier. Elle af­firme avoir été pres­sée par la po­lice de dé­si­gner Ian Bai­ley à l’époque et qu’elle fait ses ré­trac­ta­tions de sa propre ini­tia­tive. Ma­rie Far­rell avait té­moi­gné en 2003 lors du pro­cès en dif­fa­ma­tion in­ten­té par Ian Bai­ley en­vers six jour­naux qui l’avaient ac­cu­sé d’être le meur­trier de So­phie Tos­can du Plan­tier. Elle avait no­tam­ment dé­cla­ré : «Cet homme a fait de ma vie un cau­che­mar. De­puis mon té­moi­gnage, il ne cesse de me har­ce­ler. A plu­sieurs re­prises, il a fait en me re­gar­dant le geste de se tran­cher la gorge...Il m’a don­né l’adresse de son avo­cat. Il vou­lait que j’aille lui dire que j’avais pro­duit un faux té­moi­gnage.» Au­jourd’hui les avis sont par­ta­gés mais cer­tains, dont la famille de la vic­time, pensent que ses ré­trac­ta­tions, sont la consé­quence des pres­sions exer­cées par Ian Bai­ley sur Ma­rie Far­rel.

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