Le bou­cher de Ha­novre

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«L ors qu’ils dor­maient, je ne pou­vais m’em­pê­cher de ser­rer leur cou entre mes mains. En­suite, je me le­vais, je fai­sais du ca­fé très fort, j’éten­dais le mort sur le plan­cher, et je re­cou­vrais son vi­sage d’un tor­chon pour ne plus voir ses yeux qui me fixaient. Puis avec un cou­teau, j’ou­vrais le ventre, étan­chant le sang avec un tor­chon. Je fai­sais en­suite trois en­tailles à la hau­teur des côtes, et je ti­rais jus­qu’à ce que la cage tho­ra­cique craque. Alors, j’ar­ra­chais le coeur et les pou­mons. Fi­na­le­ment, je désar­ti­cu­lais les jambes et les bras, je les désos­sais, puis je ca­chais les os dans un sac de toile ci­rée. Le reste al­lait sous le lit ou dans le pla­card.» En en­ten­dant cette fan­tas­tique confes­sion faite d’un ton tran­quille, le pré­sident du tri­bu­nal ne peut s’em­pê­cher de va­ciller. Ce qui lui vaut cette in­ter­pel­la­tion gouailleuse de l’ac­cu­sé Frie­drich Haar­mann : « J’es­père que vous pour­rez te­nir jus­qu’au bout, Herr Pro­fes­sor ». Il faut dire qu’à ce mo­ment­là, le tri­bu­nal était sa­tu­ré dé­jà de des­crip­tions épou­van­tables, et d’in­si­nua­tions pires en­core.

Ja­mais les juges qui sié­geaient là n’avaient pu ima­gi­ner, au cours de leur car­rière, qu’ils au­raient un jour en face d’eux cet homme-loup, cette ter­ri­fiante bête hu­maine qui de­puis des mois, ter­ro­ri­sait Ha­novre. Car il y avait des mois que

des ado­les­cents dis­pa­rais­saient de fa­çon mys­té­rieuse. Mais des mois aus­si que la po­lice ne pa­rais­sait pas s’en pré­oc­cu­per beau­coup. D’abord, parce que ces gar­çons étaient en gé­né­ral étran­gers à la ville. C’étaient la plu­part du temps des fu­gueurs, qui fi­nis­saient par se re­trou­ver sans res­source à rô­der aux en­vi­rons de la gare de Ha­novre. Là, ils ne tar­daient pas à être abor­dés par un homme obli­geant, qui com­men­çait par leur pro­po­ser à dî­ner. Le gar­çon ain­si mis en confiance, l’autre l’em­me­nait chez lui. Sans dif­fi­cul­té, puisque le va­ga­bond ne sa­vait où pas­ser la nuit. Une fois là, Haar­mann se mon­trait pres­sant. Et ma foi, com­ment

re­fu­ser un pe­tit plai­sir à quel­qu’un qui ve­nait de se mon­trer si ser­viable, et qui pro­met­tait de faire mieux en­core pour vous dans les jours à ve­nir. Haar­mann so­do­mi­sait donc son jeune com­pa­gnon, et quant à ce qui se pas­sait

en­suite, nous ve­nons de voir qu’il s’en ex­pli­quait sans ver­gogne de­vant ses juges. L’autre rai­son pour la­quelle la po­lice lais­sa long­temps traî­ner les choses avant de mettre fin à la plus af­freuse sé­rie de crimes que l’Al­le­magne ait connue, c’est que le nom­mé Haar­mann était, par­mi ses autres qua­li­tés – l’ex­per­tise de­vait ré­vé­ler qu’il était fils d’ivrogne, af­fli­gé de goûts fé­mi­nins, épi­lep­tique, et qu’il avait été in­ter­né as­sez long­temps – quelque peu in­di­ca­teur. De telle sorte que, même lorsque les soup­çons com­men­cèrent à se por­ter sur lui, et même les dé­non­cia­tions à ve­nir, il ne fut pas in­quié­té. Ce qui eut na­tu­rel­le­ment pour ef­fet de dé­cou­ra­ger ceux qui pen­saient avoir de bonnes rai­sons de le soup­çon­ner, et qui fi­nissent par se dire que, puis­qu'il était pro­té­gé par la po­lice, il ne ser­vait à rien d'es­sayer de s'en prendre à lui. Pour­tant, Haar­mann, qui chan­geait sou­vent de do­mi­cile, avait bien, en ef­fet, de quoi sur­prendre et in­quié­ter ses voi­sins. Au dé­but, les nom­breuses vi­sites de jeunes gens qu'il re­ce­vait, et le ta­page qui avait quel­que­fois lieu chez lui, ne sem­blaient mettre en cause que ses moeurs. Ce­pen­dant, des gens plus ob­ser­va­teurs croyaient re­mar­quer que, si l'on voyait en­trer force vi­si­teurs, on en voyait sor­tir beau­coup moins. Puis, il y avait des jours où l'in­quié­tant per­son­nage fer­mait sa porte à qui­conque, re­fu­sant d'ou­vrir à ses fa­mi­liers ha­bi­tuels. Et alors, on en­ten­dait dans sa chambre de bi­zarres bruits, comme de ha­choir et de scie. Quel­que­fois éga­le­ment, on le voyait sor­tir de nuit avec un gros sac sur le dos, et re­ve­nir les mains vides. Seule­ment, on était tout de même dans l'in­dé­ci­sion, parce que Haar­mann fai­sait vi­si­ble­ment du mar­ché noir, à une époque où le ra­vi­taille­ment, dans l'Al­le­magne mi­sé­rable de l'après-guerre, était dif­fi­cile, et, quand on était bien avec lui, on pou­vait ob­te­nir des four­ni­tures avan­ta­geuses: en par­ti­cu­lier de la viande, et aus­si de la ge­lée d'os, que cet homme confec­tion­nait re­mar­qua­ble­ment, et qui, sans te­nir au corps au­tant qu'un bon beef­steak, per­met­tait tout de même d'amé­lio­rer sen­si­ble­ment le goût de la soupe. D'autre part en­core, il était pos­sible éga­le­ment de se pro­cu­rer, par le moyen de ce dé­brouillard, des vê­te­ments d'oc­ca­sion, des sou­liers, du linge. Pour ce qui concerne ce der­nier point, on a tout de suite com­pris que ces dé­froques pro­ve­naient des vic­times du mi­sé­rable. Comme il les tuait au lit, leurs vê­te­ments n'étaient ni abî­més ni

en­san­glan­tés, et ils étaient donc par­fai­te­ment com­mer­cia­li­sables. Quant à la viande... Nous abor­dons là un su­jet tout à fait dé­li­cat, et sur le­quel on es­saya le plus pos­sible de ga­zer. D'abord, parce que tout ce qui était sûr était dé­jà suf­fi­sam­ment hor­rible. En­suite, parce que la po­lice, comme nous l'avons vu, n'était pas sans mé­ri­ter le re­proche de né­gli­gence pour le moins, ce qui avait pro­vo­qué à la fin, des ré­ac­tions as­sez vio­lentes dans le pu­blic. S'il fal­lait au sur­plus ad­mettre que les vingt-quatre vic­times re­con­nues de Haar­mann avaient fait l'ob­jet d'un ré­pu­gnant com­merce, on ima­gine jus­qu'où au­rait pu al­ler l'in­di­gna­tion, l'hor­reur, de leurs fa­milles. De même, les gens qui, de bonne foi, avaient ache­té et man­gé cette viande ef­froyable, ne te­naient pas du tout, certes, à ce que le can­ni­ba­lisme fut confir­mé, éta­bli, cer­tain.

Il y eut donc une es­pèce d'en­tente ta­cite pour glis­ser lar­ge­ment sur ce point, qui ne fut pra­ti­que­ment pas évo­qué lors des au­diences. Pour­tant, tout laisse à pen­ser que Haar­mann qui, dans ces temps de mi­sère, vi­vait sur un grand pied et ne se re­fu­sait rien, avait ju­gé bon de ti­rer pro­fit non pas seule­ment des hardes de ses vic­times, mais en­core de ce qu'il faut bien ap­pe­ler leur viande. Plu­sieurs élé­ments plaident en ef­fet en fa­veur de cette thèse:

• d'abord, si ces ventes de viande ne font au­cun doute, et ont été re­con­nues par de nom­breux bé­né­fi­ciaires, il n'a en re­vanche ja­mais été dit où Haar­mann se se­rait ap­pro­vi­sion­né. Il est vrai que, comme par ha­sard, on s'abstint de le lui de­man­der; mais il ne fait pas de doute que si une en­quête, fa­cile à me­ner, avait per­mis de lui dé­cou­vrir des four­nis­seurs nor­maux, on n'au­rait pas man­qué d'en faire lour­de­ment état;

• en se­cond lieu, il res­sort de dé­cla­ra­tions même de Haar­mann lors de son pro­cès qu'il pro­cé­dait, après l'as­sas­si­nat, au dé­pe­çage mé­tho­dique, et pro­fes­sion­nel­le­ment très au point, des jeunes

gens qu'il ve­nait d'as­sas­si­ner. Or, s'il ne s'était agi que de faire dis­pa­raître les ca­davres, un dé­cou­page beau­coup plus sommaire au­rait pu suf­fire;

• en troi­sième lieu, si l'on de­vait fi­nir par re­trou­ver une quan­ti­té pro­di­gieuse d'os­se­ments – nous al­lons voir – on ne re­trou­va ja­mais que ce­la. Or, cer­tains as­sas­si­nats re­mon­tant à fort peu de jours avant la cap­ture du monstre, la dé­com­po­si­tion n'au­rait

na­tu­rel­le­ment pas eu le temps de faire son oeuvre. Dans ces condi­tions, il au­rait fal­lu pou­voir ex­pli­quer, puis­qu'on ne re­trou­vait que des mor­ceaux de sque­lette, ce qu'était de­ve­nue la chair des mal­heu­reux. A sup­po­ser que, pour une rai­son in­com­pré­hen­sible du reste, l'as­sas­sin se fut don­né le mal de la faire dis­pa­raître à part (ce qui n'au­rait ri­mé à rien), qu'en au­rait-il fait en tout cas? Au­cune ré­ponse sa­tis­fai­sante, et pour cause, n'ayant pu être ap­por­tée sur cha­cun de ces trois points, on doit consi­dé­rer comme hau­te­ment pro­bable que l'as­sas­sin Haar­mann s'était bel et bien fait bou­cher de chair hu­maine. Outre l'ar­gent que ce­la lui rap­por­tait, il est pro­bable que ce ma­cabre com­merce flat­tait aus­si sa

pro­fonde per­ver­sion. Car, bien que les choses soient, là, moins cer­taines, le soup­çon de vam­pi­risme a en tout cas pla­né sur lui. Jus­ti­fié no­tam­ment par une ré­flexion qu'il fit à pro­pos d'un énième meurtre, que la po­lice, tout à coup dé­chaî­née, vou­lait en­core lui mettre sur le dos: «Non, ce­lui-là, ce n'est pas moi, il ne porte pas de traces à la gorge». Bien que l'ab­sence de ca­davres «en état» ait ren­du toute au­top­sie im­pos­sible, cer­taines ob­ser­va­tions ame­nèrent tou­te­fois à pen­ser que le bou­cher de Ha­novre ne se conten­tait pas d'étran­gler ses vic­times, mais que celles-ci por­taient en outre de pro­fondes bles­sures à la gorge. La lé­gende de l'homme-loup, et l'épou­vante qu'elle ré­pan­dait ai­dant, cer­tains furent ame­nés à sup­po­ser – et peut-être n'avaient-ils pas tort – qu'après avoir im­mo­bi­li­sé ses vic­times par stran­gu­la­tion, Haar­mann leur tran­chait la ca­ro­tide avec ses dents, et sans doute bu­vait quelque peu de leur sang. Quant à la «sen­si­bi­li­té» très par­ti­cu­lière du monstre, elle est tout en­tière dé­peinte par une ré­ponse qu'il fit à ses in­ter­ro­ga­teurs. On lui di­sait: «Ce­lui-là, on rap­porte que vous sem­bliez le dé­tes­ter, ce­la a du vous être re­la­ti­ve­ment fa­cile de le tuer; mais ce­lui-ci, pour qui vous ma­ni­fes­tez une vi­sible ami­tié, une ten­dresse, com­ment avez-vous pu?». Et Haar­mann:

«C'est plus fa­cile de tuer quand on aime». Tant qu'il ne s'était agi que de dis­pa­ri­tions, la po­lice avait pu, nous l'avons vu, prendre les choses à la lé­gère. Après

tout, une dis­pa­ri­tion n'est ja­mais chose bien éta­blie. Qui sait si ces ado­les­cents n'étaient pas re­par­tis pour quelque autre des­ti­na­tion, comme, dé­jà, ils avaient quit­té leur foyer? Tant que l'on ne re­trou­vait pas de ca­davres, avait-on le droit de par­ler d'as­sas­si­nat? Mais voi­ci que tout à coup, par un phé­no­mène d'ailleurs cu­rieux, des dé­cou­vertes, on ne va pas ces­ser d'en faire. Et les­quelles! Ce­la com­mence le 17 mai 1924. Des en­fants qui jouent, à Ha­novre, dans les jar­dins du châ­teau de Hee­ren­hau­sen, en s'amu­sant à faire un trou dans la terre, dé­couvrent un crâne hu­main. Cette pre­mière dé­cou­verte n'au­rait peut-être pas suf­fi à pro­vo­quer une émo­tion ex­trême, si elle n'avait été bien­tôt sui­vie d'une sé­rie d'autres. Le 29 mai, dans les fos­sés du Châ­teau Royal, un autre crâne ap­pa­raît; d'autres le 13 juin, d'autres en­core le 24 juillet, dont un qui semble avoir été scal­pé. Cette fois, c'est beau­coup trop pour que l'on puisse se dis­pen­ser de ré­agir. D'au­tant que l'exa­men an­thro­po­mé­trique pra­ti­qué prouve qu'il s'agit de crânes d'ado­les­cents. Cette fois, il semble donc bien que les dis­pa­rus, si l'on ose dire, ré­ap­pa­raissent, et qu'il ne soit plus pos­sible de trai­ter de fables les craintes qui se ma­ni­festent de toutes parts. La po­lice en­tre­prend alors des re­cherches sys­té­ma­tiques dans tous les jar­dins pu­blics, fos­sés, etc., et en peu de temps, on amasse des mon­ceaux d'os­se­ments, que les ex­perts rap­portent à au moins vingt-deux sque­lettes dif­fé­rents, et qui ont été vi­si­ble­ment dé­cou­pés à la scie. On ima­gine à quel point l'émo­tion et la co­lère avaient pu mon­ter dans le pu­blic, et les pro­tes­ta­tions et fu­reurs contre cette po­lice qui avait lais­sé ac­com­plir une si épou­van­table sé­rie de crimes, et qui n'ar­ri­vait tou­jours pas à mettre la main sur l'as­sas­sin. Car fi­dèle ap­pa­rem­ment à une dé­on­to­lo­gie re­gret­table, la po­lice ne sem­blait tou­jours pas vou­loir in­quié­ter Frie­drich Haar­mann. Le­quel, ou bien en plein dé­lire meur­trier et ho­mo­sexuel en même temps, ou bien s'ima­gi­nant que ses re­la­tions po­li­cières (n'avait-il pas pous­sé les choses jus­qu'à

mon­ter une pseu­do-agence de dé­tec­tives pri­vés avec l'ex­com­mis­saire Ol­fer­mann – le­quel de­vait se trou­ver plus qu'em­bar­ras­sé par la suite de cette af­faire!), et à se fa­bri­quer une pré­ten­due carte de po­lice, qu'il ne man­quait pas de mon­trer dis­crè­te­ment à la moindre oc­ca­sion?) le met­taient à l’abri de tout soup­çon, le­quel donc, en dé­pit de ces dé­cou­vertes qui au­raient du l'in­ci­ter à la pru­dence, n'en conti­nue pas moins de ra­co­ler des gi­go­los du cô­té de la gare. Et il ap­pa­raît même que son in­cons­cience ou son cu­lot n'avait pas de li­mites, puisque Haar­mann fi­nit par se je­ter lit­té­ra­le­ment dans la gueule du loup. Le 22 juin 1924, alors que la ville ne par­lait dé­jà que des os­se­ments qui sur­gis­saient un peu par­tout, Haar­mann a une prise de bec avec un de ses jeunes pro­té­gés, Kurt Fromm. Ce­lui-ci re­fu­sant d'être do­cile, voi­là-t-il pas que Haar­mann l'em­poigne, et le conduit où ce­la? On vous le donne en mille: au com­mis­sa­riat de po­lice. Or, là, Kurt Fromm, au lieu de se lais­ser im­pres­sion­ner, at­taque. Il a dé­jà été chez Haar­mann, qui ne tuait pas tou­jours ses vic­times dès le pre­mier jour, pré­fé­rant pro­fi­ter quelque temps de leur in­ti­mi­té si elle lui était par­ti­cu­liè­re­ment agréable, et là le jeune gar­çon n'a pas été sans re­mar­quer bien des choses étranges, dont il ne se gêne pas pour faire part aux po­li­ciers. Ceux-ci se dé­ci­dant en­fin à agir, sous la pres­sion de l'opi­nion pu­blique, à tout ha­sard gardent Haar­mann sous clé. Puis ils vont opé­rer une per­qui­si­tion dans sa chambre, au 4 Rote Reihe. Cette per­qui­si­tion est for in­di­ca­tive, elle n’est pas lit­té­ra­le­ment dé­ci­sive. Certes, on a trou­vé un lot de vê­te­ments usa­gés, mais Haar­mann se dé­fend en ex­pli­quant qu’il fait com­merce de nippes. Certes,

on a trou­vé des ins­tru­ments qui ne semblent guère pou­voir ser­vir qu’à un bou­cher, mais Haar­mann veut bien ad­mettre qu’il fait du mar­ché noir et qu’il ra­vi­taille en viande le quar­tier, ce qui est d’ailleurs, somme toute, de no­to­rié­té pu­blique. Mais c’est tout. Car le mi­sé­rable se dé­fend pied à pied, et en veut ab­so­lu­ment pas re­con­naître qu’il soit l’au­teur d’un seul as­sas­si­nat. Alors, la po­lice qui veut se faire par­don­ner une si longue né­gli­gence, et abou­tir en­fin à un ré­sul­tat, ne pas de ca­deaux à ce­lui qu’elle dé­tient. Pen­dant sept jours et sept nuits, Haar­mann va être sou­mis à une sé­rie de tour­ments qu’il se­rait sans doute plus exact d’ap­pe­ler car­ré­ment de tor­tures. On le prive de som­meil, de nour­ri­ture, on lui in­flige des éclai­rages ex­trêmes dans les yeux, on le frappe, on le ques­tionne sans ar­rêt. Il tient bon, exas­pé­rant la rage des en­quê­teurs. En­fin, au bout d’une se­maine, il craque. A par­tir de ce mo­ment-là, il va même mettre une cer­taine com­plai­sance à dé­bi­ter le dé­tail de ses for­faits, et il re­con­naît exac­te­ment vingt­quatre as­sas­si­nats (on sait qu’il y en avait, de par les os­se­ments re­trou­vés, dé­jà vingt-deux de cer­tains). Mais chose cu­rieuse, il met sa «dé­li­ca­tesse», si l’on ose em­ployer pa­reil mot en cette oc­ca­sion, et alors qu’un crime de plus ou moins n’au­rait au­cune im­por­tance en ce qui concerne le sort qui l’at­tend – à se dé­fendre de ce crime sup­plé­men­taire – parce que le ca­davre ne por­tait pas de plaie à la gorge. Ce qui tend à prou­ver qu’il l’avait au moins vu. Et, en ef­fet, il en ac­cuse son amant de coeur,

Hans Graus. Le­quel, bien en­ten­du, se dé­fend comme un diable, et en com­prend d’ailleurs pas cet achar­ne­ment à vou­loir le perdre : c’était si simple que Haar­mann prit toute «l’ar­doise» pour lui… C’est avec le sou­la­ge­ment que l’on de­vine que Ha­novre, et toute l’Al­le­magne, ap­prirent le 19 dé­cembre que Haar­mann «avait été con­dam­né vingt­quatre fois à mort», et, quelques jours après, qu’il avait été exé­cu­té.

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