Alf, la sit­com ex­tra­ter­restre.

Il bu­vait, re­gar­dait sous les jupes des filles et in­ju­riait les membres de l’équipe… Ceux qui l’ont bien connu (ac­teurs, pro­duc­teurs, ma­rion­net­tistes) ra­content Alf, hé­ros de la sit­com fa­mi­liale la plus strange du mi­lieu des an­nées 80.

Première - Hors-série - - SOMMAIRE - PAR JAKE ROSSEN (ADAP­TA­TION GAËL GOLHEN)

I : Forme de vie ex­tra­ter­restre

Di­plô­mé en com­mu­ni­ca­tion, Paul Fusco paye ses an­nées de fac en mul­ti­pliant les pe­tits bou­lots de ma­gi­cien, ma­rion­net­tiste ou ven­tri­loque. Per­sua­dé que la té­lé est l’écrin idéal pour les ma­rion­nettes, il passe un ac­cord au dé­but des an­nées 80 avec Show­time pour une sé­rie d’émis­sions. C’est là que naît un per­son­nage aca­riâtre aux gros yeux à qui il donne le nom de Alf.

_PAUL FUSCO : J’avais l’idée d’un show et Dis­ney vou­lait l’acheter. Si on tra­vaille pour Dis­ney, on leur ap­par­tient, avec armes et ba­gages. J’avais du mal à ima­gi­ner ce que je pour­rais faire d’une sé­rie Alf chez eux, alors j’ai re­fu­sé leur pro­po­si­tion.

_TOM PATCHETT : J’avais tra­vaillé avec Dab­ney Co­le­man sur une sé­rie qui s’ap­pe­lait Buffalo Bill. Le per­son­nage prin­ci­pal était aus­si ir­ré­vé­ren­cieux que Alf. Un jour, mon ma­na­ger me dit qu’un ma­rion­net­tiste, Paul Fusco, veut me ren­con­trer parce qu’il aime le pro­gramme. J’avais dé­jà bos­sé sur deux films Mup­pets et j’ai hé­si­té...

_PAUL FUSCO : Buffalo Bill, c’était exac­te­ment mon type d’hu­mour. On s’est as­so­ciés et on a mon­té Alien Pro­duc­tions avec l’idée de pa­rier l’un sur l’autre.

_TOM PATCHETT : J’ai ren­con­tré Paul dans les bu­reaux de Ber­nie Brill­stein (pro­duc­teur té­lé et agent de stars). À l’époque, Ber­nie ne connais­sait pas Paul. Et il s’est éner­vé : « Qu’est-ce que cette pu­tain de ma­rion­nette fout ici? » Il re­pré­sen­tait dé­jà Jim Hen­son et en avait plein le dos des ma­rion­nettes. Et puis il a vu Alf. Il s’est tour­né vers moi et m’a dit : « Tom, je n’ai qu’un mot pour toi : mer­chan­di­sing. »

_PAUL FUSCO : J’em­por­tais Alf par­tout avec moi. Un soir, je l’ai em­me­né dans un club de stand-up, juste pour le tes­ter. La ré­ac­tion du pu­blic a été très en­thou­siaste. Le per­son­nage fonc­tion­nait.

_TOM PATCHETT : Paul avait trou­vé son Alf dès le dé­part. J’ai bos­sé avec les meilleurs : Jim Hen­son, Frank Oz... Et Paul fai­sait par­tie de ces types-là.

_PAUL FUSCO : Alf ne pou­vait pas s’em­pê­cher de l’ou­vrir. Il est comme So­phia, l’hé­roïne po­li­ti­que­ment incorrecte de la sé­rie Les Cra­quantes : ses ré­flexions re­flètent son hon­nê­te­té vis­cé­rale. Il n’était ja­mais cy­nique ou mé­chant.

_TOM PATCHETT : Paul a créé le per­son­nage et j’ai créé la sé­rie. J’avais l’ex­pé­rience des Mup­pets et je sa­vais comment rendre ça cré­dible.

_PAUL FUSCO : Pen­dant deux ou trois ans, on a pit­ché Alf à plu­sieurs stu­dios. Je le fai­sais sur mon temps libre. Il ne fal­lait sur­tout pas édul­co­rer le show... Après avoir es­suyé les re­fus des prin­ci­paux net­works, Tom Patchett, Ber­nie Brill­stein et Paul Fusco dé­barquent chez NBC, qui tra­verse alors une mau­vaise pé­riode et vient d’en­chaî­ner des au­diences ca­tas­tro­phiques. Grâce à Patchett, ils réus­sissent

« ALF A ÉTÉ CON­ÇU COMM E LE TONTON EX CENTRIQUE ET LIBIDINEUX DE LA FA­MILLE. » PAUL FUSCO

à ob­te­nir un ren­dez-vous avec Bran­don Tar­ti­koff, l’homme qui a lan­cé « Cheers » et d’autres pro­grammes phares de la chaîne. Mais le mee­ting ne se passe pas comme pré­vu.

_PAUL FUSCO : Je suis ar­ri­vé chez NBC avec un sac mar­ron à la main. Alf était plan­qué à l’in­té­rieur. Mais je ne leur ai rien dit. Je leur ai juste de­man­dé où je pou­vais faire ma les­sive.

_TOM PATCHETT : Im­pos­sible de pit­cher une sé­rie de pri­me­time dont le hé­ros est une ma­rion­nette. À moins de la mon­trer.

_PAUL FUSCO : On est ar­ri­vés dans une salle de réunion où se trou­vait une longue table. Bran­don Tar­ti­koff était au centre. J’étais à ses cô­tés, avec Tom à ma droite. On a com­men­cé notre pitch – un alien s’écrase dans une mai­son et par­tage la vie d’une fa­mille. Ri­go­lo, amu­sant etc... Je voyais à leur ex­pres­sion qu’on était en train de les perdre. Ber­nie s’est alors pen­ché vers moi et m’a dit à l’oreille : « Vas-y, sors-le. »

_TOM PATCHETT : C’est dif­fi­cile de ne pas écla­ter de rire quand Paul fait vivre le per­son­nage.

_PAUL FUSCO : Je l’ai as­sis à cô­té de moi. Il y avait un si­lence de mort dans la salle. Ils ne s’y at­ten­daient pas. Ber­nie a dit : « OK, avant que vous ne re­fu­siez le show, voi­ci Alf ! »

_TOM PATCHETT : C’est ce qui a em­por­té le mor­ceau.

_PAUL FUSCO : Alf était as­sis là, si­len­cieux. Il ob­ser­vait la salle, scru­tait les per­sonnes pré­sentes. Il a re­gar­dé Bran­don Tar­ti­koff, s'est cu­ré le nez et s’est es­suyé sur sa veste. Ils sont de­ve­nus dingues !

_TOM PATCHETT : Et il a com­men­cé à in­sul­ter tout le

monde !

_PAUL FUSCO : Bran­don s’est mis à lui par­ler et l’a re­gar­dé droit dans les yeux. C’est là que j’ai su qu’on avait ga­gné. Il a de­man­dé : « Mais pour­quoi est-ce que je vous don­ne­rai une case sur ma chaîne? » Et moi : « Parce que vos au­diences s’ef­fondrent! » Les mecs ve­naient de lan­cer Ma­ni­mal et Su­per­train... Alf s’est bien fi­chu de leur gueule. Bran­don Tar­ti­koff green­lighte le show et le pi­lote de « Alf » se tourne au prin­temps 86.

_PAUL FUSCO : Le concept était simple : c’est l’in­vi­té qui s’in­cruste dans la mai­son. Un per­son­nage qui est blo­qué sur terre et ne peut plus ren­trer chez lui. Il fal­lait qu’on ait de l’em­pa­thie pour lui.

_TOM PATCHETT : On ne peut pas le lais­ser sor­tir en pu­blic – il se­rait aus­si­tôt cap­tu­ré ou tué.

_PAUL FUSCO : Tom a ra­me­né Max Wright, qui avait tra­vaillé sur Buffalo Bill. L’al­chi­mie entre Alf et Max fut im­mé­diate à l’écran. Il vous fai­sait aus­si­tôt ou­blier que Alf était une ma­rion­nette.

_TOM PATCHETT : On avait pen­sé à John Can­dy au dé­part, mais c’était le show de Alf. C’était lui l’élé­ment co­mique.

_STEVE LA­MAR : Bran­don vou­lait an­nu­ler le show après avoir vu le pi­lote. Mais sa fille de 4 ans l’avait ado­ré. Ça l’a convain­cu de nous don­ner une chance. Très vite, les pro­blèmes lo­gis­tiques af­fluent : comment filmer une sit­com à plu­sieurs ca­mé­ras dont le hé­ros est une ma­rion­nette ? Mais Paul Fusco fait tout pour faire croire aux gens que Alf est un per­son­nage réel.

_PAUL FUSCO : On a es­sayé de tour­ner un ou deux épi­sodes de­vant un pu­blic. Ça n’a pas mar­ché. Il y avait trop de dé­lais avec les per­mu­ta­tions des dif­fé­rents dé­cors.

_DEAN CA­ME­RON : J’ai joué dans trois épi­sodes. J’étais le pe­tit ami de la fille. Quand je suis ar­ri­vé, on m’a don­né une feuille sur la­quelle était écrit : « Ap­pe­lez le Alf. Ne le trai­tez ja­mais de ma­rion­nette ! »

_LISA A. BAN­NICK: C’était les vieux trucs de Paul. On nous di­sait : « Alf vient de la pla­nète Mel­mac ». Et c’était ce qu’on de­vait ra­con­ter à la presse.

_BENJI GRE­GO­RY : Paul sur­pro­té­geait Alf.

_PAUL FUSCO : Ça vient de mon pas­sé de ma­gi­cien. Ne ja­mais don­ner ses trucs. Je re­ce­vais des mails qui di­saient : « Bon­jour Alf, mon père me dit que tu n’existes pas. Mais je sais que c’est faux. » Ils vou­laient y croire. Lors­qu’il s'agis­sait des mômes, je leur ré­pon­dais. Alf, c’était le père Noël !

_STEVE LA­MAR : Au tout dé­but, on avait un ac­teur de pe­tite taille, Mi­chu Mészá­ros, qui en­fi­lait un cos­tume d’Alf. Il a joué dans le pi­lote et quelques épi­sodes, mais moins que ce que l’on croit.

_DEAN CA­ME­RON : C’était fou de les voir ma­ni­pu­ler la ma­rion­nette. Il y avait trois per­sonnes. La pre­mière s’oc­cu­pait de la tête et d’un bras, la deuxième gé­rait l’autre bras, et il y avait un type pour contrô­ler la té­lé­com­mande des sour­cils. Des gé­nies !

_STEVE LA­MAR : Li­sa Bu­ck­ley et Bob Fap­pia­no étaient deux des ma­rion­net­tistes. Très ta­len­tueux. On a ima­gi­né une pa­ro­die de Ris­ky Bu­si­ness dans la­quelle Alf glis­sait dans le plan. Très très dur à faire avec deux per­sonnes scot­chées à la ma­rion­nette...

_TOM FICH­TER : Ils étaient col­lés l’un à l’autre, comme des frères sia­mois. Je crois qu’ils ont fi­ni par se ma­rier.

_PAUL MIL­LER : Le pla­teau était constel­lé de trappes. On de­vait les ou­vrir et les fer­mer pour que Paul (Fusco) puisse s’y glis­ser. À chaque fois qu’on li­sait dans le script « Alf tra­verse la pièce », on sa­vait ce que ça vou­lait dire : « Au moins une heure de bou­lot ! »

_TOM FICH­TER : Les gens tom­baient tout le temps dans ces trous. Ils por­taient les noms des per­sonnes qui s’y étaient cas­sé la fi­gure.

_STEVE LA­MAR : Sous le pla­teau, c’était un monde à part. Il ne man­quait qu’une su­pé­rette. Ils avaient des snacks, un mi­ni­bar, des lits de camp...

_TOM PATCHETT : Je me sou­viens d’un mes­sage de Spiel­berg re­çu après avoir tour­né le pi­lote. Il vou­lait le vi­sion­ner pour s’as­su­rer qu’il n’y avait pas trop de res­sem­blances avec E.T. Ap­pa­rem­ment, il a été sa­tis­fait.

II : Out of this world

Dif­fu­sé face à « MacGy­ver » et « Aline & Ca­thy » le pre­mier épi­sode de « Alf » est à l'an­tenne le 22 sep­tembre 1986. Son ap­proche dif­fé­rente de la sit­com sin­gu­la­rise im­mé­dia­te­ment le pro­gramme – dont le hé­ros est vrai­ment « out of this world » !

_PAUL FUSCO : Je ne vou­lais pas que ce soit une sé­rie SF. Je vou­lais que les spec­ta­teurs viennent voir Alf et le consi­dèrent comme un per­son­nage réel.

_AL JEAN : Et ça a mar­ché ! C’est pré­ci­sé­ment ce qui a ren­du ce pro­gramme unique.

_PAUL FUSCO : Une fois, quel­qu’un a pro­po­sé que Alf trouve un pis­to­let la­ser, éli­mine Willie (Max Wright) et fi­nisse dans une di­men­sion pa­ral­lèle. Et puis il y a eu

« IL ME RAP­PELLE QUEL­QU’UN. DUS­TIN HOF FMAN, NON? » PAUL FUSCO

La Cu­ca­ra­cha. C’est l’épi­sode où on a été le plus loin. Et ça res­tait ac­cep­table : un ca­fard était ca­ché dans un sand­wich de Mel­mac. Pa­reil avec l’épi­sode Je suis ta ma­rion­nette, dans le­quel Alf achète une ma­rion­nette par cor­res­pon­dance. Le script était écrit par Al Jean et Mike Reiss (les fu­turs au­teurs des « Simp­son »). Le scé­na­rio était très sombre, digne d’un épi­sode de La Qua­trième Di­men­sion. Ça a trau­ma­ti­sé les spec­ta­teurs.

_MIKE REISS : La ma­rion­nette avait été conçue pour res­sem­bler à Paul Fusco. Tout le monde s’en était aper­çu sauf lui. Il n’ar­rê­tait pas de de­man­der : « Il me rap­pelle quel­qu’un. Dus­tin Hoff­man, non ? »

_PAUL FUSCO : Les gens sur­in­ter­prètent tou­jours un peu. On a tour­né un épi­sode dans le­quel on dé­cou­vrait que Alf était ac­cro au co­ton. Bon. Eh bien au­cun rap­port avec un membre de l’équipe qui au­rait eu un quel­conque pro­blème de drogue... (Paul Fusco fut dé­pen­dant à la co­caïne pen­dant une bonne par­tie de la pro­duc­tion de la sé­rie.)

_STEVE LA­MAR : Alf n’était pas un mé­ga car­ton. Mais on était lea­ders sur notre cré­neau et le show était dif­fé­rent. On com­men­çait à être au centre de l’at­ten­tion.

_PAUL FUSCO : À la fin de la sai­son 1, tout rou­lait bien. « Alf» sé­duit dif­fé­rents pu­blics cible et, très vite, cer­taines ha­bi­tudes du per­son­nage – il en­quille les bières fraîches et ap­pré­cie beau­coup les chats – doivent être adou­cies.

_PAUL FUSCO : Dans le pi­lote, Alf boit une bière. Mais bon, il a plus de 200 ans. On a es­suyé beau­coup de cri­tiques à ce pro­pos : « C’est un mo­dèle, il ne peut pas boire de la bière! » Mais il avait été con­çu comme le tonton ex­cen­trique et libidineux de la fa­mille. On avait ima­gi­né un épi­sode où il s’élec­tro­cute en es­sayant de trans­for­mer la bai­gnoire en ja­cuz­zi... La se­maine sui­vante, on nous a for­cés à de­man­der par­don : « Vous vous rap­pe­lez l’épi­sode pré­cé­dent ? Ne faites pas ça à la mai­son! » Les ga­mins fai­saient tout comme Alf. C’était même par­fois un peu triste. Je me sou­viens qu’un môme avait mis son chat dans un fou à mi­cro-ondes parce qu’il avait vu Alf le faire.

_LISA A. BAN­NICK : NBC nous lais­sait tran­quille la plu­part du temps. Ils avaient d’autres chats à fouet­ter. Mais par­fois, on re­ce­vait des mé­mos quand, pour un cliff­han­ger, Alf se re­trou­vait en dan­ger. On nous di­sait : « Les en­fants vont pen­ser que Alf est mort ! »

_STEVE LA­MAR : Paul avait une ma­rion­nette pour les ré­pé­ti­tions. On l’ap­pe­lait Ralf (Re­pul­sive Alien Life Form). Il était vieux et ri­dé.

_TOM FICH­TER : Per­sonne ne bros­sait sa four­rure. Il avait un as­pect sau­vage. Il avait vrai­ment une per­son­na­li­té dif­fé­rente. Quand il re­gar­dait sous les jupes des ac­trices, il pre­nait un air vi­ce­lard.

_AL JEAN : Ralf res­sem­blait à une cé­lé­bri­té dé­chue tom­bée dans l’al­cool et la dé­pres­sion. Ça fe­rait une su­per sé­rie au­jourd’hui.

III: Alié­né

À me­sure que le suc­cès de « Alf » gran­dit, il de­vient de plus en plus dif­fi­cile d’ou­vrir son uni­vers. Alien en fuite, il doit li­mi­ter ses in­ter­ac­tions aux seuls membres de la fa­mille Tan­ner…

_VICTOR FRES­CO : C’était une sé­rie dif­fi­cile à faire : le per­son­nage prin­ci­pal ne pou­vait in­ter­agir avec per­sonne d’autre que nos quatre ré­cur­rents.

_PAUL FUSCO : Sans trans­gres­ser les règles, on es­sayait de lui faire ren­con­trer de nou­veaux per­son­nages. À un mo­ment, on lui a fait croi­ser la route d’un ivrogne. On pou­vait pen­ser qu’il avait juste hal­lu­ci­né.

_AL JEAN : Au­cun nou­veau per­son­nage ne pou­vait voir Alf, alors on ru­sait. On a fait cet épi­sode où il rêve qu’il dé­barque sur l’île des Nau­fra­gés. Il y a ce­lui où il de­vient ami avec un aveugle. Tous les moyens étaient bons.

_LISA A. BAN­NICK : Quand Anne Sche­deen est tom­bée en­ceinte, j’ai eu plein d’idées : « Et si Alf condui­sait Kate à l’ho­pi­tal? Et s’il fai­sait le ba­by-sit­ter? » Mais c’était ri­di­cule : Kate n’al­lait pas lais­ser un alien in­ca­pable de tra­ver­ser le sa­lon sans cas­ser une lampe s’oc­cu­per de son en­fant. L’im­pos­si­bi­li­té de faire exis­ter leurs per­son­nages au­tre­ment qu’en ré­ac­tion à Alf mine le mo­ral du cast. Par­ti­cu­liè­re­ment Max Wright, qui com­mence à s’en­nuyer dans son rôle de faire-va­loir d’une pe­luche ex­tra­ter­restre. _STEVE LA­MAR : Au dé­but l’hu­meur était joyeuse, mais l’en­nui s’est pro­gres­si­ve­ment ins­tal­lé.

_DEAN CA­ME­RON : Max (Wright) ve­nait du théâtre et il s’était pro­ba­ble­ment dit : « OK, je fais ce pi­lote et dans trois se­maines, je suis de re­tour sur les planches. » Quatre ans plus tard, il était tou­jours le pa­pa du show.

_PAUL MIL­LER : Alf ir­ri­tait le per­son­nage de Max. Et c’était pa­reil sur le pla­teau.

_LISA BAN­NICK : Je vais vous dire un truc sur Max : Écrire pour lui, c’était comme jouer du syn­thé. Il in­ter­pré­tait chaque vir­gule, chaque el­lipse, chaque ti­ret que vous met­tiez. Vous l’écri­viez, il le jouait. Exac­te­ment comme vous le vou­liez.

_PAUL MIL­LER : Je re­ce­vais par­fois des notes de Paul (Fusco) qui vou­lait que je de­mande à Max d’ac­cé­lé­rer le rythme. Et là, j’avais la trouille.

_BENJI GRE­GO­RY : On ré­pé­tait une scène où Max construi­sait une cage pour Alf et je de­vais res­ter coin­cé à l’in­té­rieur. J’ai foi­ré ma ré­plique et Max m’a hur­lé des­sus. J’avais 9 ans ! Et il me hurle des­sus. J’ai braillé en re­tour...

_PAUL FUSCO : Max était un co­mé­dien de théâtre clas­sique. Je ne peux pas par­ler à sa place mais je crois que plus la sé­rie a du­ré, plus il s’en est sen­ti pri­son­nier.

_DEAN CA­ME­RON : Je vais vous ra­con­ter l’une de mes his­toires de show­biz pré­fé­rées. Les ac­teurs tra­vaillaient une scène. Anne Sche­deen dit : « Est-ce que je suis obli­gée d’être dans cette scène ? » Et un autre ac­teur pose la même ques­tion. Max, qui est un gros bos­seur, es­saie de faire avan­cer la sé­quence. Il se tourne vers Anne : « Je suis là pour tra­vailler. Pas toi ? » Très vite, le ton monte et tout le monde se hurle des­sus. Le pla­teau se vide. Et en partant, Max se re­tourne et crie : « Ac­cro­chez-nous à des tringles, c’est nous les ma­rion­nettes ici ! C’est nous les ma­rion­nettes ! »

PAUL MIL­LER : Paul était un ma­niaque, un per­fec­tion­niste qui pou­vait se ré­vé­ler im­pa­tient.

_LISA A. BAN­NICK : C’était aus­si un type qui pou­vait pas­ser cinq ou six heures dans des trappes avec son bras ten­du en l’air avant de fon­cer dans son bu­reau, fer­mer la porte et ap­pe­ler un ga­min de l’as­so­cia­tion Faites un voeu.

_PAUL FUSCO : C’était dé­vo­rant, mon agenda était épui­sant. Mais per­sonne ne fut mal­trai­té. Et les ac­teurs ga­gnaient un beau pa­quet d’ar­gent.

_DEAN CA­ME­RON : Ja­mais je n’au­rais ima­gi­né faire par­tie d’un show où c’est la pu­tain de ma­rion­nette qui avait les meilleures ré­pliques.

« ALF PEUT FAIRE SON COME -BACK N’IM­PORTE QUAND. » STEVE LA­MAR

Les au­diences baissent. NBC dé­cide de dé­pla­cer le show et de le pro­gram­mer le sa­me­di soir. Le 24 mars 1990, les spec­ta­teurs res­tent sur leur faim quand ils voient des mi­li­taires dé­bar­quer et cap­tu­rer Alf. Ce cliff­han­ger ne se­ra ré­so­lu que six ans plus tard…

_PAUL FUSCO : On vou­lait faire une sai­son sup­plé­men­taire. Mais NBC nous avait dit qu’au pire, on fi­ni­rait sur un fi­nal d’une heure. Ou un té­lé­film.

_LISA A. BAN­NICK : Alf n’a pas la lon­gé­vi­té d’un Cheers. Le concept ini­tial était condam­né à s’user très vite.

_PAUL FUSCO : On avait l’idée pour une cin­quième sai­son : Alf sur une base mi­li­taire. Il est in­ter­né dans un camp de dé­ten­tion. La fa­mille a un droit de vi­site. On l’au­rait vu jouer aux cartes et di­ri­ger un mar­ché noir... En 1996, ABC dif­fuse « Opé­ra­tion Alf », qui, re­prend l’idée de Paul Fusco. Si le suc­cès avait été au ren­dez-vous, ce té­lé­film au­rait pu être le pi­lote d’une nou­velle sé­rie. Mais les au­diences ne sont pas suf­fi­santes. À la place, Fusco lance briè­ve­ment un talk-show en 2004 et res­sus­cite le per­son­nage pour des ca­méos in­at­ten­dus. Ré­cem­ment, dans un épi­sode de « Mr. Ro­bot ».

_TOM PATCHETT : En ce mo­ment, on met les der­nières touches à un scé­na­rio de long mé­trage. Les ga­mins ai­me­ront le per­son­nage quoi­qu’il ar­rive. Mais on veut faire le film pour les 35-40 ans qui se sou­viennent de la sé­rie d’ori­gine.

_PAUL FUSCO : On a failli faire un film en 1987. On avait un script, mais le stu­dio vou­lait un film pour en­fants à pe­tit bud­get. Or ça se pas­sait dans l’es­pace et on ra­con­tait le voyage de Alf vers la Terre. On a lais­sé tom­ber.

_STEVE LA­MAR : Alf peut faire son come-back n’im­porte quand. C’est comme le groupe Kiss.

_MIKE REISS : À l’époque, la sé­rie était consi­dé­rée comme une sit­com fa­mi­liale bé­bête, mais sa ré­pu­ta­tion a gran­di au fil des an­nées. Al et moi avons écrit Alf exac­te­ment comme nous al­lions écrire Les Simp­son quelques an­nées plus tard. C’était gro­tesque, ma­lin et sub­ver­sif.

_TOM PATCHETT : Alf est une vedette en Al­le­magne. Je fais une pièce là-bas et c’est la seule chose dont les gens me parlent. J’ai l’im­pres­sion qu’ils ap­pré­cient par­ti­cu­liè­re­ment la cri­tique du mode de vie amé­ri­cain.

_BENJI GRE­GO­RY : Ré­gu­liè­re­ment, je mets le DVD. La ma­rion­nette n’a pas vieilli. Je suis moins sûr pour cer­tains dia­logues.

_MIKE REISS : L’une des ré­pliques cultes de Ho­mer Sim­spon « Don­nez-moi le nu­mé­ro du 911 ! » a d’abord été pro­non­cée par Alf. Le scé­na­riste Steve Pe­poon a ima­gi­né ce dia­logue des an­nées avant que George Meyer n’y pense de son cô­té.

_PAUL FUSCO : Alf est pro­ba­ble­ment un peu abî­mé ces temps-ci, sans doute plus en co­lère. Il faut dire que tout a chan­gé. Le monde est par­ti en su­cette de­puis les 90s. On a sans doute be­soin de lui plus que ja­mais.

Anne Sche­deen, Alf et An­drea El­son.

Alf en­tou­ré d'An­drea El­son, Anne Sche­deen, Ben­ji Gre­go­ry et Max Wright.

Alf et Max Wright

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