FO­CUS

Première - - SOMMAIRE - PAR FRÉ­DÉ­RIC FOU­BERT

Sus­pi­ria de Lu­ca Gua­da­gni­no

Le re­make de Sus­pi­ria par Lu­ca Gua­da­gni­no at­tise les pas­sions. Faut-il l’ado­rer ? Le haïr ? L’en­cen­ser ? Le brû­ler ? On a po­sé la ques­tion à Bru­no For­za­ni, Pas­cal Lau­gier et Ni­co­las Saa­da, trois ci­néastes vouant un culte à Da­rio Ar­gen­to et son chef-d’oeuvre hor­ri­fique de 1977.

Le Sus­pi­ria de Lu­ca Gua­da­gni­no est sans doute le re­make le plus at­ten­du (au tour­nant ?) de­puis ce­lui de Psy­chose par Gus Van Sant, en 1998. Pas seule­ment parce que c’est l’adap­ta­tion d’un chef-d’oeuvre – après tout, une poi­gnée non né­gli­geable de grands films, dans l’his­toire du ci­né­ma, a don­né lieu à de très bons re­makes : Une étoile est née, Les Sept Sa­mou­raïs, Le Sa­laire de la peur, Scar­face, Yo­jim­bo... Mais Sus­pi­ria de Da­rio Ar­gen­to est un chefd’oeuvre un peu à part. En grande par­tie parce qu’il a mis un bon quart de siècle à être consi­dé­ré comme un clas­sique. Lors de sa sor­tie, en 1977, il fut un im­mense suc­cès po­pu­laire en Ita­lie, avant de de­ve­nir un to­tem iden­ti­taire pour une jeu­nesse contre-cultu­relle qui ado­rait hal­lu­ci­ner de­vant ses vi­sions ba­roques et dé­li­rantes, comme d’autres, à la même époque, se dé­fon­çaient les tym­pans sur la mu­sique de Black Sab­bath. Le che­min vers la re­con­nais­sance cri­tique et ins­ti­tu­tion­nelle fut long, très long. Au­jourd’hui, Da­rio Ar­gen­to est cé­lé­bré par­tout comme un gé­nie du ci­né­ma et le re­make de l’une de ses oeuvres phares (l’his­toire d’une jeune femme qui vient étu­dier dans une école de danse al­le­mande te­nue par des sor­cières) dé­barque au mo­ment où son in­fluence es­thé­tique est bran­die en éten­dard aux quatre coins de la pla­nète ci­né­phile. De­puis une di­zaine d’an­nées, des ci­néastes fé­ti­chistes, ve­nus d’ho­ri­zons di­vers, font pros­pé­rer l’hé­ri­tage et tra­vaillent à par­tir des formes ci­né­ma­to­gra­phiques qu’Ar­gen­to a in­ven­tées ou su­bli­mées, qu’elles soient celles du gial­lo (films de tueur fou pleins de vi­sions mor­bides et éro­tiques), du fan­tas­tique ou de l’épou­vante : Ni­co­las Win­ding Refn dans The Neon

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