« Les ados sont de plus en plus pré­coces » AVEC

Psychologies - - SOMMAIRE - Par Sté­pha­nie Torre, avec Va­lé­rie Blan­co, psy­cha­na­lyste Illus­tra­tion Éric Gi­riat

Il y a quelques mois, en confir­mant un phé­no­mène de « pics de pu­ber­té pré­coce » dans l’Hexa­gone, l’agence na­tio­nale San­té pu­blique France1 sem­blait (presque) don­ner rai­son à cette ru­meur ga­lo­pante : nos en­fants se­raient ados de plus en plus

tôt… no­tam­ment, sexuel­le­ment ! Chiffres à l’ap­pui, les grin­cheux s’en sont donc don­né à coeur joie : « N’as­siste-t- on pas chez les fillettes à un es­sor sans pré­cé­dent des cas de pous­sées mam­maires avant l’âge de 8 ans… ? Nah ! » Et, ef­fec­ti­ve­ment, de­puis quelque temps, on ob­serve, cô­té fé­mi­nin, plus de mille nou­veaux diag­nos­tics de « pré­co­ci­té pu­bère » chaque an­née. Mais cette in­for­ma­tion pu­re­ment mé­di­cale per­met-elle de confir­mer cette étrange in­tui­tion des adultes que la jeu­nesse s’avère de plus en plus… pres­sée ? Pas si sûr. Pour la psy­cha­na­lyste Va­lé­rie Blan­co, rien ne per­met de l’af­fir­mer. Pour preuve : les sta­tis­tiques montrent que, de­puis vingt ans, l’âge mé­dian du pre­mier rap­port sexuel s’éta­blit tou­jours aux alen­tours de 17 ans. « Mal­gré la por­no­cul­ture dans la­quelle ils baignent, les ( pré)ados n’ap­pa­raissent donc pas plus im­pa­tients que ceux des gé­né­ra­tions pré­cé­dentes, ex­plique la spé­cia­liste. D’ailleurs, lorsque je les re­çois, beau­coup me font part d’un ques­tion­ne­ment très proche de ce­lui que vi­vaient leurs aî­nés. Ils s’in­ter­rogent sur le plai­sir, le dé­sir, ni plus tard ni plus tôt… » Comme s’il y avait une in­va­riance ? « Se sen­tir prêt à ren­con­trer l’autre dans l’in­ti­mi­té né­ces­site d’avoir ac­cep­té sa propre iden­ti­té sexuelle, re­prend-elle. Or, ce che­mi­ne­ment re­quiert une cer­taine ma­tu­ri­té psy­chique qui

ne se dé­crète pas… » Au­tre­ment dit, même s’ils af­fichent des signes phy­siques d’une en­trée en pu­ber­té plus hâ­tive, et même si beau­coup ont une idée as­sez pré­cise du conte­nu de YouPorn, une grande ma­jo­ri­té des ado­les­cents ne se montrent en rien plus… pré­co­ce­ment dé­lu­rés. « En re­vanche, s’il y a un do­maine où ils semblent plus en avance, c’est dans leur dé­sir de prendre

part au monde, sou­rit la psy­cha­na­lyste. Là, c’est vrai, ils n’ont que peu d’in­hi­bi­tions. Re­gar­dez-les in­ter­ve­nir sur les ré­seaux so­ciaux : en­vi­ron­ne­ment, po­li­tique, mal­trai­tance ani­male… Ils sont ou­verts sur tout ! Plus fa­cile pour eux de se pas­ser de l’as­sen­ti­ment des pa­rents pour s’ex­pri­mer et dé­fendre leurs idées… Dans une “so­cié­té li­quide” qui fait fi des rap­ports hié­rar­chiques pour pri­vi­lé­gier la “com­mu­nau­té de sem­blables”, plus simple pour les mil­lé­niaux d’en­trer dans le monde ! » 1. « In­di­ca­teurs de san­té re­pro­duc­tive et per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens », mai 2017. Va­lé­rie Blan­co est l’au­teure de L’Ef­fet di­van et de Dits de di­van (L’Har­mat­tan).

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