“Ces his­toires ont été écrites par la pe­tite fille que j’ai été”

Claude Hal­mos a bien connu la so­li­tude de l’en­fant qui se pose des ques­tions et, n’ayant per­sonne à qui en par­ler, es­saye de trou­ver des ré­ponses dans sa tête. Dans “Les Aven­tures d’Uru­bu­ru”, ce sont des ani­maux qui viennent en aide aux en­fants et pro­nonc

Psychologies - - LES CONTES DE LA FÉE HALMOS - Pro­pos recueillis par Hé­lène Fres­nel

Psy­cho­lo­gies : Com­ment vous est ve­nue l’idée d’écrire des contes ? C.H. :

Ce n’était pas une idée. Il y a plus de quinze ans, pen­dant des va­cances en Ita­lie, j’ai écrit des his­toires qui me sont ve­nues comme ça. En­suite, je les ai ran­gées dans un ti­roir puis res­sor­ties des an­nées plus tard pour me rendre compte que le hé­ros de ces contes, Uru­bu­ru, res­sem­blait beau­coup à la pe­tite fille que j’avais été. J’en ai conclu que ces contes avaient dû sur­gir à un mo­ment par­ti­cu­lier de ma propre ana­lyse.

Avez-vous cher­ché à ai­der les en­fants en écri­vant ? C.H. :

On pour­rait se dire qu’une psy écrit des contes thé­ra­peu­tiques pour ai­der les en­fants, leur ex­pli­quer ci et ça. Mais ce n’est pas du tout ça. Je n’ai pas ré­flé­chi. J’ai écrit comme un au­teur de fic­tion : il ne sait pas ce qu’il fait, ce que ça veut dire, ce que ça va dire à d’autres… Ces contes ont été écrits to­ta­le­ment à mon in­su par la pe­tite fille que j’ai été. Par exemple, l’his­toire des diables des ar­moires [dans « Les Larmes du Rhinocéros », ndlr], quand quel­qu’un a évo­qué les peurs noc­turnes à ce pro­pos, j’étais presque éton­née, comme si je n’avais pas réa­li­sé ce que j’avais fait. C’est le pou­voir de la fic­tion : prendre du mal­heur et en faire de la création. Si mes contes semblent fa­mi­liers aux en­fants – ce que j’es­père –, ce se­ra parce qu’ils parlent de ce qu’un en­fant peut éprou­ver quand il est gai, triste ou pré­oc­cu­pé et qu’il n’a per­sonne avec qui en par­ler. L’éton­ne­ment a été de dé­cou­vrir que c’était ce­la qu’Uru­bu­ru ra­con­tait, quelque chose qui ne m’a ja­mais quit­tée. C’est la pe­tite fille, une pe­tite fille très seule, comme l’est Uru­bu­ru, qui s’ex­prime. Uru­bu­ru est en­tou­ré de monde, mais il est seul. Il es­saye de trou­ver des ré­ponses aux ques­tions qu’il se pose dans sa tête.

D’où vient votre proxi­mi­té avec le monde de l’en­fance ? C.H. :

Fran­çoise Dol­to, qui a beau­coup comp­té dans ma for­ma­tion de psy­cha­na­lyste, était une adulte qui, en gran­dis­sant, n’avait pas per­du son en­fance. Elle était ca­pable d’écou­ter les en­fants comme si elle-même était en­core une en­fant. C’est pour ce­la qu’elle a tant ap­por­té : elle a été une eth­no­logue de l’en­fance. Je n’ai pas ce gé­nie, mais il y a quelque chose de ce­la chez moi. Je dis tou­jours en riant que la langue que je parle le plus cou­ram­ment, c’est « le 3 ans et de­mi ». J’ai gar­dé une proxi­mi­té avec la fa­çon dont les en­fants parlent, res­sentent, éprouvent les choses. Je me « branche » très fa­ci­le­ment sur eux. Je suis psy­cha­na­lyste parce que j’ai été obli­gée de l’être ; c’est une né­ces­si­té im­po­sée par mon his­toire. Je sais le prix de la pa­role de l’adulte qui tout à coup t’ex­plique le monde et fait tom­ber ton an­goisse, parce que je n’y ai pas eu droit. J’en ai gar­dé la marque en creux. Donc, je dis aux en­fants ce que l’on ne m’a pas dit. Quand on a eu trop sou­vent peur, pe­tit ou pe­tite, et que per­sonne n’est ja­mais ve­nu, on en garde une an­goisse qui ne nous quitte ja­mais. Si les adultes sa­vaient à quel point ils ont le pou­voir de trans­for­mer le monde pour les en­fants, de faire tom­ber leurs peurs d’un seul mot ! Dans mes his­toires, il n’y a pas d’adultes pour pro­non­cer les mots qui apaisent, mais il y a des ani­maux. Au­jourd’hui, si j’ai un dé­sir, c’est que ces contes fassent rê­ver les en­fants, mais qu’ils soient aus­si un point d’ap­pui pour eux quand ce­la va trop mal.

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