TOUR DU MONDE

Ré­pu­tée pour son mo­dèle so­cial, la Suède est une des­ti­na­tion idéale pour les fa­milles qui cherchent à s’ex­pa­trier. Mais un an­glais de très bon ni­veau est un mi­ni­mum pour réus­sir son in­té­gra­tion.

Rebondir - - AU SUMMARIO - Pierre TOURTOIS

Suède : une qua­li­té de vie qui mé­rite le dé­tour

Avec un taux de chô­mage de 6,9 % en 2016 se­lon Eu­ro­stat (10,1 % en France), la Suède est une des­ti­na­tion de choix pour les Fran­çais qui sou­haitent trou­ver un em­ploi à l’étran­ger. Mais avant de vous tour­ner vers ce pays nor­dique, ap­pré­cié pour la po­li­tesse de ses ha­bi­tants et la beau­té de ses pa­no­ra­mas, il fau­dra muscler votre ni­veau en langues étran­gères. À com­men­cer par l’an­glais, vi­tal pour réus­sir vos pre­miers pas. “Si l’on part sur un pro­jet de mo­bi­li­té via une en­tre­prise fran­çaise, la langue de Sha­kes­peare suf­fit pour se dé­brouiller et vivre cor­rec­te­ment. Mais si l’on veut nouer de vraies re­la­tions avec les ha­bi­tants, le sué­dois est es­sen­tiel”, com­mente la di­rec­tion de Pôle em­ploi in­ter­na­tio­nal. Et même sur le mar­ché de l’em­ploi, un manque d’en­train pour la langue du pays risque de vous fer­mer des portes. “Certes, les lo­caux maî­trisent

très bien l’an­glais, no­tam­ment les jeunes. Mais c’est moins le cas chez les per­sonnes de plus de 50 ans. Par exemple, dans l’in­dus­trie, si votre chef d’équipe est un se­nior, il exi­ge­ra pro­ba­ble­ment de vous un mi­ni­mum

de sué­dois”, com­mence Cé­sar Gau­tier, ma­na­ger Page Per­son­nel Swe­den. Comment vous fa­mi­lia­ri­ser avec cette langue si dif­fé­rente du fran­çais ? Tour­nez-vous vers Svens­ka för in­van­drare (SFI), au­tre­ment dit le “sué­dois pour les im­mi­grés”. Dans cet ins­ti­tut, les ha­bi­tants de l’Union eu­ro­péenne peuvent suivre des cours de qua­li­té gra­tuits, à par­tir du mo­ment où ils ont ob­te­nu leur nu­mé­ro per­son­nel d'iden­ti­fi­ca­tion (voir en­ca­dré), le per­son­num­mer. Après quelques se­maines in­ten­sives, votre ni­veau de­vrait être suf­fi­sant pour en­fin trou­ver un tra­vail...

PRIO­RI­TÉ AUX GRANDES VILLES

Pour ob­te­nir un em­ploi ra­pi­de­ment, pri­vi­lé­giez les sec­teurs por­teurs comme le high-tech mais ne fer­mez

au­cune porte pour au­tant. “En Suède, les nou­velles tech­no­lo­gies et la san­té se portent bien, y com­pris sur des postes né­ces­si­tant moins de di­plômes. Dans le se­cré­ta­riat, le re­cours à l’in­té­rim est cou­rant mais ce­la né­ces­site un an­glais par­fait et quelques bases de sué­dois, comme dans la res­tau­ra­tion et l’hô­tel­le­rie. Des bou­lan­gers et des pâ­tis­siers peuvent réus­sir en met­tant en avant des pro­duits ty­pi­que­ment fran­çais”, pré­cise Cé­sar Gau­tier. Dans la vente ou l’évé­ne­men­tiel, il est pos­sible de trou­ver son bon­heur, no­tam-

ment dans des en­tre­prises en rap­port di­rect avec le mar­ché hexa­go­nal. “Spé­cia­li­sée dans le com­merce in­ter­na­tio­nal et le mar­ke­ting à ni­veau bac +2, j’ai pos­tu­lé pour des postes qui avaient un lien avec la France. Et j’ai tou­jours pu trou­ver du tra­vail à Stock­holm”, as­sure Ro­ber­ta De­mird­jian, qui vit en Suède de­puis 4 ans. Dans les villes se­con­daires, ce­la re­crute

aus­si. “À Gö­te­borg, Vol­vo est une en­tre­prise ma­jeure dans l’in­for­ma­tique, en sup­port tech­nique ou consom­ma­teur. Ses four­nis­seurs et pres­ta­taires sont si­tués dans la ré­gion et pu­blient des offres ré­gu­liè­re­ment. Malmö offre des op­por­tu­ni­tés dans l’in­dus­trie et le BTP, sur­tout de­puis qu’elle est re­liée à Co­pen­hague via le pont de l’Ore­sund”, re­marque Cé­sar Gau­tier.

UNE PO­LI­TIQUE SO­CIALE PER­FOR­MANTE

Reste que le CDI, sé­same idéal pour s’ins­tal­ler du­ra­ble­ment dans un pays, n’est pas si simple à ob­te­nir. D’une part, les pé­riodes d’es­sai durent en gé­né­ral six mois et peuvent être rom­pues sans mo­tif. D’autre part, en de­hors de postes pé­nu­riques ou très spé­ci­fiques, le CDD long est fré­quent, no­tam­ment dans le cadre de rem­pla­ce­ments consé­cu­tifs à des congés pa­ren­taux. “Les hommes et les femmes ont des droits égaux. Ils peuvent se par­ta­ger 16 mois de pause jus­qu’aux huit ans de l’en­fant, les pères de­vant prendre a mi­ni­ma deux mois. Ce­la a un im­pact sur le mar­ché de l’em­ploi : les contrats de rem­pla­ce­ment de six, voire douze mois, sont très cou­rants”, re­marque Pôle em­ploi in­ter­na­tio­nal. Ces dis­po­si­tifs étant ou­verts aux étran­gers en­re­gis­trés comme ré­si­dants, tout comme une Sé­cu­ri­té so­ciale très pro­tec­trice, la Suède est une des­ti­na­tion de choix pour les jeunes pa­rents. D’au­tant que l’in­dem­ni­sa­tion de congé pa­ren­tal est plu­tôt confor­table, avec 80 % du sa­laire ini­tial… Tout ce­la est évi­dem­ment encourageant mais mé­fiez-vous du mar­ché im­mo­bi­lier sué­dois (voir en­ca­dré) à la fois com­plexe et coû­teux. “Dif­fi­cile de pro­fi­ter de la vie en Suède avec un pe­tit sa­laire. Il n’y a pas de re­ve­nu mi­ni­mum na­tio­nal et les lo­ca­tions de lo­ge­ments sont chères. Par exemple, à Stock­holm, les loyers sont équi­va­lents à ceux que l’on trouve à Paris. Pour li­mi­ter les frais, il faut s’éloi­gner du centre-ville ou choisir la co­lo­ca­tion”, af­firme Édouard Cré­gut, qui tra­vaille dans un la­bel mu­si­cal dans la ca­pi­tale sué­doise. “En pra­tique, les plus pe­tites ré­mu­né­ra­tions tournent au­tour de 850 eu­ros, aux­quelles s’ajoutent des primes de ren­de­ment ou de vente. C’est insuffisant pour vivre dé­cem­ment car la vie est chère en Suède ! Dans le BTP, on tourne plu­tôt au­tour de 2 000 eu­ros, voire 2 500 si l’on ac­cepte de tra­vailler le week-end”, pré­cise Cé­sar Gau­tier. Heu­reu­se­ment, cer­taines en­tre­prises pra­tiquent l’avance sur sa­laire pour fa­ci­li­ter votre ins­tal­la­tion. Le mar­ché de l’em­ploi est dy­na­mique et les re­ve­nus évo­luent vite si vous don­nez sa­tis­fac­tion. Bref, il fau­dra faire des ef­forts. Mais le jeu peut en va­loir la chan­delle…

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