Une so­lu­tion pour re­trou­ver une ac­ti­vi­té ?

Peut-on vivre de pe­tits bou­lots grâce aux plates-formes de mise en re­la­tion entre par­ti­cu­liers ? Bri­co­lage, jar­di­nage, mé­nage… Face à la mul­ti­pli­ca­tion de ces sites, cer­taines per­sonnes se lancent en es­pé­rant pou­voir en vivre. Ai­mer le contact client, y p

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C“Il faut entre trois se­maines et un mois pour rem­por­ter son pre­mier job.”

herche quel­qu’un pour re­peindre une chambre”, “tringles à ri­deaux à po­ser”, voi­là le type d’an­nonces que vous pou­vez trou­ver sur les plates-formes col­la­bo­ra­tives de ser­vices ré­mu­né­rés entre par­ti­cu­liers. Elles per­mettent de mettre en re­la­tion les per­sonnes qui sou­haitent dé­lé­guer une tâche et d’autres qui sont à même de la réa­li­ser (les job­beurs), moyen­nant une somme d’ar­gent dé­fi­nie à l’avance. Un nou­veau mo­dèle éco­no­mique qui a aus­si fait ap­pa­raître une nou­velle ex­pres­sion : “faire du job­bing”, pour par­ler des per­sonnes qui uti­lisent ces sites pour trou­ver des mis­sions. Il en existe plu­sieurs, des gé­né­ra­listes en pas­sant par ceux qui sont spé­cia­li­sés, par exemple dans les ser­vices à la per­sonne (mé­nage, jar­di­ne­rie…). Mais ces plates-formes, qui pro­posent

des tâches sou­vent ré­mu­né­rées seule­ment quelques eu­ros, peuvent-elles vrai­ment être une fa­çon de re­trou­ver une ac­ti­vi­té et d’en vivre ?

EX­PLOI­TER VOS COM­PÉ­TENCES CACHÉES OU NON

“Nous sommes des fa­ci­li­ta­teurs, pense Ber­trand Tour­nier, gé­rant de You­piJob (spé­cia­li­sée dans les ser­vices à la per­sonne entre par­ti­cu­liers, hors dé­pen­dance,

créée en 2015). Si les plates-formes comme les nôtres fonc­tionnent c’est parce qu’il existe un réel be­soin de se faire ai­der à pe­tits prix à cause de la baisse du pou­voir d’achat. Et de l’autre cô­té, il y a une réa­li­té éco­no­mique : les gens ont be­soin de tra­vailler.” Une vi­sion par­ta­gée par Au­gus­tin Ver­linde, co-fon­da­teur de Friz­biz (do­maine de l’ha­bi­tat : bri­co­lage, jar­di­nage, etc., de­puis 2013). “Nous sommes ap­por­teur d’af­faires pour des per­sonnes qui ont du temps et des com­pé­tences. Nous sommes une source d’op­por­tu­ni­tés.” Ces sites peuvent aus­si être un moyen de contour­ner la ques­tion du di­plôme, en ba­sant le suc­cès du job­beur sur un autre cri­tère : les com­men­taires. Une étude réa­li­sée par le site d’offres d’em­ploi Jo­biJo­ba, qui pro­pose aus­si des an­nonces de job­bing, montre que “le di­plôme et l’ex­pé­rience ne sont pas dé­ter­mi­nants dans le re­cru­te­ment pour les mis­sions de job­bing. La dis­po­ni­bi­li­té des can­di­dats est prio­ri­taire”. Ain­si, comme l’ex­plique Guillaume de Ker­ga­riou, fon­da­teur et pré­sident de Nee­delp (gé­né­ra­liste, fon­dé en 2014), “le job­bing est sou­vent un moyen de dé­cou­vrir que l’on a des com­pé­tences que l’on peut mettre à pro­fit”.

SE FAIRE SA PLACE

Mais en­core faut-il réus­sir à se faire une place sur ces plates-formes où la concur­rence est ex­trê­me­ment rude. D’ailleurs, l’étude de Jo­biJo­ba montre que “la du­rée de vie moyenne d’une an­nonce de pe­tit bou­lot est de 48 heures”. Toutes ces plates-formes fonc­tionnent à

peu près de la même fa­çon : après avoir rem­pli votre pro­fil (nom, des­crip­tion des sa­voir-faire, etc.), vous pou­vez pos­tu­ler aux an­nonces. Une fois une pres­ta­tion réa­li­sée, la per­sonne pour qui elle a été faite laisse un com­men­taire qui pour­ra être consul­té par les pro­chains uti­li­sa­teurs au­près des­quels vous pos­tu­le­rez. Plus vous avez de bons com­men­taires, plus vous ins­pi­rez la confiance et avez de chances d’être choi­si. Le risque est donc de ne ja­mais réus­sir à dé­col­ler, à avoir votre pre­mière pres­ta­tion. Guillaume de Ker­ga

riou ex­plique avoir trou­vé la pa­rade. “Le ser­vice client est là pour les ai­der à avoir leur pre­mier client. Nous leur ex­pli­quons comment faire pour se po­si­tion­ner au mieux : il faut être créa­tif, bien soi­gner ses offres, ré­pondre le plus ra­pi­de­ment pos­sible. La deuxième chose est que cer­tains de nos jobs sont ré­ser­vés aux membres qui n’ont pas d’avis. Il s’agit de pe­tites tâches comme le mon­tage de meuble.” La plu­part semblent

mettre des choses en place. “Nous avons pas mal de pe­tits se­crets qui nous per­mettent de lan­cer les job­bers. Dé­jà, nous leur conseillons de com­plé­ter leur pro­fil à 100 %, de pro­po­ser un maxi­mum de ser­vices. Nous avons aus­si une zone ‘ ques­tions/ré­ponses’ qui leur per­met d’in­ter­agir avec des de­man­deurs. Il leur faut entre trois se­maines et un mois pour rem­por­ter leur pre­mier job. Nous avons aus­si une per­sonne qui est un peu ‘le grand frère des job­beurs’, qui les ac­com­pagne”, illustre Ber­trand Tour­nier.

AVEZ-VOUS L’ES­PRIT D’ENTRAIDE ?

Mais les condi­tions du suc­cès ne tiennent pas qu’au sa­voir-faire. Le sa­voir-être prend une place très im­por­tante sur ce type de plates-formes. Et même s’il s’agit de pres­ta­tions ré­mu­né­rées, le fait de vou­loir rendre ser­vice est tou­jours très pré­sent. “Nous consta­tons que der­rière il y a beau­coup de sym­pa­thie, d’entraide qui se mettent en place. Les per­sonnes choi­sies vont en faire un peu plus que pré­vu”, ex­plique

Édouard Du­mor­tier, di­ri­geant et co-fon­da­teur d’Al­lo­voi­sins (lo­ca­tion d’ob­jets et ser­vices à la per­sonne entre par­ti­cu­liers. Existe de­puis 2014). Un point de vue que semble aus­si par­ta­ger Guillaume de Ker­ga

riou. “La di­men­sion hu­maine, ami­cale est es­sen­tielle. Il y a un cô­té ‘proxi­mi­té’ et ce­la se re­trouve dans les com­men­taires. Cer­tains fi­nissent par prendre un ca­fé.” Ce qui de­mande cer­taines qua­li­tés. “Il faut sa­voir être pa­tient, avoir en­vie d’ai­der quel­qu’un. Le contact est im­por­tant. Vous ar­ri­vez chez une per­sonne que vous ne con­nais­sez pas”.

GLIS­SER VERS L’AU­TO-EN­TRE­PRE­NEU­RIAT

Mais même si vous ar­ri­vez à mul­ti­plier les mis­sions, est-il vrai­ment rai­son­nable de pen­ser pou­voir en vivre ? “Pour que le mo­dèle fonc­tionne, il faut que ce soit des pe­tites pres­ta­tions, comme le rap­pelle Au­gus­tin Ver­linde. Chez nous, elles sont si­tuées

entre 15 et 500-600 eu­ros.” En ef­fet, les par­ti­cu­liers pré­sents sur ces plates-formes sont prêts à pas­ser par ce sys­tème pour des mis­sions qui ne sont pas ex­trê­me­ment coû­teuses. Chez Nee­delp, les “top job­bers” ont un re­ve­nu moyen de 1 000 eu­ros par mois, en en­chaî­nant à peu près une di­zaine de mis­sions. Mais at­ten­tion, il s’agit donc de ceux qui tiennent le haut de l’af­fiche. “Cer­taines per­sonnes glissent tout dou­ce­ment vers l’en­tre­pre­neu­riat”, ex­plique de son cô­té Édouard Du­mor­tier. En ef­fet, pour al­ler vers des ré­mu­né­ra­tions plus im­por­tantes, ces plates-formes peuvent être un trem­plin pour en­suite créer une au­to-en­tre­prise, dé­mar­cher sur plu­sieurs sites, mais aus­si dé­ve­lop­per sa propre clien­tèle via no­tam­ment le bouche-à-oreille. La ques­tion est de sa­voir si vous vous en sen­tez ca­pable car comme le ré­sume Guil

laume de Ker­ga­riou : “Le but n’est pas de créer une re­la­tion de dé­pen­dance avec les job­beurs. Nous fai­sons par­tie d’un éven­tail des pos­sibles. Nous sommes un trem­plin.”

“Le di­plôme et l’ex­pé­rience ne sont pas dé­ter­mi­nants pour être choi­si, la dis­po­ni­bi­li­té est prio­ri­taire.”

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