L’OMBRE ET LA LU­MIÈRE

Ride It - - People - Par : buzz - Photos : Marc- Oli­vier Pa­naud

Vice-cham­pion de France de DH, Patrick Thome fait par­tie du top 5 des Fran­çais sur le cir­cuit de Coupe du monde. Alors qu'il vient de si­gner chez CK Ra­cing, Patrick nous a li­vré le quo­ti­dien d'un top des­cen­deur fran­çais, pas fran­che­ment ai­dé par les ins­tances fé­dé­rales...

Ride It : Sa­lut Patrick. Com­ment as-tu cho­pé le vi­rus VTT ?

Patrick Thome : Sa­lut à tous ! Je viens de Nîmes et j’ai com­men­cé le vé­lo as­sez tard, du moins pour ce qui est de la com­pé­ti­tion. Je fai­sais de la mo­to avant. Mes pre­miers tours de roue se sont faits dans un grand parc na­tu­rel en centre-ville. On s’y re­joi­gnait avec les potes après les cours pour tra­cer des des­centes, chose qui était in­ter­dite (rires). On se fai­sait sou­vent pour­suivre par les gardes... On di­ra que c’était ça mes pre­miers chro­nos ! J’ai fait ma pre­mière course de DH à St Comes. C’était une course que mon club or­ga­ni­sait, juste à cô­té de la mai­son et tous mes amis étaient là pour m’en­cou­ra­ger. Ce­la n’a pas lou­pé, je me suis cas­sé la cla­vi­cule sur un OTB dans la der­nière dif­fi­cul­té !

R.I : Quel bi­lan tires-tu de ta sai­son 2014 ?

P.T : Dans l’en­semble, je suis plu­tôt sa­tis­fait, mis à part les quelques er­reurs com­mises en Coupe du monde. Je chute à Fort William alors que j’avais un on­zième temps in­ter­mé­diaire... Je crève à Mont Sainte Anne au Ca­na­da. Et sur­tout il y a eu ma grosse déception après ma non-sé­lec­tion pour les mon­diaux, alors que je ter­mine 3e Fran­çais au gé­né­ral de la Coupe du monde et vice-cham­pion de France Elite. Ce­la a été vrai­ment dur à ac­cep­ter pour moi, il n’y a rien de pire que de res­ter à la mai­son re­gar­der les autres por­ter le maillot fran­çais et se battre sans toi. Mais bon, je pense qu’il y a tou­jours une le­çon à en ti­rer et ce­la me mo­tive en­core plus pour 2015.

R.I : Com­ment as-tu vé­cu ta non-sé­lec­tion en Equipe de France pour les Cham­pion­nats du monde ?

P. T : Je ne sais pas vrai­ment quoi pen­ser. Nor­ma­le­ment la fé­dé sé­lec­tionne deux groupes, une équipe A et une équipe B. L’équipe A est em­me­née tous frais payés alors que l’équipe B doit payer cer­tains des frais, mais peut quand même concou­rir. En 2014 la DTN n’a choi­si d’ali­gner que trois pi­lotes (Bru­ni, Thi­rion et Cau­vin) et de ne pas sé­lec­tion­ner d’équipe B, équipe dont j’avais rem­pli les cri­tères pour en faire par­tie (au moins un top 20 dans la sai­son). C’est une dé­ci­sion que per­sonne n’a com­pris et c’est dur de se voir an­non­cer qu’on ne pour­ra pas al­ler dé­fendre son pays aux cô­tés de ses co­équi­piers... sur­tout qu’il n’y a pas de vraie rai­son don­née. Cette dé­ci­sion n’aide pas l’image de l’in­ves­tis­se­ment de la FFC dans la des­cente.

R.I : Jus­te­ment, penses-tu que la fé­dé­ra­tion fasse cor­rec­te­ment le job pour pro­mou­voir la des­cente fran­çaise ?

P.T : Fran­che­ment, je ne com­prends pas com­ment la fé­dé fonc­tionne. Nous sommes en re­tard sur pas mal de choses. Les pistes par exemple : le ni­veau monte en Coupe du monde, les pistes sont de plus en plus ra­pides (Fort William, Wind­ham, Mont Ste Anne) et nous conti­nuons à rou­ler sur les Coupes de France sur des pistes sou­vent trop lentes. Alors for­cé­ment, quand nous, pi­lotes fran­çais, ar­ri­vons en Coupe du monde, nous sommes per­dus. Pour ce qui est des stages, c’est pa­reil. J’ai été convié cet hi­ver pour la pre­mière fois en stage en équipe de France. Le prin­cipe était co­ol : une se­maine de pré­pa­ra­tion phy­sique avec le staff dans une am­biance sym­pa. Quelques se­maines plus tard, j’étais cen­sé conti­nuer avec un stage DH à St Maxime. A par­tir de là, plus au­cune nou­velle, cer­tains y étaient et d’autres non ! Je ne com­prends pas com­ment on peut faire pro­gres­ser des pi­lotes comme ça, ou créer une équipe stable pour un éven­tuel cham­pion­nat du monde. Les tops pi­lotes fran­çais ont be­soin de ces stages pour se re­trou­ver et rou­ler en­semble, ce­la per­met de se ti­rer cha­cun vers le haut et de faire pro­gres­ser de ma­nière gé­né­rale le ni­veau. Hé­las ce ne sont ja­mais les mêmes pi­lotes. Cer­tains sont mis de cô­té et je trouve ça dom­mage. A croire que du haut de mes 23 ans ils me consi­dèrent dé­jà trop vieux pour faire des ré­sul­tats…

R.I : Quels sont tes ob­jec­tifs pour 2015 ?

P.T : J’ai­me­rais me battre à nou­veau pour le titre de Cham­pion de France et puis en­trer dans le top 15 au clas­se­ment gé­né­ral de la Coupe du monde...

« J’ai­me­rais me battre à nou­veau pour le titre de Cham­pion de France et en­trer dans le top 15 au clas­se­ment gé­né­ral de la Coupe du monde. »

et puis faire un coup d’éclat sur une World Cup, juste pour le fun (rires) !

R.I : Com­ment as-tu vé­cu la fin avec le team Gs­taad Scott ?

P.T : On s’est quit­tés en bons termes. Tu sais, les bud­gets sont de plus en plus ré­duits en DH et le team ne pou­vait conti­nuer qu’avec deux pi­lotes. Brendan Fair­clough était en­core sous contrat, puis Ne­ko Mul­la­ly a été choi­si après son run de fou aux mon­diaux. Je tiens à re­mer­cier Clau­dio Ca­luo­ri (team ma­na­ger) pour ces deux sai­sons au sein du team, et sur­tout Cy­ril La­gneau, qui est une per­sonne très im­por­tante pour moi de­puis quelques an­nées.

R.I : Com­ment s’est faite ton in­té­gra­tion au sein du team CK Ra­cing ?

P.T : As­sez na­tu­rel­le­ment. J’étais dé­jà pote avec Cy­rille Kurtz et aus­si Florent Payet, qui était mon en­traî­neur phy­sique en 2014. La pos­si­bi­li­té de rou­ler sur un San­ta Cruz V10 car­bone m’a très vite em­bal­lé... ! Le chan­ge­ment de bike s’est fait très fa­ci­le­ment, le San­ta Cruz est un bike hy­per lé­ger, ner­veux et très fa­cile à prendre en main. I’m lo­ving it (rires) ! Tu te sens de suite à l’aise dès les pre­miers runs. C’est aus­si mon pre­mier bike full car­bone. Et ça, c’est vrai­ment co­ol ! Ni­veau ré­glages, je ne suis pas trop per­tur­bé car je garde le même par­te­naire sus­pen­sion (Fox Ra­cing). Il faut juste adap­ter les ré­glages en fonc­tion du vé­lo, puis on fe­ra au coup par coup se­lon les pistes. On a quand même quelques séances de test pré­vues en mars avant la Coupe du monde de Lourdes. À l’in­verse du dé­but de sai­son 2014, les pre­mières courses se­ront plus orien­tées tech­nique, ce­la de­mande de pas­ser plus de temps sur le “gros vé­lo” et j’avoue que ce­la ne me dé­plaît pas. R.I : Jus­te­ment, l’ou­ver­ture de la sai­son se fait à Lourdes. C’est plu­tôt sym­pa d’ou­vrir « presque à la mai­son » ? P.T : Je suis su­per heu­reux d’at­ta­quer la sai­son en France de­vant notre pu­blic, mes amis et mes

proches. Mais ce­la met tou­jours un peu de pres­sion, il fau­dra bien gé­rer ce­la. Au ni­veau du tra­cé, je suis as­sez confiant, il y a tout pour avoir une belle piste, sur­tout de la pente (rires). J’es­père juste que la météo se­ra de notre cô­té !

R.I : Tu as été un des pre­miers pi­lotes à rou­ler en 27.5’’ en Coupe du Monde. Ra­conte-nous un peu de quoi c’est par­ti.

P.T : Quand je suis ar­ri­vée chez Scott, le team ma­na­ger (Clau­dio Ca­luo­ri) rou­lait dé­jà avec et m’a clai­re­ment fait com­prendre que c’était top. A par­tir de là, j’ai vou­lu sa­voir si c’était mieux ou juste top (rires). J’ai fait pas mal de tests du­rant l’hi­ver et les chro­nos se sont avé­rés être meilleurs en roues de 27.5”. A par­tir de là, j’ai fon­cé. C’est sûr qu’au dé­but sur les pre­mières World Cup, tout le monde pre­nait mon bike en photo. C’était l’ani­ma­tion des pad­docks, sur­tout que c’était un cadre pré­vu en 26” avec pas mal de mo­difs. Je me sou­viens qu’au dé­but je vou­lais même rou­ler avec une roue de 27.5” à l’avant et une de 26” à l’ar­rière, mais le rè­gle­ment UCI ne nous l’ac­cor­dait pas. Au fi­nal, je pense que l’on ne s’est pas trom­pé sur le 27.5” !

R.I : Ta piste pré­fé­rée?

P.T : Sans hé­si­ta­tion, Mont Sainte Anne ! J’aime les pistes larges, mul­ti-tra­jec­toires et sur­tout qui vont vite. Y’a rien de mieux que la high speed et les gros sauts .

R.I : Tes ad­ver­saires?

P.T : Je suis com­pé­ti­teur avant tout et c’est clair que je pré­fère fi­nir de­vant eux... sur­tout de­vant Loïc (Bru­ni, ndlr), si c’est pos­sible ! J’ai beau­coup de res­pect pour tous les pi­lotes, je pense m’en­tendre bien avec tout le monde. La des­cente reste un mi­lieu simple, c’est im­por­tant de gar­der les pieds sur terre. On ne fait pas de la F1 ! Après les courses on se re­trouve sou­vent avec un verre à la main pour dis­cu­ter de nos ré­sul­tats et se com­pa­rer, c’est notre pe­tite guerre à nous. N’est-ce pas, Guillaume Cau­vin (rires) !

R.I : Qu’est-ce qui te manque au­jourd’hui pour faire un po­dium en Coupe du Monde ?

P.T : Sin­cè­re­ment je pense qu’au­jourd’hui, tous les pi­lotes du top 15 peuvent pré­tendre au po­dium. Le ni­veau est hal­lu­ci­nant, c’est tel­le­ment ser­ré ! Tout le monde est beau­coup plus pro­fes­sion­nel dans l’ap­proche de la course, les en­traî­ne­ments hi­ver­naux sont de plus en plus im­por­tants et les bikes sont plus per­for­mants, no­tam­ment avec la té­lé­mé­trie em­bar­quée. Mais pour être sur le po­dium, il faut faire un run par­fait, sans er­reur… et en­core !

R.I : Y’a pas que le VTT... j’ai cru com­prendre que tu étais à l’aise quel que soit l’en­gin...

P.T : Je roule beau­coup en MX du­rant l’hi­ver, j’adore ça. J’aime aus­si pas­ser du temps sur ma mo­to de route l’été entre les courses, la météo s’y prête pas mal par chez moi. Et puis je fais un peu de cir­cuit au­to avec une bande de potes. Je me ver­rais bien fi­nir sur quatre roues un jour...

R.I : Vivre de sa pas­sion, c’est pos­sible en France ou ce­la re­lève de l’uto­pie ?

P.T : Ce­la reste pos­sible, mais c’est beau­coup plus dif­fi­cile qu’avant. J’ai l’im­pres­sion en tout cas que c’est plus dur en France qu’à l’étran­ger. Les spon­sors font beau­coup plus at­ten­tion et ont du mal à nous don­ner les mêmes bud­gets qu’au­pa­ra­vant. Tu n’as qu’à voir à quel point cer­tains gros teams ont ré­duit leurs ef­fec­tifs en 2015 (Scott, La­pierre et GT par exemple). Il faut sa­voir bien se vendre et se mettre un maxi­mum en avant, l’image de notre sport y est pour beau­coup éga­le­ment. Quand tu dis­cutes avec des pi­lotes étran­gers qui sont seule­ment dans le top 30 de la Coupe du monde, qu’ils te disent qu’ils ne font que du vé­lo et qu’ils ar­rivent à vivre de leur pas­sion... ça fait bi­zarre. Nous sommes des spor­tifs de haut ni­veau, mais pour ce qui est de mon cas, je suis obli­gé de tra­vailler à cô­té l’hi­ver. J’es­père faire évo­luer ce­la…

« Je pense qu’au­jourd’hui, tous les pi­lotes du top 15 peuvent pré­tendre au po­dium. Le ni­veau est hal­lu­ci­nant, c’est tel­le­ment ser­ré ! »

Pour 2015, Patrick in­tègre le team CK Ra­cing de Cy­rille Kurtz et rou­le­ra sur un San­ta Cruz V10 car­bone.

Patrick Thome, c'est un pi­lo­tage très ins­pi­ré du mo­to-cross, une dis­ci­pline qu'il pra­tique as­si­dû­ment l'hi­ver pour s'en­traî­ner.

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