Ba­li

GEOFF GU­LE­VICH & PIERRE-ÉDOUARD FER­RY À BA­LI

Ride It - - Sommaire -

Le ha­sard fai­sant par­fois bien les choses, je re­ce­vais jus­te­ment une in­vi­ta­tion de la part d’Alex, gé­rant de la guest-house The Chil­l­house de Can­guu à Ba­li. Il m'in­vi­tait à dé­cou­vrir son re­fuge et cette île d’In­do­né­sie où il avait éta­bli sa fa­mille. Un pro­gramme al­lé­chant à base de VTT au so­leil et de surf ! Et l'en­droit idéal pour un trip entre potes. Il ne me res­tait plus qu’à trou­ver le bon aco­lyte. Pierre-Édouard Fer­ry, lui aus­si aux prises avec les ri­gueurs de l’hi­ver de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, n'a pas mis long­temps à être convain­cu. Nous avons trou­vé une “fe­nêtre” d’une quin­zaine de jours qui s’en­cas­trait à mer­veille dans nos ca­len­driers res­pec­tifs. J’étais à ce mo­ment-là dans le Grand Nord ca­na­dien, à Kam­loops, en Co­lom­bie Bri­tan­nique, sur un tour­nage vi­déo avec des Fat bikes. Il n’y avait pas de temps à perdre. Pre­mière chose à faire : ré­ser­ver nos vols, puis pré­pa­rer les va­lises. Nous n’avions qu’une di­zaine de jours pour tout or­ga­ni­ser.

Quel était notre ob­jec­tif ?

Il n’était pas vrai­ment dé­fi­ni, mais nous cher­chions les mêmes choses : l’été avant l’heure, et la dé­cou­verte d'une par­tie du monde où nous n’avions en­core ja­mais po­sé nos pneus. Lorsque j’ar­ri­vais à l’aé­ro­port de Van­cou­ver, Liam Mul­la­ny le vi­déaste et Ma­son Ma­shon le pho­to­graphe étaient là. Ils avaient sau­té sur l’oc­ca­sion lorsque j’avais pro­po­sé à cha­cun d’eux de se joindre à nous pour do­cu­men­ter ce voyage. Au­tour d’un pe­tit dé­jeu­ner ca­na­dien, cha­cun fai­sait part de son ex­ci­ta­tion et de ses pro­jets pour les deux se­maines à ve­nir. Dé­no­mi­na­teur com­mun : se frot­ter aux vagues de Ba­li ! Un voyage de vingt-cinq heures com­men­çait. Di­rec­tion Den­pa­sar, Ba­li. Via la Co­rée du Sud. Mes com­pa­gnons al­ter­naient les mo­ments d’éveil avec d’autres de som­meil pro­fond, moi j’étais trop ex­ci­té pour dor­mir. J’en­chaî­nais les bières pour m’as­som­mer, sans suc­cès. Cinq films plus tard nous dé­bar­quions en Co­rée. Avec très peu de temps pour le tran­sit à l’aé­ro­port de Séoul, les pau­pières lourdes, nous at­tra­pions le vol sui­vant. Cette fois j’avais ma dose, je me ré­veillais à l’at­ter­ris­sage à Ba­li, il était une heure du ma­tin, le sur­len­de­main de notre dé­part. Évi­dem­ment mon vé­lo man­quait à l’ap­pel… Nous lais­sions Ma­son, le voya­geur le plus ex­pé­ri­men­té du trio, né­go­cier les ta­rifs avec les chauf­feurs de taxi. Le prix pas­sait ra­pi­de­ment de 50 $ par per­sonne à 40 $ pour tous les trois jus­qu’à la Chil­l­house. A deux heures du ma­tin le gar­dien nous ac­cueillait et ap­pe­lait le staff de la ré­cep­tion pour en­re­gis­trer notre ar­ri­vée. Seul pro­blème, au­cune trace de ré­ser­va­tion à nos noms. Idem pour PEF, ar­ri­vé moins d’une heure avant nous. Alex, mon in­ter­lo­cu­teur du­rant la pré­pa­ra­tion du voyage, et gé­rant de la Chil­l­house, était en va­cances en Aus­tra­lie à ce mo­ment. Le per­son­nel de la ré­cep­tion nous trou­vait tou­te­fois des chambres pour la nuit avec la pro­messe qu’Alex cla­ri­fie­rait tout ça par té­lé­phone le len­de­main. Nos lits nous ten­daient les bras, nous avions tous les bat­te­ries à plat. Ré­veillés à peu près à la même heure,

nous nous re­trou­vions au­tour de notre pre­mier pe­tit dé­jeu­ner in­do­né­sien. Sans mon vé­lo, il fal­lait re­pen­ser nos plans. « Louons des scoo­ters », pro­po­sait Ma­son, entre deux gor­gées de ca­fé. L’idée était ap­prou­vée à l’una­ni­mi­té, peut-être parce qu’au­cun d’entre nous n’avait conscience de ce qu’était le tra­fic à Ba­li. Très vite les scoo­ters étaient loués. Di­rec­tion Ulu­wa­tu et son Mon­key Temple - le temple des singes – puis le spot de surf tout proche. Ma­son, le seul d’entre nous à avoir dé­jà vi­si­té l’île par le pas­sé, en­fi­lait un masque an­ti-pol­lu­tion. À la vue de son équi­pe­ment, le reste de la bande se pré­ci­pi­tait à la guest-house et cha­cun ar­ra­chait comme il le pou­vait les manches d’un tee­shirt pour s’en faire un masque an­ti-pol­lu­tion de for­tune. Casque de vé­lo et lu­nettes de so­leil ve­naient com­plé­ter la pa­no­plie ! Sans grande ex­pé­rience de ce type de deux roues, nous par­tions tou­te­fois confiants. Il était im­pé­ra­tif de nous adap­ter ra­pi­de­ment à la fa­çon de rou­ler des lo­caux. En plus des voi­tures, ca­mions et bus, les rues étaient en­va­hies de scoo­ters jus­te­ment, dans la pro­por­tion d’en­vi­ron cin­quante pour chaque voi­ture ! À un mo­ment, Liam a été vio­lem­ment pro­je­té hors de la route par un ca­mion et fi­nis­sait sa course dans un terre-plein de gra­vier. Je me pré­ci­pi­tais vers Liam. Il avait évi­té le pire, mais il était se­coué. Rien de cas­sé, mais une bonne en­taille au ni­veau du ge­nou. Di­rec­tion la phar­ma­cie la plus proche pour un bon ban­dage ! De nou­veau en selle, cette fois-ci beau­coup plus pru­dents, nous re­pre­nions le che­min du Mon­key Temple qui, sans sur­prise, abri­tait une forte co­lo­nie de singes. Même si l’en­droit était pro­pice à la mé­di­ta­tion, les singes, eux, étaient du genre agres­sifs et il ne fal­lait rien lais­ser à leur por­tée : lu­nettes, cas­quettes, etc… tout était mo­tif d’agres­sion à leurs yeux. Pour com­pen­ser, la po­si­tion do­mi­nante du temple per­mettait d’ad­mi­rer un pa­no­ra­ma spec­ta­cu­laire. Nous dé­ci­dions en­suite de re­des­cendre vers la côte pour re­joindre un spot de surf ré­pu­té et sur­tout le bar at­te­nant, qui ser­vait, outre une bonne bière lo­cale (la Bin­tang), de dé­li­cieux re­pas, les pieds dans l’eau. Après avoir cas­sé la croûte, nous par­tions à la dé­cou­verte du Su­per­na­tu­ral Ca­nyon et sa grotte ma­rine pour notre pre­mière bai­gnade, fi­na­le­ment ! L’après-mi­di pas­sait ra­pi­de­ment, il était temps de che­vau­cher à nou­veau nos scoo­ters et de ren­trer à la base… c’était l’heure de pointe, sueurs froides ga­ran­ties. Nous ar­ri­vions fi­na­le­ment sains et saufs à la Chil­l­house. Un mer­veilleux dî­ner nous at­ten­dait. Les re­pas à la Chil­l­house furent par­mi les nom­breux mo­ments forts de ce voyage. PEF et moi nous étions le­vés tôt le len­de­main pour pro­fi­ter des le­çons de yo­ga dis­pen­sées à la Chil­l­house. En fervent adepte du yo­ga, j’avais réus­si à le convaincre. En fait, avec la cha­leur dé­jà in­tense mal­gré l’heure, la séance se trans­for­mait vite en quelque chose de beau­coup plus in­tense qu’un ré­veil mus­cu­laire ! J’ob­ser­vais les ré­ac­tions de PEF qui sem­blait se de­man­der quelle idée il avait eu de par­ti­ci­per à ce truc… J’avais toutes les peines du monde à lui ex­pli­quer qu’ha­bi­tuel­le­ment le yo­ga n’était pas aus­si ex­té­nuant. J’es­sayais en fait de me convaincre moi-même !

Tou­jours pas de vé­lo…

Nous dé­ci­dions alors par­tir pour la Old Man’s beach. Équi­pés de planches, nous étions prêts pour notre pre­mière le­çon de surf. Une fois re­çue une pre­mière salve d’ins­truc­tions, je com­pre­nais pour­quoi mes ten­ta­tives pré­cé­dentes avaient été in­fruc­tueuses. Je

Le ter­rain, gras juste ce qu’il faut, par­don­nait en cas de ré­cep­tion ap­proxi­ma­tive…

m’étais dé­jà es­sayé au surf, mais sans ja­mais prendre de le­çon… les ré­sul­tats n’avaient ja­mais été convain­cants. À grandes bras­sées, nous pre­nions la di­rec­tion du large et des vagues. Au loin, Ma­son sur­fait avec une fa­ci­li­té dé­con­cer­tante. « Un jeu d’en­fant », je lan­çais à PEF ! De pe­tites vagues se for­maient, il était temps pour nous d’es­sayer. PEF se lan­çait en pre­mier, ra­mant comme un for­ce­né avec ses bras, il pre­nait la vague, se le­vait sur sa planche, et exul­tait, avant même d’avoir trou­vé son équi­libre. Il par­ve­nait à sur­fer cette pre­mière vague avant de se re­trou­ver à l’eau, et nous fê­tions l’évé­ne­ment par une grosse ri­go­lade ! La vague sui­vante était pour moi. Je sen­tais sa pous­sée, je glis­sais le men­ton vers l'avant, avant de me re­le­ver tout en es­sayant de res­ter grou­pé et pen­ché. Je sur­fais ! De re­tour à la Chil­l­house, nous cher­chions à li­mi­ter les dé­mons­tra­tions de joie par res­pect pour Liam. Il était le plus en­thou­siaste du groupe à l’idée d’al­ler se frot­ter aux vagues, mais à cause de sa bles­sure il était obli­gé de se te­nir à l’écart de toute ac­ti­vi­té aqua­tique. Ce jour-là le per­son­nel de la Chil­l­house nous ini­tiait aux “Avo­ca­do shakes”, un peu de pa­ra­dis dans un verre. Re­tour sur nos scoo­ters, à la dé­cou­verte cette fois du Ta­nah Lot temple. Pas aus­si im­pres­sion­nant que le temple pré­cé­dent, mais cir­cu­ler sur les routes de Ba­li était par contre une ex­pé­rience tou­jours aus­si dé­coif­fante ! Re­tour à la base et sur­prise, mon vé­lo était ar­ri­vé ! Nous ébau­chions im­mé­dia­te­ment un plan d’ac­tion : l’idée était de se rendre au Ba­li Bike Park le len­de­main ma­tin.

Bike in Ba­li

Un VTT flam­bant neuf, j’étais aux anges. Notre guide, Frank Mar­bet, avait bou­gé à Ba­li un an plus tôt. Un type cha­ris­ma­tique, qui avait dé­ci­dé de faire une pause dans sa car­rière, de lais­ser de cô­té un bon job en Suisse pour ve­nir vivre avec sa co­pine à Ba­li et rou­ler au so­leil. Un su­per ri­der, très fluide et pas fa­cile à suivre ! Après un peu d’ef­forts, les vé­los et toute l’équipe, six per­sonnes, trou­vaient place sur un four­gon vi­si­ble­ment pas conçu pour un tel char­ge­ment ! Frank et Iwan nous fai­saient dé­cou­vrir le Ba­li Bike Park. Je ne m’at­ten­dais pas à y trou­ver au­tant de pistes. Une fois fa­mi­lia­ri­sés avec cet environnement, nous pou­vions lâ­cher les che­vaux. Et il y avait de quoi s’amu­ser. Les sauts étaient par­faits et le ter­rain, gras juste ce qu’il faut, par­don­nait en cas de ré­cep­tion un peu ap­proxi­ma­tive. Les tra­jec­toires étaient fluides et les en­chaî­ne­ments de vi­rages, su­per lu­diques. At­ten­tion tou­te­fois à ne pas sous-es­ti­mer les ra­cines hu­mides : elles sor­taient de nulle part comme des ser­pents pour vous re­tour­ner comme une crêpe, vous et votre vé­lo. En tout cas ceux qui avaient construit ce ter­rain de jeu avaient fait du bon bou­lot. Il com­men­çait à pleu­voir tous les jours vers 14h. Une pluie forte, bruyante. Quand elle com­men­çait il n’y avait rien d’autre à faire qu’aban­don­ner le ter­rain. Mieux va­lait donc ve­nir au Ba­li Bike Park le ma­tin pour en pro­fi­ter un maxi­mum. Les 45 mi­nutes de four­gon qui sé­pa­raient le bike-park de la Chil­l­house étaient un bon moyen de faire re­des­cendre l’adré­na­line et d’échan­ger nos im­pres­sions sur les meilleures tra­jec­toires, les sauts, etc… De re­tour à notre base, et c’était de nou­veau l’heure d’un autre dî­ner inou­bliable. Kurt Sorge et Mitch Cheek de So­los Films ar­ri­vaient à l’im­pro­viste ce soir-là, une soi­rée bien ar­ro­sée en pers­pec­tive ! Une fois vi­dés les fri­gos de la Chil­l­house, la troupe se dé­pla­çait jus­qu’à l’Old Man’s bar, sur la plage, pour pro­lon­ger la fête. Une am­biance de ton-

En plus des voi­tures, ca­mions et bus, les rues étaient en­va­hies de scoo­ters…

Sur le Ba­li Bike Park, nous pou­vions lâ­cher les che­vaux, il y avait de quoi s’amu­ser !

nerre pour une soi­rée su­per cool, entre potes, de l’autre cô­té de la terre. Après quelques heures de som­meil seule­ment il était temps de re­joindre à nou­veau le Ba­li Bike Park et per­sonne ne vou­lait ra­ter ça. Des arbres im­menses, des lianes en­tre­la­cées, une vé­gé­ta­tion tel­le­ment dif­fé­rente de celle que nous connais­sons dans l’hé­mi­sphère nord, dé­pay­se­ment ga­ran­ti ! Sans par­ler des mous­tiques de la taille de pe­tits oi­seaux, au moins on les en­ten­dait ar­ri­ver de loin ! Sans sur­prise, la pluie s’abat­tait à nou­veau sur le bike-park en dé­but d'après-mi­di. Re­tour à la base donc, et pré­pa­ra­tifs ra­pides avant de re­joindre la plage pour une nouvelle séance de surf sur fond de cou­cher de so­leil. Un grand mo­ment. Des cen­taines de sur­feurs dans l’eau re­gar­daient le so­leil dis­pa­raître dans l’océan à l’ho­ri­zon, sur fond de prières des com­mu­nau­tés re­li­gieuses mu­sul­manes et hin­dou. Une am­biance mys­tique qui at­ti­rait des foules de lo­caux et d’étran­gers chaque soir. Liam, en charge de fil­mer l’aven­ture, avait pris la tou­ris­ta. Les pro­chains jours s’an­non­çaient peu pro­duc­tifs, nouvelle ma­ti­née au Ba­li Bike Park donc, pour ap­prendre à en ap­pri­voi­ser en­core un peu mieux les pistes et les ra­cines. Un des pro­jets que nous avions en tête était de nous his­ser au som­met du vol­can Ba­tur, mais en at­ten­dant que toute l’équipe soit opé­ra­tion­nelle, l’après-mi­di était consa­crée à en ex­plo­rer un des ver­sants.

King Ku­ta

Quelques signes d’amé­lio­ra­tion du cô­té de Liam le jour sui­vant, il ne pas­sait plus son temps dans les toi­lettes, mais il était en­core faible. Nous dé­ci­dions de le lais­ser se re­po­ser un jour sup­plé­men­taire et par­tions à la dé­cou­verte de la ville de Ku­ta. C’était le jour de la

Alex, gé­rant de la guest-house The Chil­l­house, nous in­vi­tait dans son coin de pa­ra­dis…

fête na­tio­nale aus­tra­lienne, ce qui lais­sait pré­sa­ger le pire. À seule­ment trois heures de vol, Ba­li est une grosse des­ti­na­tion tou­ris­tique pour les Aus­tra­liens, as­soif­fés eux aus­si de so­leil, de vagues, et de bois­sons al­coo­li­sées. Heu­reu­se­ment les Aus­tra­liens dor­maient, sans doute sou­cieux de re­char­ger les bat­te­ries en at­ten­dant la nuit. Ku­ta se ré­vé­lait une très belle ville, pleine d’éner­gie avec tout un tas de choses à voir. À un cer­tain mo­ment, PEF, Ma­son et moi dé­li­rions sur tout un tas de trucs ab­surdes comme nous faire faire un ta­touage, ache­ter une planche de surf, où d’autres choses com­plè­te­ment in­utiles. La journée s’ache­vait de­vant un autre cou­cher de so­leil sur la plage avant de re­prendre le che­min de la Chil­l­house. Liam sem­blait main­te­nant en pleine forme ! Il vou­lait se joindre à la fête na­tio­nale aus­tra­lienne, his­toire de faire en­fin quelque chose de fun. Eric, le re­pré­sen­tant in­do­né­sien de Rocky Moun­tain, est ve­nu nous dire un pe­tit bon­jour. En ex­pert de la vie noc­turne ba­li­naise, il nous em­me­nait as­sis­ter à un concert où un groupe lo­cal jouait du AC/DC. Les Aus­tra­liens pré­sents s’en don­naient à coeur joie, ils avaient l’im­pres­sion d’être à la mai­son. Ma­son en pro­fi­tait pour nous ini­tier au snor­ke­ling : une tech­nique qui consiste à boire une bou­teille de bière cul-sec, avec une paille sur le cô­té pour le pas­sage de l’air. Nous en de­ve­nions tous ra­pi­de­ment des ex­perts. Andre Nu­ti­ni est ar­ri­vé cette nuit-là. Il ve­nait don­ner un coup de main à Liam pour les re­prises vi­déo. Fi­na­le­ment nous pou­vions nous mettre sé­rieu­se­ment au tra­vail.

Opé­ra­tion Ba­tur

Cette fois, c’est moi qui le len­de­main res­sen­tais les pre­miers signes de la tou­ris­ta. Journée de re­pos for­cée. J’étais à plat. Et il m'a fal­lu en­core la nuit sui­vante pour ré­cu­pé­rer com­plè­te­ment. Au ma­tin, j’étais d’at­taque et toute l’équipe se pré­pa­rait pour « l’opé­ra­tion Ba­tur ». Ob­jec­tif : le vol­can du même nom. Il fai­sait très chaud, 35° ! Es­souf­flés, à l’af­fût du moindre coin d’ombre, nous ap­pli­quant à gé­rer au mieux nos maigres ré­serves d’eau, ce pas­sage bru­tal de l’hi­ver à l’été nous met­tait en dif­fi­cul­té. Mais nos ef­forts al­laient être ré­com­pen­sés. Iwan, lui, ne sem­blait pas faire cas des condi­tions cli­ma­tiques. Tout sou­rire, sans eau ni nour­ri­ture, il gui­dait le groupe jus­qu’à un ma­gni­fique sin­gle­track en bord de fa­laise, sur­plom­bant l’océan. 30 km de bon­heur de­puis le dé­part du trail en al­ti­tude jus­qu’à la plage ! Et ce n’était rien par rap­port à ce qui nous at­ten­dait le len­de­main, jour de mon an­ni­ver­saire. Nous dor­mions dans un hô­tel spar­tiate, de l’autre cô­té du vol­can. Un tuyau en guise de douche, et des fe­nêtres qui ne fer­maient pas, comme une in­vi­ta­tion pour toutes les bes­tioles du coin à ve­nir nous rendre vi­site. Heu­reu­se­ment la nuit était courte, à trois heures nous étions tous de­bout. Il fal­lait par­tir tôt pour être au som­met avant le le­ver du so­leil. Lampe fron­tale, vé­lo sur le dos, la troupe se met­tait en marche pour l’as­cen­sion du vol­can. À un rythme sou­te­nu il fal­lait deux heures pour ar­ri­ver au som­met. En nage, nous étions ac­cueillis à notre ar­ri­vée par une dame qui ser­vait thé et ca­fé. Un ac­cueil aus­si dé­li­cieux qu’in­at­ten­du. Toute me­nue, elle nous ré­vé­lait faire cette as­cen­sion tous les ma­tins de­puis près de douze ans. Rien dans son at­ti­tude ne lais­sait trans­pa­raître le moindre signe de fa­tigue, un phy­sique du diable qui nous fai­sait sen­tir tout pe­tits à cô­té d’elle. En at­ten­dant que le so­leil se lève, cha­cun d’entre nous pré­pa­rait son ma­té­riel, puis, as­sis par terre en une sorte de com­mu­nion, at­ten­dait dans le noir de voir sa ma­jes­té poindre le bout de ses rayons. Le so­leil fai­sait bien­tôt son ap­pa­ri­tion. De la va­peur sor­tait de fis­sures dans les ro­chers, on avait la sen­sa­tion que le vol­can res­pi­rait pai­si­ble­ment, et on ne te­nait pas à le ré­veiller ! Un étroit sen­tier fai­sait le tour du cra­tère, en­ve­lop­pé dans une at­mo­sphère ma­gique. Dif­fi­cile d’ima­gi­ner mieux comme ca­deau d’an­ni­ver­saire. Une vraie aven­ture. Cette par­tie du vol­can n’avait ja­mais vu l’ombre d’un vé­lo. Il était temps de s’élan­cer. Le single ne fai­sait pas plus de 30 cm de large et fran­che­ment, il va­lait mieux s’as­su­rer de ne pas le quit­ter, un plon­geon pou­vait ra­pi­de­ment trans­for­mer le rêve en cau­che­mar. Comme si l’am­biance n’était pas as­sez ir­réelle, une large po­pu­la­tion de singes fai­sait son ap­pa­ri­tion. Contrai­re­ment à ceux de Mon­key Temple, ceux-là étaient cu­rieux mais pa­ci­fiques. Une fois ex­plo­ré chaque cen­ti­mètre car­ré de ce trail de ouf, PEF et moi en­ta­mions la des­cente. Un par­cours chao­tique qui ne par­don­nait pas les er­reurs, sur fond de roche vol­ca­nique prête à vous râ­per comme un mor­ceau de gruyère en cas de chute. Le prix du dan­ger. À neuf heures nous fi­nis­sions cette des­cente my­thique, et

Des par­cours chao­tiques, qui ne par­donnent pas les er­reurs, sur fond de roche vol­ca­nique !

c’était avec un gros ap­pé­tit que nous at­ta­quions notre deuxième pe­tit dé­jeu­ner. C’est fou tout ce que l’on peut faire en une journée lorsque l’on com­mence à trois heures du ma­tin ! Bien­tôt les signes avant-cou­reurs d’un gros orage se des­si­naient dans le ciel. Au lieu d’al­ler dé­va­ler les pentes de sable noir, sur l’autre ver­sant du vol­can, nous dé­ci­dions d’abré­ger la mis­sion et de ren­trer à la Chil­l­house. Une autre sur­prise m’y at­ten­dait, un gâ­teau d’an­ni­ver­saire que le per­son­nel de la Chil­l­house avait pré­pa­ré pour l’oc­ca­sion ! Il était dé­vo­ré en un rien de temps et l’évé­ne­ment était di­gne­ment ar­ro­sé. Frank nous em­me­nait en­suite jus­qu’au skate-park lo­cal as­sis­ter à un contest heb­do­ma­daire. Beau­coup de pu­blic et grosse d’am­biance, la par­faite conclu­sion pour une journée que je n’étais pas prêt d’ou­blier.

Surf in Su­ku­wa­ti

La journée du len­de­main était consa­crée à nou­veau au surf. Di­rec­tion la plage de Su­ku­wa­ti. Notre meil- leure ses­sion de surf jusque-là, que de pro­grès ac­com­plis en quelques jours ! Nous étions de­ve­nus ac­cros, ne nous au­to­ri­sant qu’une courte pause à mi­di pour dé­gus­ter une por­tion de Mie Ge­rang (un plat frit à base de pâtes et d’oeufs) ac­com­pa­gnée d’une Bin­tang bien fraîche ; cer­tains s’es­sayaient en­core au snor­ke­ling… Le soir, c’était les bras ré­duits en bouillie et pleins de coups de so­leil que nous fai­sions notre re­tour à la Chil­l­house. La fin de notre sé­jour ap­pro­chait, il fal­lait pro­fi­ter au maxi­mum de ces der­niers jours. Dé­part très tôt le len­de­main pour une nouvelle des­ti­na­tion de rêve. Tout com­men­çait au pied d’une pe­tite cha­pelle aban­don­née, avec un nou­veau le­ver du so­leil ma­jes­tueux. Une fois le trail de­vant nous bien illu­mi­né par le so­leil, PEF et moi en­ta­mions l’énième “ga­vade” de ce trip dé­cou­verte. Un sin­gle­track lu­dique, tout en flow, qui nous me­nait jus­qu’à l’océan. Liam qui n’avait pas en­core mis les pieds dans l’eau pour lais­ser se re­fer­mer ses plaies après son ac­ci­dent de scoo­ter, pro­po­sait à l’équipe de s’es- sayer au snork­ling, le vrai cette fois, avec masque et tu­ba. Une idée qui fai­sait l’una­ni­mi­té. En un rien de temps nous trou­vions un ba­teau et l’équi­pe­ment né­ces­saire. Le la­gon était à nous ! Un vrai aqua­rium. Ma­gni­fique… jus­qu’à l’ar­ri­vée des mé­duses. Au fur et à me­sure des brû­lures, cha­cun fai­sait son re­tour sur le ba­teau. Le jour ar­ri­vait où il fal­lait se ré­si­gner à quit­ter ce pe­tit coin de pa­ra­dis. Der­niers tours de roues le ma­tin au Ba­li Bike Park, der­niers fous rires, l’heure de faire les sacs. Les muscles dou­lou­reux après ce mix de trek­king/ri­ding/sur­fing, brû­lés par le so­leil et les mé­duses, mais heu­reux, com­blés de bon­heur. Il était temps de dire au re­voir à Alex, Frank, Iwan et Eric. Ils avaient ren­du notre sé­jour ex­cep­tion­nel et inou­bliable. Alors que Pierre, le chan­ceux, res­tait pour une se­maine de va­cances avec son épouse, le reste de l’équipe s’en­tas­sait tant bien que mal une der­nière fois sur le four­gon char­gé à bloc, di­rec­tion l’aé­ro­port. Fin de deux se­maines au pa­ra­dis avec une équipe de choc !

Texte : Geoff Gu­le­vich - Pho­tos : Ma­son Ma­shon

Je com­men­çais tout juste à re­trou­ver mes moyens après une frac­ture de l’omo­plate que mon ap­pé­tit pour l’ex­plo­ra­tion se ma­ni­fes­tait. Ce­la fai­sait plu­sieurs mois que je ne m'étais pas lan­cé dans une réelle aven­ture. Les ques­tions dé­fi­laient dans mon cer­veau. Où par­tir ? Avec qui ? Et quand ?

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