Trip

Les Phi­lip­pines avec les MIA

Ride It - - Sommaire - Texte : Maxime Pey­thieu - Pho­tos : Will Ca­mus / Glo­bal Vi­sual Me­dia

C’est tôt, et dans un froid gla­cial que je m’en­vole de­puis Lyon pour les Phi­lip­pines en com­pa­gnie de Yo­han et Will Ca­mus, alias Glo­bal Vi­sual Me­dia, qui a pour l’oc­ca­sion pris son plus gros sac pho­to, à tel point que ça a failli coin­cer à l’en­trée de l’avion ! Quelques longues heures plus tard, nous ar­ri­vons à Ma­nille, la ca­pi­tale, où la cha­leur hu­mide avoi­sine les 35°C. On se trouve sur l’île prin­ci­pale de Lu­zon, et nous y res­te­rons pour la du­rée du trip. Huit jours à ar­pen­ter les en­vi­rons nous at­tendent. Nous y re­trou­vons Thi­ro­ma­na Yin, fon­da­teur d’Ad­ven­ture We Like, avec qui nous avons dé­jà écu­mé les spots d’In­do­né­sie et de Thaï­lande. Ni une ni deux, on charge le van pour quit­ter cette im­mense ville qui compte plus de seize mil­lions d’ha­bi­tants, et où la vi­tesse en voi­ture ne dé­passe guère 10 km/h à cause de la très forte den­si­té de cir­cu­la­tion, et donc de pol­lu­tion. Bref, on en­tame quelques 200 km de route en di­rec­tion du nord pour re­joindre Ba­guio, dite la ca­pi­tale de l’été. Une ville per­chée dans les mon­tagnes, à 1 500 m d’al­ti­tude où l’air y est donc plus frais et sec. Ar­ri­vés à la tom­bée de la nuit, on s’em­presse de se cou­cher pour ré­cu­pé­rer du voyage, et des sept heures de dé­ca­lage ho­raire.

En selle à Camp John Hay

On n'est pas loin du pre­mier spot qui se trouve au mi­lieu de la ville. Camp John Hay est un grand parc na­tu­rel, an­cien­ne­ment ré­ser­vé aux forces ar­mées amé­ri­caines comme lieu de dé­tente du­rant l’oc­cu­pa­tion au siècle der­nier. En par­cou­rant les sen­tiers, on y croise de gros bâ­ti­ments qui étaient des lieux de ré­si­dence d’am­bas­sa­deurs. Et on y croise sur­tout un bon nombre de vé­té­tistes lo­caux, ve­nant rou­ler à la pause de mi­di ! Beau­coup de trails s’en­tre­croisent, quelques jumps amé­na­gés sur les cô­tés, voi­là le spot par­fait pour se re­mettre de notre voyage de la veille. En­fin, ça a failli mal tour­ner, quand à la toute pre­mière prise vi­déo, je me suis mis la tête la pre­mière dans les épines de pin, en glis­sant de l’avant. On conti­nue notre dé­cou­verte du spot, et Yo­han trouve ra­pi­de­ment de quoi s’amu­ser. Rou­lant gé­né­ra­le­ment en vé­lo de street, il a vou­lu ap­por­ter une touche exo­tique à la vi­déo. Et pour ce­la, il n’a rien trou­vé d’autre que sau­ter d’un mur de deux mètres de haut en 360 sur la roue avant, ou en­core ti­rer un mé­ga bun­ny hop entre deux troncs sé­pa­rés de presque deux mètres… avec son San­ta Cruz Bron­son. Croyez-moi, ce n’était pas une mince af­faire ! Notre pre­mière jour­née au­ra bien été rem­plie. On fi­nit par em­prun­ter un vé­lo à un ami de Ro­ma­na qui tient un bike shop, pour que Will puisse nous suivre le len­de­main sur un nou­veau spot.

En route pour l’aven­ture

Et quelle aven­ture ! Comme tout bon trip, il la faut, cette jour­née mê­lant fa­tigue, ga­lères, faim, mais aus­si rires, et qui reste un des meilleurs sou­ve­nirs. Elle com­mence à 5h. On fait la ren­contre de Jor­dan,

un ri­der lo­cal, qui va nous gui­der sur un spot qu’il a dé­cou­vert dans des val­lées re­ti­rées plus au nord. C’est par­ti pour trois heures de route, uni­que­ment de mon­tagne. On ne dif­fu­se­ra pas le nom du spot. Bien qu'au­to­ri­sé aux VTT, peu ont eu la chance de le rou­ler et les lo­caux sou­haitent le main­te­nir tel quel. En­fin, en­core faut-il ar­ri­ver à ac­cé­der au dé­part… C’est alors que com­mence, sous la pluie, une in­ter­mi­nable mon­tée de plus de 4h30 ! Ven­due par Ro­ma­na aux alen­tours des deux heures par temps sec, cette mon­tée fut al­lon­gée par le fait que nous sommes à la fin de la sai­son des pluies, et que les sen­tiers par les­quels nous ava­lons les quelques 700 mètres de dé­ni­ve­lé, ne sont pour une par­tie, que d’épaisses brous­sailles hu­mides et glis­santes, rem­plies de sang­sues. Rien que ça ! Un épi­sode de dé­lire et de peur s’en­suit à cause de ces di­zaines de pe­tits vers qui viennent se col­ler sur notre peau. Nous trou­vons de quoi nous ra­vi­tailler en che­min, grâce à une fa­mille nous pro­po­sant ca­fé chaud, ba­nanes et pan­cakes. Puis nous avons fi­ni par re­joindre le che­min prin­ci­pal qui mène au som­met, culmi­nant à 2 150 mètres. Il com­mence à faire frais entre la pluie qui n’a pas ces­sé et le vent qui s’est in­vi­té. On ne traîne pas, on ar­rive au som­met vers 15h, d’où l’on ap­pré­cie la vue somp­tueuse sur les val­lées. On at­taque sans plus tar­der les 15 km de single des­cen­dant. Un très bon flow sur une pente douce, à tra­vers une fo­rêt de sa­pins as­sez dé­ga­gée, lais­sant place à plu­sieurs pas­sages sur des crêtes de moins d’un mètre de large. Quel plai­sir après tant d’ef­forts ! Nous avons chan­gé de val­lée, et plus de pluie de ce cô­té-ci, on ouvre donc un peu plus sur ce ter­rain sec. On croise che­vaux sau­vages et vaches en li­ber­té, avant de tra­ver­ser une ri­zière, et un pe­tit vil­lage ty­pique. Mais pris par le temps, les choses se com­pliquent et c’est de nuit que nous fi­nis­sons ce pé­riple d’un peu plus de 30 km. C’est avec un ac­cueil cha­leu­reux à la mai­son com­mu­nau­taire des ran­don­neurs, dans le vil­lage voi­sin, que nous re­pre­nons des forces et pas­sons la nuit. C’est aus­si là que Yo­han dé­couvre qu’une sang­sue s’était glis­sée dans sa chaus­sette… Le len­de­main, on re­tourne sur la par­tie basse du sec­teur, où l’on a tra­ver­sé un pont sus­pen­du à plus de trente mètres de haut, la veille. Bien plus im­pres­sion­nant de jour, ce pont sert aux villa­geois à tra­ver­ser la ri­vière, qui est un vé­ri­table torrent en pé­riode de pluie. Les traces sur les ro­chers en té­moignent, le ni­veau de l’eau est au moins quatre mètres plus haut à cette pé­riode. En le tra­ver­sant on ac­cède à un lieu idyl­lique, où règnent calme et sé­ré­ni­té. Pous­sés par la cu­rio­si­té, nom­breux sont ceux qui viennent à notre ren­contre, voir ce que l’on fait avec nos vé­los. Vers mi­di, la cha­leur et l’hu­mi­di­té de ce fond de val­lée nous font quit­ter les lieux pour re­joindre Ba­guio. Nous pas­sons à tra­vers la « val­lée des cher­cheurs d’or ». Une mul­ti­tude de ba­ra­que­ments de tôles, construits sur pi­lo­tis au beau mi­lieu de la pente, dé­corent cette val­lée abrupte.

On va prendre l’air

Le der­nier spot nous ré­serve bien des sur­prises ! A la Tri­ni­dad, ville voi­sine de Ba­guio, se trouve le “flow”, sur une col­line sur­plom­bant la ville. Jor­dan est l’un des sha­pers, c’est lui qui nous y conduit. On re­monte la piste ty­pée DH, amé­na­gée avec quelques re­le­vés et pe­tits jumps, pour en­fin ar­ri­ver sur la par­tie haute, plus plate, où se trouvent les lignes de jumps. Et quelle sur­prise en dé­cou­vrant la ligne prin­ci­pale, consti­tuée d’une di­zaine de jumps al­lant de deux à dix mètres de long, sha­pés au la­ser, uni­que­ment à la pelle et à la pioche, et ré­glés au cen­ti­mètre près. Me voi­là dans mon do­maine, en­chaî­nant des di­zaines de pas­sages, en pre­nant un maxi­mum de plai­sir dans les airs. Une autre trace avec vi­rages ain­si que des sauts plus pe­tits a été construite en pa­ral­lèle. C’est le spot par­fait pour fil­mer une sé­quence ac­tion en mode race entre Yo­han et moi, cha­cun sur sa trace. Je fi­ni­rais même par lui pas­ser au-des­sus en back­flip, après avoir ajou­té quelques pel­le­tées de terre sur le haut du ki­cker, afin d’être cer­tain de tour­ner la ro­ta­tion com­plète. Notre ses­sion a du­ré plus de deux heures, ce qui a lais­sé le temps aux lo­caux de nous re­joindre, et on par­tage cette ses­sion à plus d’une quin­zaine. Ce fut le pre­mier back­flip qu’ils voyaient sur leur spot, je vous laisse ima­gi­ner l’eu­pho­rie ! Le temps d’échan­ger quelques conseils pour faire des table top et no hand, et nous voi­là par­tis sur la route vers Ba­lan­ga, ra­vis d’avoir ren­con­trés une bonne par­tie de la scène lo­cale.

Ba­lan­ga, face à Ma­nille

Re­tour vers Ma­nille, mais de l’autre cô­té de la baie, dans une ville plus tran­quille : Ba­lan­ga. Nous ar­ri­vons dans la soi­rée. Nous sommes at­ten­dus par les lo­caux, qui nous ac­com­pagnent boire un verre pour fê­ter notre ar­ri­vée. Ils ont tout fraî­che­ment net­toyé leurs pistes pour notre ar­ri­vée, juste in­croyable ! C’est dans le res­tau­rant de l’un d’eux que nous pre­nons le pe­tit dé­jeu­ner le len­de­main, dé­co­ré avec du ma­té­riel de vé­lo, des cadres de San­ta Cruz V10, d’an­ciens casques, etc… Ori­gi­nal ! On prend en­suite la di­rec­tion du Mont Sa­mat, que l’on va re­joindre ti­rés par des tri­cycles sur plu­sieurs ki­lo­mètres en mon­tée. Ce genre de side-car est le moyen le plus simple et éco­no­mique que les ri­ders uti­lisent pour les ro­ta­tions sur ce spot, à moins d’un eu­ro la re­mon­tée. En ar­ri­vant au som­met, on peut dé­cou­vrir de plus près la grande croix de quelques 90 m de haut, éri­gée en hom­mage aux sol­dats phi­lip­pins et amé­ri­cains dis­pa­rus au cours de la Se­conde Guerre mon­diale. On s’en­gage dans la pre­mière piste ty­pée DH, as­sez cas­sante, avec pier­rier, ra­cines, agré­men­tée de quelques sauts et vi­rages re­le­vés, le tout tra­ver­sant ba­na­niers et co­co­tiers. On se fait plu­sieurs ro­ta­tions au cours de la jour­née pour re­pé­rer, shoo­ter, et puis une der­nière pour se faire plai­sir avec les lo­caux qui nous ont gra­cieu­se­ment ac­com­pa­gnés. On leur fait nos adieux, et nous pre­nons la di­rec­tion du bord de mer que l’on pou­vait aper­ce­voir de­puis le som­met, à une tren­taine de ki­lo­mètres. On fi­nit par se re­trou­ver sur une plage de pê­cheurs, avec un pe­tit hô­tel et un res­tau­rant, dignes d’une carte pos­tale ! C’est sur une pla­te­forme flot­tante à une cin­quan­taine de mètres de la plage que l’on se fe­ra ser­vir un fes­tin à base de fruits de mer, crabes, ca­la­mars, et our­sins pê­chés par un jeune homme avec son masque et ses palmes. Our­sins que je n’avais d’ailleurs pas vus en al­lant me bai­gner quelques ins­tants au­pa­ra­vant, et que par chance j’ai évité, tout comme les ser­pents d’eau aper­çus quelques ins­tants plus tard. Nous re­joi­gnons la plage au cré­pus­cule, avant de re­prendre la route pour Ma­nille et quit­ter le pays le len­de­main. Nous n’avons pas chô­mé pen­dant ce voyage, du­rant le­quel nous avons fait de ma­gni­fiques ren­contres avec les ri­ders lo­caux, bien plus nom­breux que ce que l’on ima­gi­nait, très ac­cueillants, rou­lé de su­perbes spots et tra­ver­sé des pay­sages à cou­per le souffle. Un très bon cré­neau pour al­ler aux Phi­lip­pines puisque la sai­son des pluies se ter­mine fin oc­tobre, et les tem­pé­ra­tures sont agréables. Les re­mer­cie­ments vont à Thi­ro­ma­na Yin - www.ad­ven­tu­re­we­like.com - pour l’or­ga­ni­sa­tion, ain­si que les ac­teurs lo­caux qui nous ont ai­dés sur la lo­gis­tique, les par­te­naires du team MIA San­ta Cruz et Race Com­pa­ny. N’ou­bliez pas de je­ter un coup d’oeil à la vi­déo : www.youtube.com/watch?v=XItEoEKtlHc !

aux phi­lip­pines, les ri­ders lo­caux sont bien plus nom­breux que ce qu’on ima­gi­nait !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.