Spot

Le Stride de Stras­bourg

Ride It - - Sommaire - Texte : buzz - Pho­tos : Tom Za­ni­ro­li

Avant même sa créa­tion, le Stride fai­sait dé­jà le buzz sur In­ter­net. Au­tant dire que l'ou­ver­ture en sep­tembre der­nier du plus grand bike-park in­door en Eu­rope était at­ten­due par un pa­quet de ri­ders. On est al­lés leur rendre vi­site et po­ser nos roues sur ce spot d'ores et dé­jà in­con­tour­nable.

Dif­fi­cile de trou­ver la mo­ti­va­tion de rou­ler en plein hi­ver. Du coup, les 12000 m2 cou­verts du Stride, c'est un peu l'équi­valent hi­ver­nal d'un oa­sis en plein dé­sert ! Ce­la fai­sait un pe­tit mo­ment qu'on vou­lait al­ler rou­ler sur les pistes construites dans l'en­tre­pôt d'une an­cienne gare de fret de Stras­bourg. Vu les tem­pé­ra­tures du dé­but d'hi­ver, on n'a pas mis long­temps à se dé­ci­der avec mes aco­lytes Tom Za­ni­ro­li et Ju­lien Le­nief. On dé­cide de ten­ter l'aven­ture en TGV, avec les vé­los dans les housses. En moins de deux heures, l'af­faire est pliée de­puis le centre de Pa­ris. Ren­dez-vous est pris avec Gilles Andres, Gé­ral­dine Strub et Laurent Win­ter­man­tel, les ini­tia­teurs du pro­jet. Le Stride (pour STras­bourg RIDE), c'est l'his­toire de trois potes qui se sont connus sur les bancs de la fac de Stras­bourg. Pas­sion­nés de sport, ils ont dé­ci­dé de se lan­cer dans l'aven­ture et d'ou­vrir ce pre­mier bike-park in­door fran­çais en pro­fi­tant de re­con­ver­sions pro­fes­sion­nelles. Gilles nous ex­plique dans les dé­tails comment est né le pro­jet...

Ride It : Qu'est-ce qui vous a ame­né à ré­flé­chir sur le con­cept du Stride ? Gilles Andres :

Tout a com­men­cé par un brains­tor­ming que j'avais sou­hai­té or­ga­ni­ser avec Gé­ral­dine (Strub, ndlr). Je ve­nais de né­go­cier une rup­ture conven­tion­nelle avec mon an­cienne boîte. Je me suis re­trou­vé sans bou­lot, et Gé­ral­dine était à la re­cherche d'un nou­veau chal­lenge pro­fes­sion­nel. On s'est dit tiens, et si on ar­rê­tait de par­ler de choses per­sos en­semble et qu'on par­tait sur des choses un peu plus pro­fes­sion­nelles ? Laurent (Win­ter­man­tel, ndlr), qui n'était pas sup­po­sé ve­nir à notre pe­tite réu­nion, s'est fi­na­le­ment joint à nous... Et il a lan­cé l'idée de mon­ter un bike-park in­door ! Tous les trois, nous sommes amis de­puis plus de vingt ans... ça aide !

R.I. : Pour­quoi un bike-park in­door ? G.A. :

Au dé­part, Laurent pen­sait plu­tôt à créer un skate-park in­door, un con­cept qui exis­tait dé­jà. En cher­chant sur le net, je suis tom­bé sur des vi­déos de bike-park in­door aux US. Après quelque temps de ré­flexion, je suis re­ve­nu vers Laurent et Gé­ral­dine. Ils ont tout de suite ac­cro­ché sur le con­cept et on a dé­ci­dé de lan­cer le pro­jet.

R.I. : Vous-vous êtes ren­dus sur place pour voir à quoi ce­la res­semble ? G.A. :

On a très ra­pi­de­ment lan­cé une étude de mar­ché lo­cale. Une fois l'étude quan­ti­ta­tive fi­na­li­sée, on a fait quelques in­ter­views pour avoir une étude de mar­ché qua­li­ta­tive fiable. En avril 2014, je suis par­ti pen­dant une grosse se­maine avec Laurent en road trip en Amé­rique du Nord. On a vi­si­té quatre bi­ke­parks in­door. On a com­men­cé au Ca­na­da avec le Joy­ride 150, puis on a pas­sé la fron­tière pour dé­cou­vrir Cranx à Syracuse pour fi­nir par les deux bi­ke­parks de Rays, à Mil­wau­kee et Cle­ve­land. Ce­la nous a per­mis de tout tes­ter, fil­mer et pho­to­gra­phier. Mais aus­si de pas mal dis­cu­ter avec les gé­rants et re­spon-

L’équipe du Stride. Une bande de pas­sion­nés de VTT touche-à-tout : en­tre­pre­neur, chef d’en­tre­prise, char­pen­tier, mé­ca­no, bar­man, tra­ceur… et sur­tout fa­bri­cants de ma­chine à rêves !

sables des pro­jets sur place. On a ain­si ga­gné pas mal de temps et ce­la nous a per­mis d'évi­ter cer­taines er­reurs que ces parks avaient pu faire et cor­ri­ger par la suite. C'était un voyage riche en en­sei­gne­ments !

R.I. : Comment avez-vous trou­vé cet en­droit ? G.A. :

On avait tra­vaillé pen­dant en­vi­ron un an sur un pre­mier pro­jet au sud de Stras­bourg, dans un bâ­ti­ment plus ré­cent et en bien meilleur état que ce­lui-ci. Il était beau­coup plus cher à la lo­ca­tion, mais sur­tout il y avait un vé­ri­table pro­blème au ni­veau du plan d'oc­cu­pa­tion des sols, avec pas mal de contraintes. Du coup, on res­tait à l'écoute pour d'autres op­por­tu­ni­tés de bâ­ti­ments. La ville de Stras­bourg nous a fi­na­le­ment pro­po­sé cet en­droit. Ur­ban Soc­cer louait l'in­té­gra­li­té du bâ­ti­ment et ils étaient à la re­cherche d'une nou­velle en­tre­prise qui puisse oc­cu­per les es­paces qu'ils ne pou­vaient pas amé­na­ger pour des contraintes tech­niques.

R.I. : Vous avez tout de suite ac­cro­ché avec ce site ? G.A. :

On a fait une pre­mière vi­site de cette an­cienne gare. Il n'y avait rien, c'était squat­té et aban­don­né. For­cé­ment, ce­la ne nous a pas trop don­né en­vie, sa­chant qu'on avait un top bâ­ti­ment un peu plus loin. On a mis les chiffres sur la table : les loyers et les charges du pre­mier bâ­ti­ment étaient beau­coup trop éle­vés. Du coup, on s'est lan­cés à fond sur ce pro­jet dans l'an­cienne gare. Avec le re­cul, c'est un choix qu'on ne re­grette ab­so­lu­ment pas car le lieu est vrai­ment sym­pa et hy­per lu­mi­neux.

R.I. : Quand ont dé­bu­té les tra­vaux ? G.A. :

On a com­men­cé les pre­miers tra­vaux de déconstruction et de net­toyage entre Noël et le jour de l'an en 2015. Les pre­miers coups de pelle pour construire le pumptrack en en­ro­bé ont été don­nés par l'équipe de Bike So­lu­tions dé­but fé­vrier 2016. On a com­men­cé par le pumptrack au centre du bâ­ti­ment, car c'est un équi­pe­ment qui de­man­dait de gros moyens. Il fal­lait que tous les autres es­paces soient libres pour faire cir­cu­ler les ca­mions et que l'équipe puisse in­ter­ve­nir tran­quille­ment. En août 2016, tout était fi­ni. On s'est oc­cu­pés de réa­li­ser et d'amé­na­ger tous les par­cours XC en bois. On a com­men­cé par em­bau­cher des gars en plus de Laurent et moi, et on est mon­tés jus­qu'à six per­sonnes pour bos­ser sur le chan­tier.

R.I. : C'est vous qui avez ima­gi­né ces par­cours ? G.A. :

Oui, les pistes en bois sont sor­ties tout droit de notre ima­gi­na­tion ! On a d'abord im­plan­té les grandes zones comme le pumptrack, le park, le bac à mousse et la ré­si. On a en­suite ima­gi­né un par­cours ty­pé XC tout au­tour de ces dif­fé­rentes zones. On sa­vait qu'on vou­lait faire tout le tour du bâ­ti­ment, on a op­ti­mi­sé au maxi­mum l'es­pace pour créer tout un tas de pos­si­bi­li­tés. On a uti­li­sé 120m3 de bois, ce­la re­pré­sente en­vi­ron une di­zaine de mai­sons et plus de 8000m2 de pan­neaux.

R.I. : Quel est le mo­dule dont vous êtes le plus fier ? G.A. :

Le bret­zel ! C'est le pre­mier mo­dule que l'on a com­men­cé à conce­voir. On avait un grand es­pace à

oc­cu­per à cô­té du bac à mousse et on a com­men­cé à ima­gi­ner quelques so­lu­tions. Une nuit, je me suis ré­veillé en me di­sant que c'était un bret­zel qu'il fal­lait faire ! En tant qu'Al­sa­cien, l'idée m'est ve­nue as­sez lo­gi­que­ment. A cô­té, tu as le bac à mousse. Avec le bret­zel, ça te fait un jo­li apé­ro lo­cal. Du coup, j'ai com­men­cé à le des­si­ner au sol avec Laurent et on s'est ren­dus compte que ça pou­vait pas­ser. J'en ai par­lé à Fa­bien (le chef char­pen­tier du Stride, ndlr) et il a com­men­cé à plan­cher des­sus. Es­thé­ti­que­ment, c'est chouette et c'est su­per ri­go­lo à rou­ler. C'est notre mo­dule “si­gna­ture” !

R.I. : Vous avez ima­gi­né cet en­droit sans au­cun plan sur or­di­na­teur ? G.A. :

Tout a com­men­cé par des des­sins sur un bout de car­ton et un mor­ceau de bois qui traî­naient dans le bâ­ti­ment. Au dé­part, Bike So­lu­tions de­vait réa­li­ser l'in­té­gra­li­té du park. Ce­la au­rait pris énor­mé­ment de temps et sur­tout ça nous au­rait coû­té une for­tune. C'était ir­réa­li­sable avec notre bud­get et c'est à par­tir de ce mo­ment-là qu'on a dé­ci­dé de le réa­li­ser nous-même. Les es­paces sont nés de nuits d'in­som­nie et d'idées que l'on avait trou­vées sym­pa à rou­ler à l'ex­té­rieur.

R.I. : Au­jourd'hui, tout est fi­ni ? G.A. :

On a en­core 2 000 m2 à amé­na­ger. On at­tend de se faire un peu de tré­so­re­rie et sur­tout de pas­ser l'été. C'est un peu la grande in­con­nue, on ne sait pas à quelle sauce on va être man­gés, si on va conti­nuer à avoir une grosse fré­quen­ta­tion ou pas dès que les tem­pé­ra­tures vont aug­men­ter.

R.I. : Au­jourd'hui, le suc­cès est-il au ren­dez-vous ? G.A. :

Il y avait une grosse at­tente. On a réus­si à créer beau­coup d'en­goue­ment et d'en­thou­siasme au­tour du pro­jet. On a lan­cé la page Fa­ce­book lors­qu'on était aux Etats-Unis. Au dé­but, on com­mu­ni­quait très peu, on a vrai­ment at­ten­du le dé­but des tra­vaux pour don­ner le nom of­fi­ciel du pro­jet. C'est là que Stride est sor­ti, avec une image à pro­mou­voir. A l'ou­ver­ture en sep­tembre, on comp­tait dé­jà 4500 fans, c'était dé­jà une belle pe­tite com­mu­nau­té. De­puis l'ou­ver­ture, on a ac­cueilli plus de 6000 per­sonnes sur le site. On a une cen­taine d'abon­nés à l'an­née. Les bons jours (pen­dant les va­cances par exemple), il peut y avoir jus­qu'à 180 per­sonnes sur le park.

R.I. : Avez-vous le pro­jet d'ou­vrir d'autres bi­ke­parks in­door un peu par­tout en France ? G.A. :

Pour être francs, on a re­çu énor­mé­ment de sol­li­ci­ta­tions. On tra­vaille sur le su­jet, on n'en dit pas plus, mais l'am­bi­tion avec le Stride était de prou­ver que le con­cept pou­vait mar­cher. Notre vo­lon­té, c'est de pou­voir per­mettre à d'autres ri­ders un peu par­tout en France de rou­ler ré­gu­liè­re­ment dans un en­droit sym­pa comme le Stride, mais sans avoir à tra­ver­ser le pays.

R.I. : Avez-vous pré­vu des évé­ne­ments et com­pé­ti­tions dans l'en­ceinte du Stride ? G.A. :

C'est le genre de chose qu'on ai­me­rait or­ga­ni­ser très vite. On au­rait vou­lu faire un pre­mier con­test en jan­vier sur le pumptrack, mais je ne suis pas sûr qu'on réus­sisse à te­nir les dé­lais. On vou­drait aus­si créer un con­test sur notre park, car il est vrai­ment sym­pa pour les gars qui roulent en BMX et en dirt. En fait, on peut ima­gi­ner quelque chose sur cha­cune des zones (même le par­cours de XC ou la zone ma­nia­bi­li­té), que ce soit du chro­no ou bien de la bat­tle.

R.I. : Quel bud­get re­pré­sente un pro­jet comme le Stride ? G.A. :

Le bud­get glo­bal du Stride, c'est 1300000€, sa­chant qu'on a dû mettre beau­coup d'ar­gent à la par­tie consa­crée à l'ac­cueil. Il faut sa­voir que tout cet es­pace a coû­té plus d'ar­gent que la par­tie pistes et par­cours !

R.I. : Avez-vous des pro­jets pour cet été ? G.A. :

Oui, on ai­me­rait or­ga­ni­ser des stages out­door, un peu dans l'es­prit de ce qu'on a mis en place au Stride pen­dant les va­cances. Cet été, on sou­hai­te­rait em­me­ner des groupes dans les Vosges ou à la dé­cou­verte de la Fo­rêt Noire !

A seu­le­ment 3 ans 1/2, Charles Gro­hens est fan du Stride. Et vu comment le pe­tit bo­lide en­voie, on peut vous dire que la re­lève est as­su­rée !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.