L’Alas­ka

Ride It - - Sommaire - Texte : Andrew Tay­lor - Pho­tos : Scott Mar­ke­witz

L’Alas­ka, c’est seule­ment 738432 ha­bi­tants ré­par­tis sur 1 718 km2, ce qui en fait l’Etat le moins peu­plé des Etats-Unis... et une des ré­gions du monde les plus sau­vages. Après avoir trans­for­mé un vieux bus sco­laire en vé­hi­cule taillé sur-me­sure pour l’aven­ture, le ca­li­for­nien Andrew Tay­lor est par­ti en avant pour ac­com­plir le rêve de sa vie : ex­plo­rer cette contrée sau­vage.

Quand on parle de voyage, il y a une vieille ex­pres­sion qui dit « peu im­porte la des­ti­na­tion. L’im­por­tant, c’est le pé­riple pour y ar­ri­ver. » C’est un peu ce dic­ton qui m’a conduit à m’em­bar­quer dans la plus grande aven­ture de ma vie : prendre la route jus­qu’en Alas­ka. Avec son re­lief mon­ta­gneux es­car­pé, j’ai tou­jours rê­vé d’y al­ler. Mais l’en­droit me semblait un peu trop loin pour sim­ple­ment sau­ter dans mon van et par­tir sur un coup de tête. Bien sûr, il y avait tou­jours l’op­tion d’y al­ler en avion, mais avec cette ex­pres­sion en tête, l’idée d’y al­ler par la route me pa­rais­sait in­dis­pen­sable pour concré­ti­ser une telle aven­ture.

Peu im­porte la des­ti­na­tion. L’im­por­tant, c’est le pé­riple pour y ar­ri­ver.

Presque 5 000 ki­lo­mètres sé­parent l’Alas­ka et la Ca­li­for­nie. En plus, il faut tra­ver­ser en­tiè­re­ment un pays étran­ger. Bref, le pé­riple me semblait être de moins en moins ac­ces­sible... jus­qu’à ce que cet hi­ver, je tombe nez à nez avec un vieux bus sco­laire à vendre ! Pour la plu­part des gens, l’idée d’ache­ter un vieux bus hors d’âge pour rou­ler jus­qu’en Alas­ka pa­raît com­plè­te­ment dingue. Pour moi, c’était juste une page blanche et le chaî­non man­quant pour don­ner vie à un road trip ul­time. Après un es­sai ra­pide sur la route et un peu de mar­chan­dage, j’étais le fier pro­prié­taire d’un bus sco­laire de 1994... et sur­tout à deux doigts de trans­for­mer mon rêve en réa­li­té. Après des mois et des mois de ré- no­va­tion et pas mal de week-ends an­nu­lés, j’ai fi­na­le­ment réus­si à trans­for­mer le vieux bus jaune en un vé­hi­cule d’ex­pé­di­tion ul­time, pa­ré pour par­tir en mis­sion al­ler/re­tour jus­qu’en Alas­ka. En un clin d’oeil, il était char­gé pour un pé­riple de six se­maines.

En route vers Fair­banks

Bien que mon plan de route était as­sez libre, j’avais quand même pla­ni­fié une poi­gnée de des­ti­na­tions­clés où je vou­lais m’ar­rê­ter pour rou­ler en che­min. Hum­boldt, Ash­land, Whist­ler et Whi­te­horse se­raient les quatre ar­rêts prin­ci­paux et tout ce qui se­rait entre res­te­rait à écrire. Entre la Ca­li­for­nie et la fron- tière de l’Alas­ka, ce sont pas moins de quatre bonnes se­maines de sou­ve­nirs mé­mo­rables. Les meilleurs mo­ments de ce pé­riple ont été ces ren­contres avec des nou­veaux amis et des potes de longue date, qui ont été suf­fi­sam­ment sym­pas pour me gui­der sur leurs spots lo­caux. Après avoir na­vi­gué à tra­vers trois Etats et deux pays, ma des­ti­na­tion fi­nale était en­fin à l’ho­ri­zon. Alors que j’at­tei­gnais la fron­tière sé­pa­rant le Ca­na­da de l’Alas­ka, j’étais ac­cueilli par un large pan­neau en bois où il était écrit “Bien­ve­nue en Alas­ka, au­to­route His­to­rique d’Alas­ka - pas­se­relle vers le 49e Etat.” C’est en le dé­pas­sant que j’ai sou­dai­ne­ment réa­li­sé qu’at­teindre ma des­ti­na­tion ne

Tu ver­ras ni­veau ride, c’est sous­dé­ve­lop­pé ! mal­gré ces aver­tis­se­ments, j’avais l’en­vie de le vé­ri­fier par moi-même.

si­gni­fiait pas pour au­tant que l’aven­ture était fi­nie, mais plu­tôt qu’un nou­veau cha­pitre était sur le point de com­men­cer. Après quelques heures sur des routes ou­vertes, j’étais bel et bien en route vers Fair­banks, mon pre­mier ar­rêt après la fron­tière. Beau­coup de per­sonnes m’avaient pré­ve­nu sur Fair­banks. « Tu ver­ras là-bas ni­veau ride, c’est sous-dé­ve­lop­pé ! » Et pour­tant, mal­gré ces aver­tis­se­ments j’avais en­core une en­vie ir­ré­sis­tible de le vé­ri­fier par moi-même. Pour moi, ce trip n’était pas juste un moyen de trou­ver les meilleurs spots de ride, mais plu­tôt d’ex­plo­rer de nou­veaux ter­ri­toires et ren­con­trer des

L’Alas­ka semble im­mense sur une carte, mais une fois qu’on a dé­nom­bré les ter­rains pra­ti­cables, sa taille de­vient beau­coup plus mo­deste.

gens tout au long de l’aven­ture. Par chance, mon in­tui­tion a joué en ma fa­veur et j’ai ren­con­tré un groupe de jeunes dans le ma­ga­sin de vé­lo du coin, qui étaient plus que sur­ex­ci­tés à l’idée de me mon­trer du pay­sage. Des runs à bloc sur les pistes du bike-park de la base mi­li­taire jus­qu’aux sen­tiers à tra­vers les fo­rêts de bou­leaux d’Es­ter Dome, Fair­banks a ra­pi­de­ment pla­cé la barre très haute pour le reste de mon pé­riple. Après quelques jour­nées bien rem­plies, il était temps de prendre à nou­veau la route vers le sud. J’ai tou­jours ado­ré pê­ché. L’Alas­ka étant mon­dia­le­ment connu pour ça, j’ai dé­ci­dé de consa­crer les jours sui­vants à cette ac­ti­vi­té. Après un peu de re- cherches, j’ai dé­go­té De­na­li Ad­ven­tures, un guide spé­cia­li­sé dans la pêche à la mouche ba­sé à la sor­tie de Hea­ly, qui se trouve être le pro­chain spot où je compte rou­ler. Juste après mon ar­ri­vée, j’ai été pré­sen­té à mon guide Mike, un ex­pert en la ma­tière. Ce qui est drôle, c’est qu’il a lui aus­si vé­cu dans un bus sco­laire pen­dant quelques mois d’été ! Vu qu’il était ga­ré sur les pro­prié­tés si­tuées à cô­té des lacs où l’on va pê­cher, il était ra­vi de me lais­ser faire la même chose pour les nuits à ve­nir. Dès que le so­leil a dis­pa­ru, mon cam­pe­ment était prêt. Cet en­droit était dé­fi­ni­ti­ve­ment le meilleur de mon aven­ture jus­qu’à pré­sent, au pied d’un lac en­tou­ré de mon­tagnes plus grandes que na­ture. Alors que les étoiles ap­pa­raissent, j’ai eu la chance d’as­sis­ter à un phé­no­mène que je n’avais ja­mais vu au­pa­ra­vant : les au­rores bo­réales. C’étaient les pre­mières de l’an­née et je n’y croyais pas mes yeux... dé­fi­ni­ti­ve­ment un mo­ment que je n’ou­blie­rai ja­mais. Après une veillée tar­dive à ob­ser­ver le ciel dan­ser, il était temps d’ex­plo­rer une piste 4X4 proche, avant d’al­ler pê­cher plus tard dans la jour­née. Mais at­ten­tion, ce n’était pas n’im­porte quelle piste. Il s’agit du che­min qui conduit au bus qui a été uti­li­sé dans le tour­nage du film “In­to the Wild”. Et même si nous ne sommes pas ar­ri­vés jusque-là, c’était quand même une ex­pé­rience sym­pa avec de belles

vues sur le mont De­na­li en ar­rière-plan. De re­tour chez De­na­li Ad­ven­ture, il était en­fin temps d’al­ler at­tra­per de la pois­caille. Mike m’a fait une for­ma­tion éclair et seule­ment quelques mi­nutes plus tard, j’avais dé­jà ma pre­mière truite étoi­lée au bout de ma ligne ! Au bout de quelques heures, il y avait de quoi se faire un vrai fes­tin. Avec notre camp de base juste à cô­té du lac, j’étais en­core une fois bien en place pour pas­ser une belle nuit sous les étoiles.

A Hea­ly, un vieux hip construit par Kel­ly McGar­ry et Eric Por­ter…

J’avais dé­jà quelques belles jour­nées de ride et de pêche dans les tuyaux, mais j’en­ten­dais dé­jà l’ap­pel de nou­velles des­ti­na­tions et Hea­ly en fai­sait par­tie. Mon pote Char­lie Sch­nei­der avait dé­jà sillon­né l’Alas­ka pen­dant des an­nées. Il m’a mis en contact avec Car­los Crowl de Down­hill Ad­dic­tions. Car­los gère une so­cié­té de guides VTT, c’est l’homme à contac­ter lors­qu’on cherche les bons plans du coin. Il a pas­sé de nom­breuses an­nées à ex­plo­rer la ré­gion de Hea­ly et à en­tre­te­nir des sen­tiers à la sueur du front. La ren­contre avec Car­los s’est très ra­pi­de­ment avé­rée être une bonne dé­ci­sion après avoir pas­sé des jour­nées de fo­lie à rou- ler à Hea­ly. Une de ces jour­nées in­cluait même une dé­pose en hé­li­co­ptère sur une mon­tagne in­ac­ces­sible. L’Alas­ka peut sem­bler im­mense sur une carte, mais une fois qu’on a dé­nom­bré les ter­rains pra­ti­cables, sa taille de­vient beau­coup plus mo­deste. Ce­la dit, j’ai même eu la chance de pou­voir rou­ler un vieux hip de la belle époque, qui avait été

Alors que les étoiles ap­pa­raissent, j’ai la chance d’as­sis­ter à un phé­no­mène que je n’avais ja­mais vu : les au­rores bo­réales…

construit par Kel­ly McGar­ry et Eric Por­ter. Tan­dis que je taillais la route de­puis Hea­ly, j’ai dé­ci­dé de faire un ar­rêt à cô­té du point de vue au sud du Mont De­na­li pour al­ler voir une piste dont Car­los m’avait par­lé. Il m’avait dit que la mon­tée pour y ac­cé­der se­rait longue et dif­fi­cile, mais que le jeu en va­lait la chan­delle. Après des heures d’ef­forts, j’at­tei­gnais le som­met et je com­pre­nais pour­quoi le guide m’avait en­voyé ici. C’était de loin la meilleure vue du Mont, avec en bo­nus un sen­tier épique pour re­des­cendre jus­qu’au point de dé­part. Après cette jour­née pas­sée à ex­plo­rer la ré­gion, il ne me res­tait plus que 24 heures pour com­men­cer à prendre la di­rec­tion vers An­cho­rage pour dé­cou­vrir Kin­caid Park... La mé­téo avait été par­faite du­rant tout mon pé­riple. A tel point que je me de­man­dais même quand la pluie al­lait-elle dé­ci­der à tom­ber ? Il au­ra suf­fi d’une jour­née bien rem­plie à ex­plo­rer Kin­caid Park pour que le ciel dé­cide fi­na­le­ment de s’ou­vrir aux eaux. Par chance, c’était le mo­ment où j’avais pré­vu de conclure mon pé­riple en Alas­ka, le sou­rire aux lèvres.

A Hea­ly, j’ai pu ri­der un vieux hip construit à l’époque par Kel­ly MacGar­ry et Eric Por­ter.

Andrew a réus­si son pa­ri de trans­for­mer un vieux bus sco­laire en en­gin d’ex­pé­di­tion ul­time lui of­frant une to­tale au­to­no­mie… de la douche jus­qu’au bar­be­cue.

L’Alas­ka est un el­do­ra­do pour tout bon pas­sion­né de pêche. En quelques mi­nutes, Andrew ré­colte de quoi se pré­pa­rer un vé­ri­table fes­tin…

Cam­per sous les au­rores bo­réales, au pied d’un lac en­tou­ré de mon­tagnes ma­jes­tueuses… c’est ça, l’aven­ture !

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