SWANS

Apôtre d’un rock que les plus ex­perts qua­li­fient de tel­lu­rique, le ré­vé­ré Mi­chael Gi­ra était ré­cem­ment à Pa­ris pour com­men­ter sa consi­dé­rable car­rière.

Rock & Folk - - Prospect - RE­CUEILLI PAR YAN­NICK BLAY Al­bum “To Be Kind” (Young God/ Mute/ Dif­fer-Ant)

Nous avons pro­fi­té de la ve­nue du New-Yor­kais Mi­chael Gi­ra pour un concert ex­cep­tion­nel et acous­tique à l’église Saint-Mer­ri à Pa­ris pour ren­con­trer le lea­der d’un des groupes amé­ri­cains les plus no­va­teurs né du post-punk. Fort d’une car­rière com­men­cée avec les groupes en­ra­gés Lit­tle Cripples à Los An­geles puis Cir­cus Mort dans le New York de la fin des se­ven­ties, Gi­ra est pas­sé de­puis par di­verses in­car­na­tions : Swans, (World Of) Skin, An­gels Of Light ou en­core The Bo­dy Lo­vers. Plus se­rein qu’à une cer­taine époque, mais pas vrai­ment as­sa­gi mal­gré toutes ces an­nées de mu­siques bru­tales et tor­tu­rées, le cow-boy a au­jourd’hui la sta­ture et le cha­risme d’un hé­ros de “La Horde Sau­vage” de Pe­ckin­pah. Aus­si in­tense et im­pres­sion­nant dans la vie que sur scène, le géant fon­da­teur des Swans a eu la bonne idée de ré­ac­ti­ver ce groupe, il y a quatre ans. Sub­ju­gué par leurs ré­centes per­for­mances, Da­niel Miller, boss du lé­gen­daire Mute Re­cords, a donc dé­ci­dé de dis­tri­buer au­jourd’hui, hors des fron­tières amé­ri­caines, le mas­sif et foi­son­nant “To Be Kind” (pa­ru le 13 mai, no­tam­ment en double CD + DVD, mais aus­si en triple vi­nyle). Ini­tia­teur d’un rock dit in­dus­triel et ni­hi­liste au dé­but des eigh­ties qui ins­pi­re­ra aus­si bien Neu­ro­sis que God­flesh ou les Young Gods, Mi­chael Gi­ra donne ici les clés de son nou­veau chef-d’oeuvre tel­lu­rique, hyp­no­tique et cé­leste tout en évo­quant éga­le­ment son en­fance per­tur­bée et ses pre­miers émois mu­si­caux, le tout avec la vio­lence conte­nue, mais aus­si l’hu­mour qui le ca­rac­té­risent.

ROCK & FOLK : Une des chan­sons de “To Be Kind” s’in­ti­tule “Just A Lit­tle Boy”. Qu’écou­tiez-vous quand vous étiez petit ? Mi­chael Gi­ra : Les pre­miers trucs que j’ai écou­tés de­vaient être Chub­by Che­cker (rires). Si­non, il y a eu Mo­thers Of In­ven­tion. Et je ne pou­vais pas pas­ser à cô­té de Dy­lan que j’adore, des Beatles, ou des Doors puisque j’avais 13 ans à l’époque du pre­mier al­bum. J’ai donc gran­di avec leurs disques que je connais par coeur, tout en pre­nant des acides. R&F : Vous avez com­men­cé jeune... Mi­chael Gi­ra : En Ca­li­for­nie, c’était nor­mal (rires). Puis j’ai vu Pink Floyd à un fes­ti­val en Bel­gique en 1969 et ce­la a été une ré­vé­la­tion. J’ai dé­cou­vert que la pop pou­vait être ex­pé­ri­men­tale, c’était une ex­pé­rience for­ma­trice. C’était juste avant la sor­tie d’ “Um­ma­gum­ma”. Il y avait éga­le­ment Ten Years Af­ter, Pret­ty Things, Frank Zap­pa, Soft Ma­chine ou Yes qui était alors très bon. Le son était très fort et j’étais dé­fon­cé (rires)... R&F : Quand on voit les Swans sur scène, il pa­raît évident que vous voyez vos per­for­mances comme de vé­ri­tables ex­pé­riences consti­tuées de longues im­pro­vi­sa­tions, même s’il est clair que vous sa­vez exac­te­ment où doit al­ler une chan­son, car vous di­ri­gez vos mu­si­ciens en ce sens (M Gi­ra est un vé­ri­table dic­ta­teur et chef d’or­chestre sur scène, n’hé­si­tant pas à en­gueu­ler cer­tains mu­si­ciens en plein mor­ceau)... Mi­chael Gi­ra : Bien sûr que j’ai une vision, mais elle change, par­fois. J’es­saie de sai­sir le meilleur dans l’ins­tant pré­sent et de ne pas re­faire quelque chose qu’on a dé­jà fait. Je pense ef­fec­ti­ve­ment nos concerts comme une vé­ri­table ex­pé­rience, oui. Notre temps est comp­té sur cette Terre... Je cherche donc la joie en concert. Faire en sorte que ce soit une ex­pé­rience po­si­tive afin d’at­teindre une sorte de nir­va­na.

Lire des livres

R&F : Votre chan­son “Bring The Sun” est sous-ti­trée “Tous­saint L’Ou­ver­ture”. Qu’est-ce qui vous a ame­né à vous in­té­res­ser à ce per­son­nage his­to­rique ? Mi­chael Gi­ra : C’est quelque chose que les gens avaient l’ha­bi­tude de faire, il y a très long­temps... Lire des livres.

R&F : OK, mais sé­rieu­se­ment, qu’est-ce qui vous a par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sé dans ce per­son­nage à qui Haï­ti doit son in­dé­pen­dance (s’en­suit une longue conver­sa­tion sur cet an­cien es­clave ré­vol­té) ? Vos chan­sons et leur ar­chi­tec­ture semblent re­pré­sen­ter le dé­chaî­ne­ment des élé­ments, al­ter­nant calme et tem­pête... Mi­chael Gi­ra : Ab­so­lu­ment pas. Mes chan­sons per­son­ni­fient une dé­li­cieuse glace à la va­nille (rires).

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