KATE BUSH

Fin août, la pri­ma don­na an­glaise re­mon­te­ra sur scène pour la pre­mière fois de­puis 35 ans. Com­ment ex­pli­quer un tel si­lence ? Flash-back sur 1982, an­née de sor­tie de “The Drea­ming”, qua­trième al­bum de la chan­teuse, to­ta­le­ment in­com­pris à sa sor­tie et ré­vé

Rock & Folk - - En Vedette -

Nous sommes le 21 mars 2014 et une in­croyable nouvelle, to­ta­le­ment in­at­ten­due, agite les médias du monde en­tier : 35 ans après sa pre­mière et unique tour­née, Kate Bush va re­mon­ter sur scène lors d’une sé­rie de concerts à l’Even­tim Apol­lo de Londres (au­tre­fois, le my­thique Ham­mers­mith Odeon, où elle a don­né ses der­niers shows en 1979). Ques­tion ef­fet de sur­prise, l’an­nonce sur­passe même la ré­ap­pa­ri­tion sou­daine de Da­vid Bo­wie l’an­née pré­cé­dente avec “The Next Day” et les ré­seaux so­ciaux sont aus­si­tôt sub­mer­gés d’ef­fu­sions qua­si re­li­gieuses de fans en ex­tase. Si quel­qu’un a dou­té un jour de l’es­time phé­no­mé­nale dont Kate Bush fait l’ob­jet, voi­là la preuve dé­fi­ni­tive. Les concerts sont com­plets en moins d’un quart d’heure. On ne sait tou­jours pas vrai­ment pour­quoi Bush a choi­si ce mo­ment pour re­ve­nir, ni même en quoi consis­te­ront les concerts Be­fore The Dawn, ce qui s’ac­corde par­fai­te­ment avec la mys­tique gran­dis­sante l’en­tou­rant au fil des an­nées. On se conten­te­ra de dire qu’il est peu pro­bable qu’on l’y ver­ra as­sise au pia­no, ac­com­pa­gnée d’un groupe ano­nyme pour jouer ses hits. Kate Bush est une vé­ri­table ar­tiste dans un monde d’ar­ti­fices, qui, tout au long de sa car­rière, a in­va­ria­ble­ment trom­pé les at­tentes et tou­jours fait les choses à sa ma­nière, créant au pas­sage quelques-uns des disques les plus épous­tou­flants et pre­nants des cinq der­nières dé­cen­nies. Mais tout n’a pas tou­jours été aus­si simple pour Bush. Après son en­trée fra­cas­sante dans le monde de la pop de la fin des an­nées 1970, son suc­cès com­mer­cial ini­tial a va­cillé, tan­dis que son ap­pé­tit in­sa­tiable pour l’ex­pé­ri­men­ta­tion so­nore l’em­me­nait dans de nou­veaux ter­ri­toires in­con­nus. En 1982, les cri­tiques avaient dé­jà fait une croix sur elle alors que ses ventes de disques s’ef­fon­draient — c’était, iro­nie de la chose, en ré­ac­tion à ce qui s’est avé­ré sans doute le plus no­va­teur et cer­tai­ne­ment le plus au­da­cieux de ses al­bums. En l’oc­cur­rence, “The Drea­ming”. Avant que cet ar­ticle soit écrit, un de nos amis, grand fan de Bush, nous a dit ce qu’il pen­sait du disque. Il l’a dé­crit comme “ri­di­cule, com­pli­qué et re­fu­sant de don­ner à l’au­di­teur ne se­rait-ce que le moindre ré­pit”, mais aus­si, “réel­le­ment beau et ob­sé­dant”. Nous sommes d’ac­cord avec ce point de vue — à l’époque, il était sans pré­cé­dent et, au­jourd’hui en­core, une bonne par­tie du disque pa­raît très étrange et, par-des­sus tout, unique. Il a éga­le­ment sou­mis à une ex­pé­rience d’écoute plus dif­fi­cile un pu­blic pop qui consi­dé­rait en­core Kate Bush comme une char­mante fai­seuse de hits ex­cen­trique et non comme une pion­nière art rock dé­ci­dée à pous­ser son es­thé­tique dans un do­maine plus sombre et pri­mi­tif. Il est d’ailleurs ten­tant de voir en “The Drea­ming” un pro­duit de la dis­so­nance cog­ni­tive crois­sante que Bush de­vait res­sen­tir face au dé­ca­lage entre son image pu­blique et sa vie artistique in­té­rieure. En re­gar­dant ses ap­pa­ri­tions à la té­lé de l’époque, on est frap­pé de consta­ter que même lors de la promotion

de cet al­bum, elle est tou­jours in­vi­tée dans les émis­sions de pop pour ga­mins et les shows de va­rié­tés, et reste pa­tiente et po­lie lors­qu’on lui pose les mêmes ques­tions sur sa fa­çon de chan­ter et ses che­veux. Mais on est tout au­tant frap­pé de ne ja­mais vrai­ment sai­sir l’être hu­main der­rière cette mu­sique in­croyable, comme si toutes les tur­bu­lences psy­chiques et émo­tion­nelles qu’elle vi­vait avaient été su­bli­mées et ex­clu­si­ve­ment ca­na­li­sées dans son tra­vail. Plus tard, Kate Bush elle-même a été sur­prise de la co­lère conte­nue dans “The Drea­ming”, le dé­cri­vant comme son al­bum où “elle est de­ve­nue folle”. L’en­re­gis­tre­ment de “The Drea­ming” a pris plus d’un an, avec Bush comme seule pro­duc­trice pour la pre­mière fois. Dès le dé­but, il est évident qu’elle pousse le plus loin pos­sible la tech­no­lo­gie — le Fair­light en par­ti­cu­lier — mise à sa dis­po­si­tion. “Sat In Your Lap” était l’un des pre­miers mor­ceaux ache­vés et était dé­jà sor­ti (et bien ac­cueilli) en single l’an­née pré­cé­dente. Lors­qu’en in­ter­view on lui de­man­dait l’his­toire de ce titre, elle ré­pon­dait qu’elle avait été ins­pi­rée en voyant Ste­vie Won­der sur scène et as­su­ré­ment, on peut en­tendre son in­fluence dans le swing du pia­no sur le cou­plet et les cuivres fun­ky du Fair­light qui ponc­tuent la chan­son (comme elle, Won­der était un mu­si­cien pro­dige qui a ini­tié en­suite l’em­ploi de la tech­no­lo­gie dans la pop). Mais c’est un exemple clas­sique de feinte de la part de Bush, puisque “Sat In Your Lap” est moins un hom­mage à un autre ar­tiste qu’un dé­fer­le­ment d’angles et d’idées, dif­fé­rent de tout ce qui se trou­vait dans les charts jus­qu’alors. Com­men­çant par un énorme gron­de­ment de bat­te­rie tri­bale (que des toms, pas de caisse claire, le tout très sam­plé) et la voix de Bush faus­se­ment conte­nue, le mor­ceau vibre de l’éner­gie ma­niaque d’une sorte de mé­ca­nisme steam-punk, chaque élé­ment in­sis­tant et per­cu­tant. Elle cogne sur son pia­no sur le re­frain alors que sa voix s’en­vole sou­dain vers son re­gistre le plus haut mais, au lieu des notes pures de “Wu­the­ring Heights”, c’est un cri à vif, proche du dé­rè­gle­ment com­plet des sens. C’en se­rait de trop pour l’au­di­teur sans l’ar­ran­ge­ment ma­lin et les pa­roles drôles et pres­cientes sur la quête de la connais­sance de soi et l’ac­com­plis­se­ment ins­tan­ta­né : “Je veux être avo­cate, je veux être let­trée, mais je n’en ai pas vrai­ment le cou­rage – ooh don­nez-moi ça vite, don­nez-moi, don­nez-moi, don­nez-moi !” “Sat In Your Lap” sou­ligne éga­le­ment la fa­çon dont beau­coup des chan­sons de “The Drea­ming” sont struc­tu­rées en dé­bats in­té­rieurs, avec des voix mul­tiples in­ter­ve­nant et se mo­quant les unes des autres dans un dia­logue schi­zo­phrène, comme une si­nistre in­ver­sion de la tra­di­tion du call and res­ponse. Kate Bush dé­clare : “Je dois ad­mettre juste quand je pense que je suis le roi” et s’en­tend ré­pondre, “je com­mence à peine”, mais une voix plus pro­fonde s’im­pose et me­nace de com­plè­te­ment sub­mer­ger la chan­son. Le ré­sul­tat est sti­mu­lant, épui­sant et quelque peu si­nistre — mais qu’est-ce qu’on vient d’écou­ter ?!

Vision de l’en­fer prog rock

“There Goes A Ten­ner” dé­bute avec un pia­no hé­si­tant et un tem­po qui bé­gaie, Bush te­nant le rôle d’une gosse de riches qui s’en­ca­naille et pla­ni­fie mal un cam­brio­lage. Sa voix est sen­si­ble­ment plus grave et plus contrô­lée tout du long de “The Drea­ming” et elle adopte ici un faux ac­cent co­ck­ney sur les cou­plets alors que la chan­son évo­lue en air de co­mé­die mu­si­cale ma­cabre. À nou­veau, la nar­ra­trice de Bush est in­ter­rom­pue par ses pen­sées et une pul­sion op­po­sée, une voix ai­guë d’en­fant ex­po­sant ses doutes sous la bra­vade, tan­dis que le mor­ceau glisse vers un re­frain em­bru­mé de jazz au syn­thé rap­pe­lant la BO de Van­ge­lis pour “Blade Run­ner”. Sau­gre­nu et dé­ran­geant, “There Goes A Ten­ner”, troi­sième et der­nier single ex­trait de l’al­bum (du moins en An­gle­terre) a été le pre­mier à ne pas se clas­ser dans les charts. “Pull Out The Pin” était ins­pi­ré par un do­cu­men­taire sur la guerre du Viet­nam et Kate Bush a fait un tra­vail re­mar­quable en créant une at­mo­sphère de jungle suf­fo­cante à par­tir des flûtes de Pan du Fair­light et le gron­de­ment pro­fond d’une contre­basse (jouée par Dan­ny Thomp­son, l’un des mu­si­ciens de re­nom sur l’al­bum), en­tre­mê­lés de brui­tages d’hé­li­co­ptères et de ci­gales. Chan­té du point de vue d’un sol­dat du Viet­cong tra­quant un GI amé­ri­cain, Bush livre une autre di­cho­to­mie dans le re­frain, le nar­ra­teur cla­mant son

amour de la vie, mais de­vant tuer un homme pour pré­ser­ver la sienne (à moins que le pro­ta­go­niste ne soit en réa­li­té un tueur ka­mi­kaze ?). Sur une gui­tare fai­sant grim­per la ten­sion, Kate Bush de­vient de plus en plus pré­oc­cu­pée, hur­lant alors qu’elle hé­site à com­mettre son acte, tan­dis que dans les choeurs, Dave Gil­mour l’en­cou­rage à “re­ti­rer la gou­pille”. Brian Bath, l’un de ses gui­ta­ristes de longue date, achève le mor­ceau sur un so­lo si­nistre à la Fripp qui sai­sit par­fai­te­ment son am­biance dé­ran­geante. Après cette des­cente au coeur des té­nèbres, le su­per­be­ment nom­mé “Sus­pen­ded In Gaf­fa” est en com­pa­rai­son lé­ger, sa valse au pia­no conju­rant des images d’opé­ras co­miques de Gil­bert et Sul­li­van et l’uni­vers vic­to­rien de ses pre­miers al­bums, mais sa dy­na­mique fié­vreuse est en par­fait ac­cord avec la fo­lie à peine conte­nue de “The Drea­ming”. Sa voix ri­coche et danse au fil de la chan­son alors qu’elle se dé­bat avec son aban­don du ca­tho­li­cisme, son ton en­joué et en­le­vé, plu­sieurs fois at­té­nué par la phrase “je ne sais pas pour­quoi je pleure”. C’est une étrange frian­dise de pop go­thique et un autre bel exemple de la dua­li­té ange/ dé­mon de Bush, les cou­plets in­ter­rom­pus par un cri per­çant et chan­tant — “je veux tout !” — alors qu’un en­fant ef­frayé mur­mure quelque chose d’in­in­tel­li­gible sur le pont me­nant au re­frain. La si­tua­tion s’as­som­brit sur “Leave It Open”, sans doute le mor­ceau le plus mys­té­rieux et in­tense du disque (ce qui n’est pas rien). Sur un rythme aus­tère et fra­cas­sé, Bush en­tonne une li­ta­nie de pa­roles abs­traites et va­gue­ment sa­diques — “Je l’ai gar­dé dans une cage, je l’ai re­gar­dé pleu­rer, mais je l’ai for­cé à res­ter” — dans une mul­ti­tude de voix dif­fé­rentes, don­nant l’im­pres­sion d’être pié­gé dans une conscience col­lec­tive agi­tée. L’ef­fet est réel­le­ment trou­blant, sur­tout quand la chan­son se di­rige vers un fi­nal spec­ta­cu­laire. La bat­te­rie s’anime bru­ta­le­ment (ri­va­li­sant en termes de pure puis­sance de per­cus­sion avec la fa­meuse re­verb sur “In The Air To­night” de Phil Col­lins) et Kate Bush de­vient com­plè­te­ment folle, beu­glant le cri de ba­taille d’une reine guer­rière. Puis le bruit dé­croît, ne lais­sant que des voix pas­sées en boucle à l’en­vers à faire froid dans le dos — au­jourd’hui en­core, on en a la chair de poule... Le mor­ceau “The Drea­ming” re­pousse les li­mites de ce que peut être une chan­son pop — si son assemblage dense de did­ge­ri­doo, psal­mo­die in­ar­ti­cu­lée, cris d’ani­maux et piste ryth­mique mar­te­lée sem­blait bi­zarre en 1982, il pa­raît dé­sor­mais vi­sion­naire et en avance sur son temps (mal­gré la pré­sence du son de fra­cas or­ches­tral du Fair­light, qui de­vien­dra bien­tôt la marque de la pop eigh­ties de moindre im­por­tance). Par-des­sus ce pay­sage en mou­ve­ment, Kate Bush chante toute la chan­son dans la peau et la voix d’un abo­ri­gène aus­tra­lien, ce qui de­vrait être ri­di­cule, mais fonc­tionne très bien, en par­ti­cu­lier avec un de ses textes les plus com­plexes au plan poé­tique : “Ef­face la race qui re­ven­dique la terre et dit que nous creu­sons pour trou­ver du mi­ne­rai ou agite les dé­mons dans une bou­teille et éloigne-les de l’at­trac­tion du bush.” Compte te­nu de l’ac­cu­mu­la­tion ré­pé­ti­tive d’images vio­lentes et du mé­pris to­tal de la struc­ture de chan­son tra­di­tion­nelle, la sor­tie de “The Drea­ming” en tant que deuxième single semble in­vrai­sem­blable. N’étant pas en­tré dans le Top 40 an­glais, il a mar­qué le mo­ment où la po­si­tion de pop star grand pu­blic de Kate Bush a com­men­cé à sé­rieu­se­ment dé­cli­ner. des vieilles co­mé­dies an­glaises. Mais celle de “The Drea­ming” est par­ti­cu­liè­re­ment étrange, mé­lange naïf et fas­ci­nant de “Wal­ka­bout” et de “L’Homme Qui Ve­nait D’Ailleurs”, deux films du réa­li­sa­teur Ni­cho­las Roeg dont Bush est fan. La re­pré­sen­ta­tion vi­suelle de sa mu­sique al­lait de­ve­nir de plus en plus im­por­tante et so­phis­ti­quée alors que sa car­rière pro­gres­sait.

Saut dans l’in­con­nu

Did­ge­ri­doo, psal­mo­die in­ar­ti­cu­lée, cris d’ani­maux et piste ryth­mique mar­te­lée

A ce stade, il faut éga­le­ment men­tion­ner ses pre­mières ex­pé­riences vi­déo. D’une beau­té sur­na­tu­relle, elle s’est plainte de s’être sen­tie comme “une ar­tiste prise au piège dans un corps”, et les clips de ses dé­buts ne fai­saient rien pour dis­si­per cette image de dé­li­cieuse pro­to-hip­pie-goth. Mais au mo­ment de “The Drea­ming”, ses vi­déos étaient de­ve­nues bien plus im­pres­sion­nistes et sou­vent dé­ran­geantes. Dans “Sat In Your Lap”, on peut voir des per­son­nages en bon­nets d’âne, des bouf­fons et des mi­no­taures (une sorte de vision de l’en­fer prog rock) fai­sant du roller et “There Goes A Ten­ner” est un pas­tiche Après l’as­saut im­pi­toyable des pré­cé­dents titres de “The Drea­ming”, Kate Bush offre à l’au­di­teur un trio de chan­sons un peu moins tor­tu­rées, qui n’en sont pas pour au­tant moins fortes. Il y a cet en­chaî­ne­ment pro­lon­gé entre “The Drea­ming” et “Night Of The Swal­low”, où un pas­sage de mu­sique tra­di­tion­nelle ir­lan­daise (de Plan­x­ty et The Chief­tains) joue par-des­sus le did­ge­ri­doo. Le rythme vire à la bal­lade pour l’en­trée spec­ta­cu­laire de Bush — mais même là, sa voix est cas­sée et rauque, les pa­roles lourdes d’en­vie et de conflit. C’est la pre­mière chan­son de l’al­bum in­ter­pré­tée de fa­çon as­sez di­recte qui s’ache­mine vers un re­frain fort, alors que le vio­lon celte et les flûtes re­viennent. “All The Love” est faus­se­ment calme pour un mor­ceau sur l’éloi­gne­ment, sa basse fret­less lu­gubre an­non­çant le jazz lounge d’ar­tistes comme Sade. Mais la tem­pé­ra­ture dé­grin­gole dès que la voix gla­ciale d’un en­fant de choeur chante : “Nous avions be­soin que tu nous aimes aus­si”, évo­quant l’es­prit tour­men­té d’un en­fant mort, tan­dis que le re­frain est étouf­fant et char­gé de re­grets. “Hou­di­ni” donne la ré­ponse à l’énigme de la pho­to de la po­chette du disque, sur la­quelle Bush tient le rôle de la femme du maître de l’éva­sion qui passe, d’un bai­ser à son ma­ri, la clé d’or qui dé­ver­rouille­ra ses chaînes. Mal­gré le re­frain ma­jes­tueux, Bush semble sa­bo­ter son po­ten­tiel com­mer­cial de single avec ce cri déses­pé­ré et dé­chi­rant : “Ta sa­live en­core sur mes lèvres, tu at­teins l’eau”, et la chan­son s’élève vers un pa­roxysme ob­sé­dant, do­mi­né par des cordes. La bat­te­rie mar­te­lée et la gui­tare ca­rillon­nante et floy­dienne du der­nier mor­ceau, “Get Out Of My House”, in­dique un re­tour à l’art rock d’avant. Ins­pi­ré par la lec­ture de “The Shi­ning” de Ste­phen King, il s’agit lit­té­ra­le­ment d’un film d’hor­reur sous forme de chan­son. Une fois en­core, on as­siste à une ba­taille in­té­rieure et Bush, tra­quée par un pré­da­teur ima­gi­naire, bé­gaie et hurle, vé­ri­table boule d’an­goisse exis­ten­tielle. Dans un der­nier duo entre son moi et son ça, elle an­nonce cal­me­ment : “Je ne te lais­se­rai pas en­trer... Je me change en mule”, avant de braire de toutes ses forces. C’est un fi­nal confon­dant pour un al­bum brillam­ment dé­con­cer­tant. Bien qu’ayant at­teint la troi­sième place des tops an­glais, “The Drea­ming” s’est bien moins ven­du que ses al­bums pré­cé­dents et pour­rait bien ex­pli­quer pour­quoi Kate Bush n’est plus re­mon­tée sur scène jus­qu’à main­te­nant. Elle a pré­fé­ré construire son propre stu­dio et lors­qu’elle a fait un re­tour triom­phal avec “Hounds Of Love” en 1985, elle était convain­cue que la vi­déo était un meilleur moyen de tou­cher le pu­blic que la scène. Pour­tant, dans les an­nées qui ont sui­vi sa sor­tie, “The Drea­ming” a vu son in­fluence et son en­ver­gure gran­dir de fa­çon si­gni­fi­ca­tive et est consi­dé­ré par de nom­breux fans comme son chef-d’oeuvre — le saut dans l’in­con­nu qu’elle a ac­com­pli pour cet al­bum entre clai­re­ment en compte dans la po­si­tion qu’elle oc­cupe au­jourd’hui, celle de l’une des ico­no­clastes de la mu­sique les plus res­pec­tées et d’hé­roïne no­va­trice pour des générations d’ar­tistes fé­mi­nines qui ont sui­vi ses traces.

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