ADRIEN GALLO

A l’oc­ca­sion de la sor­tie de son pre­mier al­bum so­lo, le chan­teur des BB Brunes ré­vèle un uni­vers mu­si­cal bien éloi­gné du rock ga­rage de ses dé­buts.

Rock & Folk - - Tête D’affiche - RE­CUEILLI PAR H.M. CD “Ge­mi­ni” (War­ner)

Les BB Brunes font un break à l’is­sue d’une longue tour­née et leur pro­lixe chan­teur/ gui­ta­riste/ au­teur/ com­po­si­teur en pro­fite pour réa­li­ser un projet qui lui te­nait à coeur de­puis quelques an­nées : concré­ti­ser ses nou­velles as­pi­ra­tions du cô­té d’une pop tein­tée de soul et d’une chan­son fran­çaise re­nouant avec les duos des an­nées 80. Sou­vent se­con­dé par la voix de sa co­pine, il oeuvre ex­pli­ci­te­ment dans la séduction et se re­po­si­tionne en croo­ner pop dans un en­vi­ron­ne­ment mu­si­cal raf­fi­né.

Plus ou­vert

ROCK&FOLK : La bio­gra­phie de BB Brunes in­dique que vous dé­bu­tez la mu­sique vers onze ans... Adrien Gallo : En fait, ma mère m’a rap­pe­lé que je lui avais de­man­dé de faire du pia­no à cinq ans. Mon pa­pa a sau­té sur l’oc­ca­sion, il a cas­sé sa ti­re­lire pour me payer un Pleyel et, à par­tir de là, j’ai pra­ti­qué le pia­no jus­qu’à l’âge de onze ans où je suis pas­sé à la gui­tare... et au rock. Je re­grette d’avoir ar­rê­té mais j’avais fait beau­coup de clas­sique, Tchaï­kovs­ki, Cho­pin, le sol­fège, et j’avais en­vie d’une rup­ture.

R&F : Le mi­lieu dont vous êtes is­su a-t-il fa­vo­ri­sé cette vo­ca­tion mu­si­cale ? Adrien Gallo : Je n’avais pas du tout des pa­rents qui me cas­traient ou m’em­pê­chaient de tra­vailler les ins­tru­ments. Ils écou­taient de la mu­sique, mon père a tou­jours traî­né dans un mi­lieu artistique et af­fir­mait que sal­tim­banque était le plus beau mé­tier du monde. Bien avant onze ans, je sa­vais que la mu­sique se­rait ma vie : ça semble un peu cli­ché mais, dès que j’ai eu mon pia­no, j’ai vou­lu faire de la mu­sique. Je com­po­sais des pe­tits mor­ceaux et j’en­re­gis­trais la moindre de mes idées sur un vieux ma­gné­to à cas­sette. R&F : Ce projet so­lo re­monte à plu­sieurs an­nées ? Adrien Gallo : Oui, une chan­son comme “Cro­co­dile” date de 2011. J’écou­tais beau­coup El­li Et Jac­no à cette époque et j’avais de­puis long­temps le fan­tasme de faire chan­ter des filles. J’ai de­man­dé à ma co­pine de po­ser une voix et j’ai ado­ré son timbre, sa fra­gi­li­té, son cô­té un peu en­gour­di et pas du tout pro­fes­sion­nel. Le ré­sul­tat m’a don­né en­vie de créer d’autres chan­sons dif­fé­rentes de celles des­ti­nées à BB Brunes et je ne vou­lais pas les im­po­ser aux gar­çons dont ce n’est pas la tasse de thé. Le concept de l’al­bum est le double, l’al­ter ego, la per­sonne dont on ne peut se pas­ser et six chan­sons sont des duos avec ma co­pine dont je suis très amou­reux.

R&F : Quand on avait in­ter­ro­gé le groupe sur ses in­fluences fran­çaises, vous aviez été le seul à ré­pondre... Adrien Gallo : A nos dé­buts, on n’écou­tait ja­mais de mu­sique fran­çaise, et pour­tant j’en ai beau­coup en­ten­du dans mon en­fance : Ba­shung, Piaf, Bras­sens, et sur­tout Gainsbourg. Comme la soul et le funk, ils font par­tie de mon hé­ri­tage et toute mon en­fance res­sur­git de plus en plus en termes d’in­fluences. Je les avais écar­tés à cause du cô­té ado un peu con qui reste en­fer­mé dans des cases, j’étais as­sez mo­no­ma­niaque dans mon cô­té très rock, main­te­nant je suis de plus en plus ou­vert. Ain­si, j’ai dé­cou­vert Alain Cham­fort, Ch­ris­tophe, Ben­ja­min Bio­lay, et de­puis un an, je suis à fond dans Michel Ber­ger, à tra­vers ce qu’il a com­po­sé pour France Gall et Vé­ro­nique Sanson : j’ap­pré­cie son cô­té sen­ti­men­tal et hu­ma­niste, je suis fas­ci­né par sa ca­pa­ci­té à écrire pour des filles et les faire chan­ter.

J’as­sume

R&F : Et Da­ho ? Adrien Gallo : Je me po­sais pas mal de ques­tions, je lui ai en­voyé toutes les ma­quettes que j’avais réa­li­sées, et il m’a en­cou­ra­gé à pour­suivre. Il est très im­por­tant pour moi car il re­pré­sente une pop classe, in­tel­li­gente et bour­rée de ré­fé­rences.

R&F : Mais avec les chan­sons écrites pour Ali­zée, So­phie Tith ou une co­mé­die mu­si­cale, ne vi­rez-vous pas vers la va­rié­té ? Adrien Gallo : Bien sûr, mais je n’ai plus au­cun pro­blème avec ce terme-là, qui n’a rien de pé­jo­ra­tif. On peut com­po­ser de la bonne mu­sique po­pu­laire et de la bonne va­rié­té, et si Sou­chon c’est de la va­rié­té, je veux bien en faire.

R&F : Au­rait-ce été le cas il y a cinq ans ? Adrien Gallo : Je n’étais pas en ac­cord avec moi-même, je ne sa­vais pas ce que je vou­lais, j’avais très peur de l’image que je ren­voyais. Au­jourd’hui, je n’ai au­cun pro­blème à être moi-même tout sim­ple­ment. J’as­sume mais je sais que dès lors qu’on sort quelque chose, on risque de s’en prendre plein la gueule.

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