LOUIS BER­TI­GNAC

Le gui­ta­riste à la ti­gnasse im­ma­cu­lée res­sort sa SG Ju­nior sur un “Suis-moi” au clas­si­cisme de bon aloi.

Rock & Folk - - Tête D’affiche - RE­CUEILLI PAR OLIVIER CA­CHIN Al­bum “Suis-Moi” (Po­ly­dor/ Uni­ver­sal)

“Je vi­vrai 100 ans, j’ai tant de vies à re­faire”, dé­clare l’ex-opé­ra­teur de Té­lé­phone dans “Suis-Moi”, la chan­son qui donne son titre au nou­vel al­bum so­lo, trois ans et de­mi après un “Grizz­ly” très rock réa­li­sé par Mar­tin Meis­son­nier sur des textes in­té­gra­le­ment si­gnés Bo­ris Berg­man. Nouvelle donne pour 2014 : le réa­li­sa­teur est Pa­trice Cra­mer, les au­teurs sont mul­tiples et choi­sis par Louis via un pro­ces­sus d’éli­mi­na­tion. Dans sa mai­son sise à la cam­pagne du cô­té de Fon­tai­ne­bleau, le gui­ta­riste a un stu­dio, un jar­din, une pis­cine, une pièce pour ses chats et un coin gui­tares, comme dans “Spi­nal Tap”. On s’ins­talle donc dans le jar­din, sous le so­leil de sep­tembre, pour une in­ter­view dé­ten­due avec l’ours le plus sym­pa­thique du rock fran­çais.

Ap­prendre un so­lo

ROCK&FOLK : “Suis-Moi” est in­dé­nia­ble­ment l’al­bum d’un gui­ta­riste... Louis Ber­ti­gnac : Il y a de la gui­tare, oui (rires). A un mo­ment, dans les an­nées 1990, je me suis dit que la gui­tare élec­trique seule al­lait faire vieux, que ça se­rait bien d’ajou­ter un syn­thé... Et puis as­sez vite, j’ai com­pris que je ne sa­vais pas gé­rer ces choses. Mieux vaut faire ce que l’on sait plu­tôt que de s’em­mer­der à faire ce que l’on ne sait pas, alors qu’il y a plein de gens qui vou­draient faire ce que je fais et qui n’y ar­rivent pas. Mais j’en­re­gistre avec l’or­di, d’ailleurs ça fait qua­si­ment quinze ans que j’uti­lise le même plug-in d’am­pli gui­tare. Au­tant quand je com­pose que quand j’ar­range, ce n’est ja­mais in­tel­lec­tuel, ja­mais une ré­flexion. Je prends ma gui­tare, je joue et puis c’est tout. Soit c’est bien, soit ce n’est pas bien. Et si ce n’est pas bien, je re­com­mence.

R&F : Vous êtes tou­jours sur­pris des in­ter­pré­ta­tions que l’on fait de vos pro­pos, de vos chan­sons ? Louis Ber­ti­gnac : Ça ne me sur­prend plus parce que ça fait plus de qua­rante ans que je fais ce mé­tier. Même au ni­veau des textes : “Il a vou­lu dire ça !” Pas du tout mais bon, si tu le dis, ça me va. Cha­cun com­prend ce qu’il veut. La vé­ri­té, c’est que la plu­part du temps, je ne veux rien dire de spé­cial. Ça vient comme ça vient. J’ai du mal à gé­rer l’ave­nir mais j’ai des in­tui­tions. Et pen­dant une cer­taine pé­riode après Té­lé­phone, j’ai es­sayé de com­bler mes dé­fauts. Je ne sais pas pré­pa­rer un so­lo comme d’autres qui me font rê­ver. J’en ai fait un, un jour, sur la ma­quette de “Ces Idées-Là” (in­clus dans l’al­bum de 1987 avec Les Vi­si­teurs — NdA). Je l’ai joué vite fait, ça son­nait bien et je me suis re­trou­vé en stu­dio pour l’en­re­gis­trer en vrai. Le pro­duc­teur m’a dit : “Ton so­lo est gé­nial, je ne veux pas que tu m’en fasses un autre mais je ne peux pas me ser­vir de ce­lui-là, le son est trop pour­ri.” Il fal­lait que je re­fasse le même. Je n’en ai ja­mais au­tant chié pour ap­prendre un so­lo, alors que c’est moi qui l’avais fait ! Je sais que c’est un dé­faut parce que je n’ar­ri­ve­rai ja­mais à un truc aus­si lé­ché qu’un bon vieux Rol­ling Stones, mais c’est comme ça.

Ça me res­semble

R&F : Les Stones aus­si se plantent sur scène... Louis Ber­ti­gnac : Mais ils pré­parent. Si on écoute trois boot­legs des Stones de la même époque, on ver­ra que Mick Tay­lor fait pra­ti­que­ment le même so­lo d’un concert à l’autre. Je ne sais pas faire ça, c’est pour ça que mes so­los ne se­ront ja­mais aus­si bons que ceux de Mick Tay­lor. Et d’un autre cô­té, quand Mick Tay­lor m’a vu jouer, il m’a dit : “Pu­tain, qu’est-ce que tu dé­gages !” Il ne se rend pas compte que c’est im­pro­vi­sé.

R&F : Vous n’écri­vez tou­jours pas vos textes ? Louis Ber­ti­gnac : J’ai eu des au­teurs comme Etienne Ro­da-Gil et Bo­ris Berg­man qui m’ont fait des textes su­perbes, mais cette fois je vou­lais que ça me res­semble, même si ce n’est pas moi qui écris. A chaque fois qu’une ma­quette était plus ou moins ter­mi­née, je l’en­voyais chan­tée en yaourt an­glais à 6 ou 7 potes, dont cer­tains que je n’avais ja­mais vus mais avec qui j’étais en re­la­tion comme ça. Mise en com­pé­ti­tion. A la fin, il res­tait un texte par chan­son. Il y avait une uni­té sur “Grizz­ly” qui est l’uni­té Berg­man, et sur “Suis-Moi”, je consi­dère que c’est du Ber­ti­gnac. C’est moi qui ai choi­si, ça me res­semble plus. J’adore Berg­man, c’est gé­nial à chan­ter et ça sonne bien, mais il y a cer­taines pa­roles que j’avais du mal à com­prendre, il est tou­jours un peu obs­cur dans son écri­ture.

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