AVI BUF­FA­LO

Comme ce­la ar­rive par­fois aux ar­tistes qui uti­lisent le mot Buf­fa­lo, ce groupe em­me­né par le phé­no­mène Avi Zah­ner-Isen­berg dé­voile une cer­taine classe.

Rock & Folk - - Tête D’affiche - BA­SILE FAR­KAS Al­bum “At Best Cuck­hold” (Sub Pop/ Pias)

Face au ma­gné­to­phone, un jeune gar­çon en T-shirt aus­tère, à l’al­lure de pro­gram­meur de la Si­li­con Val­ley. Le dé­bit ra­pide, sac­ca­dé, l’air in­quiet et sé­rieux, Avi Zah­ner-Isen­berg n’est pas du genre à ta­per dans le dos de son in­ter­lo­cu­teur. On de­vine en re­vanche der­rière ce ca­rac­tère in­tro­ver­ti, le type bouillant, ha­bi­té. C’est sur cette frêle car­rure que re­pose en­tiè­re­ment Avi Buf­fa­lo, vrai faux groupe dont le jeune homme de Long Beach (Ca­li­for­nie) est le seul et unique pa­tron. Un pa­tron qui en termes de car­rière re­part qua­si­ment de zé­ro. Le pre­mier al­bum date d’il y a quatre ans. Un jo­li disque ho­mo­nyme tra­ver­sé d’in­fluences six­ties ni­ckel chrome, mais un peu em­prun­té. On ne se dou­tait pas que la suite se­rait aus­si im­pres­sion­nante.

Mé­lan­co­lie ca­li­for­nienne

Qui est donc ce qui­dam de 23 ans, ca­pable de nei­lyoun­ge­ries foi­son­nantes et ma­jes­tueuses sur disque, mais fer­mé comme une huître du­rant l’en­tre­tien ? L’al­bum, in­ti­tu­lé “At Best Cuck­hold” (tra­dui­sible par “Au Mieux Co­cu”), en dit pour­tant beau­coup. Le brave gar­çon y narre sa vie amou­reuse en lam­beaux et noie ses peines dans des chan­sons par­fois ahu­ris­santes. “Je ne parle que de choses vraies, ex­plique le chan­teur. C’est très pra­tique en fait de ra­con­ter des trucs per­son­nels. On les ex­prime beau­coup plus fa­ci­le­ment en étant créa­tifs, et on éva­cue des choses dif­fi­ciles voire in­ex­tri­cables sans même s’en rendre compte. Je ne res­sens au­cune im­pu­deur à faire tout ça, j’ai même hâte de jouer ces chan­sons de­vant des gens.” Voi­là pour les confes­sions in­times. Zah­ner-Isen­berg se ré­vèle bien plus lo­quace pour par­ler de son ac­ti­vi­té. Il est né dans un en­vi­ron­ne­ment où la mu­sique avait sa place, le père étant por­té sur “la mu­sique clas­sique d’avant-garde”, la mère pré­fé­rant la pop et les Beatles. “C’est quand je me suis mis à jouer de la gui­tare que mes goûts ont chan­gé. J’ai dé­cou­vert l’exis­tence du hard rock, Ji­mi Hen­drix, Led Zep­pe­lin, ce qui m’a vite fait dé­vier vers le blues et le jazz.” On sait en­fin de quoi sont ca­pables ceux qui n’ont connu que la mu­sique dis­po­nible et gra­tuite par le tru­che­ment d’In­ter­net. Dans le meilleur des cas ce­la donne ce genre de choses, une cul­ture dé­nuée d’a prio­ri et qui part un peu dans tous les sens. Quel­qu’un ca­pable de par­ler dans le même quart d’heure de No Doubt, Van Dyke Parks, Dr Dre ou du der­nier al­bum des Beach Boys, au­quel il re­con­naît quelque qua­li­té. “Le disque est pro­duit comme du Ka­ty Per­ry c’est l’hor­reur, mais quand on écoute une chan­son comme ‘Pa­ci­fic Coast Highway’, on en­tend presque le tes­ta­ment de Brian Wil­son, c’est ma­gni­fique. J’aime pro­fon­dé­ment cette mé­lan­co­lie ca­li­for­nienne.” A l’ins­tar de ce der­nier au même âge, Zah­nerI­sen­berg a clai­re­ment cher­ché à frap­per un coup de maître. “J’ai vou­lu faire les choses bien, être sûr de mes chan­sons, du moindre dé­tail.”

Co­lo­nie de va­cances

Sans fi­ler la mé­ta­phore du pre­mier de la classe, il y a un cô­té très stu­dieux, et mé­ti­cu­leux chez lui. “J’ai d’abord en­re­gis­tré les pistes de bases en stu­dio, j’ai la chance d’avoir quelques amis qui jouent très bien. Puis j’ai tra­vaillé les mor­ceaux chez moi, ra­jou­té des bouts d’ar­ran­ge­ments, des brui­tages qu’on en­tend à peine.” Un vrai goût du bri­co­lage mai­son hé­ri­té de sa prime jeu­nesse : “C’est comme ça que j’ai com­men­cé, sur le lo­gi­ciel Au­da­ci­ty, puis sur Ga­rage Band. J’en­re­gis­trais avec le mi­cro de l’or­di­na­teur des chan­sons où je chan­tais tout dou­ce­ment pour ne pas que mes pa­rents m’en­tendent. J’ai éprou­vé ce be­soin de faire des mor­ceaux as­sez in­tros­pec­tifs, alors que je jouais à l’époque dans un groupe as­sez éner­vé.” In­tros­pec­tifs as­su­ré­ment, mais pas ti­mides. C’est d’abord ce qui frappe chez Avi Buf­fa­lo : une ai­sance im­pres­sion­nante. Il joue du pia­no, chante ai­sé­ment dans les ai­gus . Et à la gui­tare, le gar­çon est ca­pable de fin­ger pi­ckings agiles ou de so­los élec­triques clas­sieux qui don­ne­ront des fris­sons aux fans de Wilco. On parle ici d’une per­sonne ayant sui­vi “quelques cours de gui­tare, mais aus­si fait quelques camps de jazz”. Alors qu’on tente d’ima­gi­ner à quoi peut bien res­sem­bler une co­lo­nie de va­cances amé­ri­caine consa­crée à étu­dier la mu­sique de Char­lie Par­ker, l’in­ter­view s’achève. Sans qu’Avi Zah­ner-Isen­berg ne se soit vrai­ment li­vré, bien en­ten­du. Tant mieux après tout, on tient une per­son­na­li­té au­then­ti­que­ment in­adap­tée, mais dont la mu­sique char­rie une mé­lan­co­lie uni­ver­selle.

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