ERIC CLAP­TON

Tou­ché par la dis­pa­ri­tion de JJ Cale l’an der­nier, l’an­glais rend hom­mage à son ami et men­tor sou­ter­rain dans un al­bum de re­prises. Et s’en ex­plique ici lon­gue­ment.

Rock & Folk - - En Vedette -

Il y a exac­te­ment un an, on dé­plo­rait dans ces pages la dis­pa­ri­tion de JJ Cale, in­ven­teur du Tul­sa Sound, gui­ta­riste me­tal-folk mé­lan­geant (en mode as­sou­pi) blues, coun­try et rock’n’roll. Eric Clap­ton avait fla­shé sur le pre­mier 45 tours de JJ Cale (un titre pa­res­seux et las­cif in­ti­tu­lé “Af­ter Mid­night”) et n’avait ces­sé de s’ap­pro­vi­sion­ner chez le vieux maître, trans­for­mant “Co­caine” en hymne mon­dial. Après les hom­mages à BB King et Ro­bert John­son, voi­ci donc ve­nu le temps d’un im­pres­sion­nant tri­bute à JJ Cale sim­ple­ment in­ti­tu­lé “The Breeze”. Les deux hommes se connais­saient et s’ap­pré­ciaient, (Cale et Clap­ton avaient si­gné un ex­cellent disque en­semble, “The Road To Es­con­di­do” 2006). Dans cet en­tre­tien avec un em­ployé de sa mai­son de disques, le brillant gui­ta­riste ex­plique dans quel es­prit il a réa­li­sé son nou­veau projet.

Un geste d’ami­tié

ROCK&FOLK : Vous connais­siez dé­jà beau­coup de ses chan­sons et aviez fait un al­bum en­semble. Pour­quoi avez-vous éprou­vé le be­soin d’adres­ser cet hom­mage à JJ Cale ? Eric Clap­ton : J’ai pris un avion pour la Ca­li­for­nie pour as­sis­ter à ses fu­né­railles. Pen­dant le voyage, je me di­sais : C’est trop syn­chrone pour être vrai : j’ai du temps en stu­dio, je ne sais pas trop quoi en faire et je vais voir un ami cher être mis en terre. Je ne peux qu’uti­li­ser ce temps de fa­çon res­pec­tueuse. Alors que les heures de vol s’écou­laient, je me suis mis à ré­flé­chir, j’étais dé­jà en train d’ar­ran­ger l’al­bum. Après l’en­ter­re­ment, nous nous sommes à nou­veau réunis chez McCabe’s, un lieu où JJ jouait par­fois, as­sez fré­quen­té, à San­ta Mo­ni­ca. C’est un en­droit sym­pa et il y avait un open mic. Je me suis en­ten­du dire qu’en de­hors de ma fa­mille, les dis­pa­ri­tions de Fred­die King et JJ étaient celles qui m’avaient le plus af­fec­té. Ces per­son­nages, pour une rai­son ou une autre, ont été pro­fon­dé­ment an­crés dans ma psy­ché mu­si­cale toute au long de ma vie. Je suis re­tour­né à Columbus et avec mon aco­lyte, Si­mon Cli­mie, qui est très doué sur Pro Tools et tout le reste, et l’in­gé­nieur du son Alan Dou­glas, nous avons com­men­cé à éla­bo­rer les bases de cet al­bum. R&F : Pour­quoi avoir choi­si d’avoir re­cours à des col­la­bo­ra­tions alors que vous au­riez pu faire “Eric Clap­ton Plays Cale” ? Eric Clap­ton : Lorsque j’ai eu le mes­sage m’ap­pre­nant sa mort, j’étais à la cam­pagne et je me pré­pa­rais à pê­cher. J’y suis al­lé, je me suis as­sis au bord de la ri­vière et la nouvelle m’a frap­pé très du­re­ment, je ne m’y at­ten­dais pas. C’était im­pos­sible que je garde tout ça pour moi. Je me sen­tais égoïste de le faire. Mais ça a été mon in­ten­tion pen­dant un petit mo­ment. Je vou­lais sim­ple­ment faire mon al­bum d’hom­mage sans en­trave. Je ne vou­lais pas qu’il soit édul­co­ré et je me mo­quais un peu de sa­voir s’il y au­rait un pu­blic. Il fal­lait sim­ple­ment que j’en­re­gistre cette mu­sique. Jus­qu’à un cer­tain point, les gens ignorent son im­por­tance dans l’his­toire mu­si­cale de ce pays, et du monde. Et l’ef­fet sub­til qu’il a eu sur les ar­tistes, sur leur fa­çon de chan­ter, de jouer de la gui­tare et d’en­re­gis­trer des disques. J’ai dû ac­cep­ter mon be­soin de par­ta­ger ce­la et tan­dis que cette idée évo­luait dans ma tête, je me suis dit : Main­te­nant, il faut mettre des gens au cou­rant de ce projet. C’était dif­fi­cile parce qu’il y avait beau­coup d’ar­tistes qui au­raient ai­mé en faire par­tie, mais nous avons dû nous li­mi­ter, jus­qu’à un cer­tain point, à ceux qui étaient as­sez es­sen­tiels dans sa vie. Ce qui est beau, c’est que j’ai pu en­tendre des choses que per­sonne n’a ja­mais en­ten­dues. Ch­ris­tine m’a don­né un CD avec 20 chan­sons des­sus et Mike m’en a don­né un si­mi­laire, des joyaux inédits. Et à par­tir de ces disques, en un week-end, quand je suis al­lé à l’en­ter­re­ment, j’ai dû en ci­bler cer­taines à in­clure sur l’al­bum. C’était un vrai pri­vi­lège. R&F : Se­lon vous, qu’est-ce que la mu­sique de Cale a de plus que celle d’un ar­tiste dont vous pour­riez avoir en­vie de re­prendre quelques titres ? Eric Clap­ton : Je me sou­viens du jour où De­la­ney Bram­lett m’a don­né le 45 tours “Af­ter Mid­night” avec “Slow Mo­tion” en face B. Ce sont des mo­ments qui changent tout. C’est comme la pre­mière fois où j’ai en­ten­du “That Will Be The Day” par Bud­dy Hol­ly ou “I Love The Wo­man” de Fred­die King ou “Stan­ding At The Cross­roads”. J’en se­rai éter­nel­le­ment re­con­nais­sant à De­la­ney et lorsque nous avons en­re­gis­tré mon pre­mier al­bum so­lo, “Af­ter Mid­night” s’est re­trou­vé des­sus. J’avais en­ten­du par­ler de John avant la sor­tie de son pre­mier al­bum. Lorsque je l’ai ren­con­tré — je l’avais vu jouer quelques fois — pour réel­le­ment pas­ser du temps avec lui, je suis al­lé chez Al­bert Lee qui m’a dit : “JJ est là, tu veux en­trer et prendre un ca­fé ?” On est res­tés là toute la jour­née et je croyais qu’il se­rait plu­tôt calme, re­clus et ti­mide. Il a par­lé de tout avec un dé­bit de mi­traillette, du prix de l’es­sence, de l’éco­no­mie amé­ri­caine, de po­li­tique, de mu­sique, de lit­té­ra­ture. J’étais stu­pé­fait.

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