BEATLES MO­NO

Ré­édi­té sous toutes les formes, le pré­cieux ca­ta­logue du groupe n’était tou­te­fois ja­mais res­sor­ti dans son for­mat le plus es­sen­tiel : en vi­nyle mo­no. C’est chose faite, en tout ana­lo­gique et à prix fort.

Rock & Folk - - En Vedette - PAR JE­ROME SO­LI­GNY

Croi­sé fin 2012 dans un cou­loir des stu­dios Ab­bey Road après l’écoute, pour la presse fran­çaise, de quelques ex­traits du cof­fret “The Beatles In Ste­reo Vi­nyl Box Set”, un des pontes d’EMI UK avait lâ­ché à Rock&Folk, à pro­pos de l’im­mi­nente ré­cu­pé­ra­tion par Uni­ver­sal du ca­ta­logue du plus grand groupe pop du monde et de l’his­toire : “On s’en fout, il ne leur reste plus que le cof­fret vi­nyle mo­no à sor­tir.” Am­biance.

Etape pré­li­mi­naire

Plus tôt dans la jour­née, une poi­gnée de jour­na­listes de chez nous, dé­pê­chés à Londres par EMI, avait eu le droit, comme en 2009 à l’oc­ca­sion de la re­mas­te­ri­sa­tion du ca­ta­logue of­fi­ciel du groupe, d’échan­ger, après et avant l’écoute, quelques mots avec les in­gé­nieurs du son, tous sym­pa­thiques, mais qui, s’en te­nant au dis­cours of­fi­ciel, pa­ra­phra­saient quelque peu un dos­sier de presse ex­pli­ca­tif très bien fi­chu, le même tra­duit dans toutes les langues (par votre ser­vi­teur en France). A la tom­bée des pre­miers pa­piers, comme en 2006 à la pa­ru­tion de “LOVE”, on se ren­dit vite compte que le mes­sage, mal­gré l’ef­fort de com­mu­ni­ca­tion d’EMI n’était pas for­mi­da­ble­ment bien pas­sé. Dans cer­tains jour­naux en 2009, alors que la liste dé­fi­ni­tive des al­bums re­mas­te­ri­sés était par­ve­nue en temps et en heure à tous les scribes, on dé­plo­ra de lire que les com­pi­la­tions Rouge et Bleue avaient bé­né­fi­cié du même lif­ting ou fi­gu­raient dans le cof­fret CD sté­réo. Au même mo­ment, une par­tie de la presse an­non­ça que iTunes met­tait si­mul­ta­né­ment les my­thiques al­bums des Beatles à la dis­po­si­tion du pu­blic, en ver­sion nu­mé­rique. En vé­ri­té, cette an­née-là, les deux Pommes (Apple Inc, la so­cié­té de Steve Jobs, et Apple Corps Ltd, le la­bel des Beatles) en étaient en­core à se bouf­fer le tro­gnon, et ce n’est qu’un an plus tard que le ca­ta­logue al­lait être ren­du of­fi­ciel­le­ment téléchargeable. Le pire in­ter­vint en 2012. Une fois en­core, EMI avait pris le temps d’ex­pli­quer, en long, en large et à Ab­bey Road, en quoi consis­tait l’opé­ra­tion qui condui­sit à l’ob­ten­tion de “The Beatles In Ste­reo Vi­nyl Box Set”. Pour­tant, des médias (et des mil­liers de mé­lo­manes) com­pa­rèrent l’in­com­pa­rable : tan­dis que les al­bums vi­nyle des Beatles de 2012 ont été créés,

sciem­ment, à par­tir des re­mas­ters de 2009, his­toire de don­ner un coup de chaud aux ver­sions “les plus proches de ce que le groupe en­ten­dait en stu­dio”, beau­coup les ont con­fron­tés à ceux qu’ils avaient dé­cou­verts et écou­tés, de l’époque de leur sor­tie à l’avè­ne­ment du CD. Soit des disques gra­vés une fois le son du mas­ter ori­gi­nal sen­si­ble­ment al­té­ré (éga­li­sa­tion, com­pres­sion, etc), par goût par­fois (c’est le cas des 33 tours amé­ri­cains, gra­vés par des in­gé­nieurs qui ne res­pec­taient pas tou­jours les consignes de George Mar­tin et son équipe), et gé­né­ra­le­ment pour rendre le son plus per­cu­tant, plus saute aux oreilles, en ra­dio et sur les élec­tro­phones pri­maires dont dis­po­saient les jeunes des six­ties. Pour beau­coup, ce son mo­di­fié est de­ve­nu la ré­fé­rence. Là où l’af­faire se corse, c’est qu’il n’est pas non plus unique. Un al­bum vi­nyle des Beatles, pres­sé en France dans les an­nées 60, ne sonne pas exac­te­ment comme son équi­valent an­glais, puisque l’étape pré­li­mi­naire de la gra­vure d’après les mas­ters pou­vait don­ner lieu à d’ul­times chan­ge­ments, sou­vent mi­nimes, mais pas tou­jours. Plus vi­cieux en­core, et comme évo­qué en jan­vier der­nier dans l’ar­ticle sur le cof­fret “The US Al­bums” des Beatles, le concept so­nore de pres­sage amé­ri­cain, pour le groupe et fi­na­le­ment tous ceux qui ont pu­blié des disques aux USA avant l’ère du CD (et de l’uni­for­mi­sa­tion), a tou­jours été une aber­ra­tion puisque les vi­nyles y étaient gra­vés et fa­bri­qués à plu­sieurs en­droits. Ils étaient donc plus ou moins dif­fé­rents. Quoi qu’il en soit, pour beau­coup d’ama­teurs de la mu­sique des Beatles, dé­ten­teurs de la vé­ri­té en ce qui concerne la ma­nière dont leurs disques doivent son­ner, les vi­nyles de 2012, ef­fec­ti­ve­ment moins pê­chus ou dy­na­miques que cer­tains pres­sés dans les an­nées 60 et 70, n’en étaient pas dignes. Pour­tant, son­ner comme ou mieux que leurs pré­dé­ces­seurs n’a ja­mais été leur vo­ca­tion.

046 R&F OC­TOBRE 2014

Re­touches d’éga­li­sa­tion : la grande ques­tion

En sep­tembre 2009, en plus des CD sté­réo re­mas­te­ri­sés (ven­dus sé­pa­ré­ment ou en cof­fret), Apple et EMI ont com­mer­cia­li­sé un box set de CD mo­no, an­non­cé en édi­tion li­mi­tée. Fi­na­le­ment, pour faire face à la de­mande, il a conti­nué d’être fabriqué — il fi­gure tou­jours au ca­ta­logue — mais les al­bums mo­no sont of­fi­ciel­le­ment in­dis­po­nibles sé­pa­ré­ment. Le cof­fret mo­no ras­sem­blait onze CD dont la com­pi­la­tion “Mo­no Mas­ters” qui re­grou­pait des chan­sons ne fi­gu­rant pas sur les al­bums. “Yel­low Sub­ma­rine”, “Ab­bey Road” et “Let It Be” n’étaient pas in­clus puis­qu’ils n’ont ja­mais été mixés en mo­no (la ver­sion mo­no de “Yel­low Sub­ma­rine” des an­nées 60 a été ob­te­nue en “met­tant au centre” les pistes sté­réo du mas­ter ori­gi­nal). Parce que comme on l’a dé­jà écrit, les Beatles pré­fé­raient, de très loin, et jus­qu’à “Sgt Pep­per’s Lo­ne­ly Hearts Club Band”, les mixages mo­no, co­hé­rents avec les moyens de re­pro­duc­tion du son de l’époque (la ra­dio ou ces pick-up avec un haut-par­leur dans le cou­vercle), le cof­fret CD “The Beatles In Mo­no Box Set” était, de­puis 2009 et pour tous ceux qui fai­saient le choix d’ap­pré­cier leurs chan­sons comme ils les avaient créées avec George Mar­tin (et sur­tout comme ils pre­naient plai­sir à les écou­ter), la ré­fé­rence ul­time en ma­tière de son Beatles. Tou­te­fois, les re­mas­ters de 2009, sté­réo et mo­no, ont bel et bien fait l’ob­jet d’un trans­fert nu­mé­rique et par­fois, de l’aveu de l’équipe en charge des Beatles à Ab­bey Road, lorsque ce pou­vait être bé­né­fique aux chan­sons et sans pour au­tant en trahir l’es­prit, de lé­gères al­té­ra­tions des pistes. En vé­ri­té, ces mo­di­fi­ca­tions, peu nom­breuses, le sont en­core moins dans les ver­sions mo­no. Et donc, la grande ques­tion que se posent lé­gi­ti­me­ment les beat­le­philes en cette fin d’été 2014 est la sui­vante : à par­tir de quoi ont été confec­tion­nés les 33 tours de “The Beatles In Mo­no Vi­nyl Box Set”, dis­po­nible de­puis le 8 sep­tembre ? Pour ob­te­nir la ré­ponse, il a fal­lu foui­nas­ser et faire mar­cher nos re­la­tions car à notre connais­sance, et alors que c’était la tra­di­tion chez EMI de­puis le mi­lieu des an­nées 90, au­cun re­pré­sen­tant de la presse mu­si­cale fran­çaise n’a été en­voyé à Ab­bey Road par Uni­ver­sal à la fin juin, lorsque les écoutes de ces nou­veaux al­bums vi­nyle mo­no des Beatles ont été or­ga­ni­sées. Ce­pen­dant, et même si au­cun sam­pler (CD ou vi­nyle) n’a été en­voyé par la mul­ti­na­tio­nale qui dis­tri­bue dé­sor­mais les Beatles, on peut af­fir­mer que la source de ces 33 tours est bien la bande quart-de-pouce qui a ser­vi à fi­na­li­ser les mixages mo­no dans les an­nées 60, et que le trans­fert vers la ma­trice a été ef­fec­tué sans pas­sage par un quel­conque conver­tis­seur nu­mé­rique. En charge des opé­ra­tions à Ab­bey Road, Steve Ber­ko­witz et Sean Ma­gee ont éga­le­ment confir­mé avoir res­pec­té le plus scru­pu­leu­se­ment pos­sible les in­di­ca­tions des tech­ni­ciens de l’époque, qui eux-mêmes re­layaient celles des Beatles et de George Mar­tin. On a éga­le­ment ap­pris que ces bandes ori­gi­nales, à la dif­fé­rence de beau­coup de la même gé­né­ra­tion, avaient été for­mi­da­ble­ment bien conser­vées par les équipes suc­ces­sives d’Ab­bey Road (où elles sont sto­ckées et bé­né­fi­cient d’une sé­cu­ri­té digne des coffres de la Banque de France). Il n’a été né­ces­saire d’en cuire au­cune (pour évi­ter qu’elles se cassent ou se dé­chirent, la plu­part des bandes des an­nées 60 et 70 sont ré­chauf­fées dans une sorte de four avant le trans­fert vers le nu­mé­rique),

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