John Hiatt

Rock & Folk - - Disques Classic Rock - “Terms Of My Sur­ren­der”

NEWWEST/SO­CA­DISC Une ma­chine à écrire dé­la­brée et deux mains sem­blant se de­man­der par quel bout l’at­ta­quer. La po­chette est trom­peuse, qua­si­ment iro­nique : John Hiatt n’a ja­mais connu le syn­drome de la page blanche, c’est rien de l’écrire. Son comp­teur de chan­sons doit al­lè­gre­ment dé­pas­ser la barre du mil­lier, re­prises des cen­taines de fois, par des gens aus­si dif­fé­rents que Bob Dy­lan, Ig­gy Pop ou... Pau­la Ab­dul. Après deux pro­duc­tions rock lé­chées, “Terms Of My Sur­ren­der” tranche dans le vif et creuse la veine d’un blues acous­tique cré­pus­cu­laire, avec os­sa­tures de ban­jo, lé­gers choeurs gos­pel et striures de slide élec­triques, si­gnées Doug Lan­cio (de Ry Coo­der à Luther Di­ckin­son en pas­sant par Son­ny Lan­dreth, Hiatt a tou­jours su s’en­tou­rer en la ma­tière). Comme tout song­wri­ter digne de ce nom, l’homme de l’In­dia­na, 62 ans, ex­celle dans l’amour pois­seux, per­du, im­pos­sible, es­pé­ré : noir­ceur ra­di­cale (“No­thing I Love” et son flo­ri­lège d’ad­dic­tions dé­lé­tères) ou ro­man­tisme pas mièvre (“Mar­lene”). Hiatt n’est pas non plus man­chot en ma­tière de conte so­cial (“No­bo­dy Knew His Name”, beau comme du Spring­steen sans pa­thos), son sar­casme tendre égale ce­lui d’un Ran­dy New­man (“Old People”) tan­dis que ses blues d’outre-tombe évoquent un Tom Waits qui ne sur­joue­rait pas son per­son­nage (“Face Of God”). John Hiatt, sur­tout, est un très grand chan­teur. Voix de grizz­ly mal lé­ché, mais ca­pable de toutes les nuances entre la dou­ceur et la rage. In­ta­ris­sable de­puis une di­zaine d’an­nées, avec un al­bum tous les dix-huit mois, Hiatt donne l’im­pres­sion que tout ce­la est fa­cile. Un homme au som­met de son art, en fait. BER­TRAND BOUARD

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