Sin City: J’ai Tué Pour Elle

de Ro­ber­to Ro­dri­guez et Frank Miller

Rock & Folk - - Le Film Du Mois -

Il y a un peu plus de vingt ans, l’Amé­ri­ca­no/ Mexi­cain Ro­ber­to Ro­dri­guez réa­li­sait son pre­mier film avec les moyens du bord. Pour 7000 dol­lars, il fai­sait de son “El Ma­ria­chi” une pure sé­rie B tré­pi­dante, vé­ri­table ode au gun­fight ca­ra­bi­né. De­puis, Ro­dri­guez n’a ja­mais dé­vié du ci­né­ma de genre : deux suites beau­coup plus fri­quées à “El Ma­ria­chi” (“Des­pe­ra­do 1” et “2”), une sa­ga de films pour en­fants sur fond de James Bond en cu­lottes courtes (“Spy Kids 1”à “4”) et des hom­mages à la pelle au ci­né­ma de genre des an­nées 70, qu’il soit d’ac­tion (“Ma­chete 1” et “2”) ou d’hor­reur tee­nage (“The Fa­cul­ty”). Dans son par­cours rem­pli de douilles fu­mantes et de monstres ba­veux, Ro­dri­guez croise le che­min de Ta­ran­ti­no avec le­quel il de­vient hy­per pote. Au point qu’ils fo­mentent en­semble l’amu­sant “Une Nuit En En­fer”, truf­fé de goules hys­té­riques et de dé­mons à l’es­prit rock, ain­si que “Pla­nète Ter­reur” , hom­mage plus que fé­ti­chiste aux sé­ries Z fan­tas­tiques des six­ties/ se­ven­ties. Les deux zi­go­tos vont même jus­qu’à rayer la pel­li­cule et faire dis­pa­raître des plans de fins de bo­bine pour que le spec­ta­teur est la sen­sa­tion te­nace de re­gar­der une co­pie abî­mée d’un vieux film Grind­house pro­je­té dans une salle pour­rie de la 42e Rue. En créant sa boîte de pro­duc­tion dé­but des an­nées 2000, Ro­dri­guez n’est fi­na­le­ment pas loin d’être de­ve­nu ce qu’il a tou­jours vou­lu être : un Ro­ger Cor­man (my­thique pro­duc­teur de sé­ries B hol­ly­woo­diennes) du 21e siècle. Tour­nant beau­coup, vite et bien, Ro­dri­guez en met tou­jours plus à l’écran. Ain­si, son pre­mier “Ma­chete”, bud­gé­té à dix mil­lions de dol­lars, pa­raît en avoir coû­té quatre fois plus. A l’aise dans tous les corps de mé­tier du ci­né­ma (mu­sique, fil­mage, mon­tage, in­ter­pré­ta­tion, ef­fets spé­ciaux), Ro­dri­guez peut donc gé­rer un film par tous ses stades de pro­duc­tion. Avec un point d’orgue dans sa fil­mo­gra­phie : “Sin City”. En 2005, Ro­dri­guez s’al­lie avec Frank Miller, scé­na­riste et au­teur de bandes des­si­nées, de­ve­nu culte pour avoir re­boos­té Bat­man dans des ro­mans gra­phiques plus por­té sur la noir­ceur que sur le cô­té pop. Ro­dri­guez adapte donc “Sin City” d’après la sé­rie de co­mics (sept tomes jus­qu’à pré­sent) de Miller qui y re­vi­site les ro­mans noirs des an­nées 50 (à la Ray­mond Chand­ler) mais en les agré­men­tant d’ul­tra vio­lence, de sexe et de ni­hi­lisme. “Sin City”, le film, suit fi­dè­le­ment la charte gra­phique des co­mics avec un noir et blanc très sty­li­sé (genre films noirs des an­nées 50 à la John Hus­ton/ Ho­ward Hawks) et sau­pou­dré de touches de cou­leurs vives sur cer­tains per­son­nages, dé­cors ou ac­ces­soires. Dé­cla­ré hors­norme pour son es­thé­tisme pous­sé, “Sin City” sur­prend son monde et offre à Ro­dri­guez les meilleures cri­tiques de sa car­rière. Pour l’opus 2, Ro­dri­guez et Miller re­mettent le cou­vert avec le même look am­biant... mais en 3D ! Chaque plan étant pen­sé pour le re­lief his­toire de pro­pul­ser le spec­ta­teur au coeur de deux in­trigues pa­ral­lèles : 1) un joueur dé­barque à Sin City pour se confron­ter au po­ker au plus gros truand de la ville. 2) La pas­sion tran­sie d’un homme pour une femme fa­tale au tem­pé­ra­ment de dé­mon. Si­tué dans le temps avant le pre­mier opus, “Sin City : J’Ai Tué Pour Elle” mul­ti­plie une fois de plus les sé­quences vi­suel­le­ment in­sen­sées avec (entre autres) une par­tie de po­ker qui dé­gé­nère dans le sang, des gun­fights et des pas­sages à ta­bac qui font mal. Le tout sur fond de cor­rup­tion am­biante, de ven­geances sans fin et d’amours frus­trées ba­lan­cés sur l’écran dans une suite d’images d’Epi­nal propre au ci­né­ma (et aux ro­mans) de genre. Le plai­sir vi­vace du film vient éga­le­ment de son cas­ting de luxe où sont convo­qués Mi­ckey Rourke en mar­gi­nal dur à cuire, Joseph Gor­don-Le­vitt en joueur plus ou moins chan­ceux, Josh Bro­lin en amou­reux ma­so­chiste, Jes­si­ca Al­ba en strip-tea­seuse vol­ca­nique, Bruce Willis en fan­tôme de flic au look bo­gar­tesque... et, sur­tout, l’hyp­no­ti­sante Eva Green qui, en femme fa­tale car­nas­sière, re­trouve les poses gla­mour et le psy­chisme ani­mal des grandes garces du ci­né­ma amé­ri­cain d’hier et d’au­jourd’hui. Avec le look té­né­breux de Ri­ta Hay­worth dans “Gil­da” et la per­ver­si­té de Sha­ron Stone dans “Ba­sic Ins­tinct” (en­sal­lesle17sep­tembre) !

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