Höf­ner 500/1

Ja­mais ins­tru­ment de mu­sique n’a été au­tant lié à un groupe et à un mu­si­cien en par­ti­cu­lier, en l’oc­cur­rence sir Paul McCart­ney, bas­siste de l’or­chestre li­ver­pud­lien The Beatles...

Rock & Folk - - Culte Des Objets - Pou­ren­sa­voir­plus :www.hof­ner.com 112 R&F OC­TOBRE 2014

La pe­tite ville de Lu­by, bour­gade de Ré­pu­blique tchèque au­tre­fois ap­pe­lée Schön­bach, fait par­tie de l’an­cien royaume de Bo­hême, rat­ta­ché à l’Em­pire aus­tro-hon­grois jus­qu’à la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale. À la suite du trai­té de Ver­sailles, la ré­gion est in­té­grée à la Tché­co­slo­va­quie nou­vel­le­ment créée. Peu­plée d’une forte mi­no­ri­té al­le­mande, la Bo­hême est an­nexée au Reich na­zi et fait par­tie des ter­ri­toires des Su­dètes. En mai 1945, elle est de nou­veau tché­co­slo­vaque, et en­vi­ron 800 000 Al­le­mands sont ex­pul­sés de la ré­gion. Mais au-de­là de tous ces pro­blèmes géo­po­li­tiques, cet en­droit est le ber­ceau de la fac­ture d’ins­tru­ments de mu­sique al­le­mands : à Schön­bach, on fa­brique des vio­lons de­puis le dé­but du 18e siècle, à Gras­litz (Kras­lice) les ins­tru­ments à vent, à Klin­gen­thal les har­mo­ni­cas, à Mark­neu­kir­chen se trouvent tous les re­ven­deurs — ces deux der­nières villes, si­tuées en Saxe, étant res­tées al­le­mandes. Karl Höf­ner (1864-1955) est lu­thier à Schön­bach de­puis 1887 et y pro­duit vio­lons, vio­lon­celles et contre­basses. Ses deux fils Jo­sef (1892-1993) et Wal­ter (1904-1985) re­joignent l’en­tre­prise fa­mi­liale au dé­but des an­nées 1920, res­pec­ti­ve­ment comme res­pon­sable des ventes et chef de la fa­bri­ca­tion. À par­tir des an­nées 1930, ils com­mencent à pro­duire des gui­tares à cordes mé­tal­liques (an­cêtres des fa­meuses Schlag­gi­tar­ren, gui­tares arch­top des an­nées 1950 et 1960) et l’en­tre­prise fa­mi­liale d’ins­tru­ments à cordes de­vient une des plus im­por­tantes d’Al­le­magne. Après la guerre, les ate­liers Höf­ner sont confis­qués par la Tché­co­slo­va­quie. Fraî­che­ment dé­mo­bi­li­sé, Fred Wil­fer (fu­tur pa­tron de Fra­mus) tra­vaille pour l’ar­mée amé­ri­caine. Il est char­gé d’ap­pro­vi­sion­ne­ments pour les troupes en­core ba­sées en Tché­co­slo­va­quie et va alors or­ga­ni­ser un vé­ri­table exode de toute l’industrie mu­si­cale de Schön­bach vers la ré­gion d’Er­lan­gen, au nord de la Ba­vière. Grâce aux ca­mions amé­ri­cains, il passe en contrebande des tonnes de ma­chines-ou­tils, de bois an­ciens et d’ins­tru­ments de grande va­leur. Le gou­ver­ne­ment ba­va­rois voit vite les avan­tages éco­no­miques de l’ar­ri­vée de cette dia­spo­ra des Su­dètes, qui est ac­cueillie à bras ou­verts dans la ré­gion. Wil­fer trouve au dé­but de 1947 des ate­liers dans un an­cien camp de tra­vail à Möh­ren­dorf et re­crute Wal­ter Höf­ner pour gé­rer la fa­bri­ca­tion des gui­tares et man­do­lines, puis son frère Jo­sef l’an­née sui­vante, qui se­ra char­gé des ex­por­ta­tions. L’été 1948 voit des dif­fé­rences de vue ap­pa­raître entre Fred Wil­fer et les Höf­ner, et ces der­niers re­prennent leur in­dé­pen­dance en oc­tobre.

Chaque mois, notre spé­cia­liste évoque l’his­toire d’un ap­pa­reil, vê­te­ment, ins­tru­ment ou bi­be­lot de lé­gende...

Dès le dé­but de l’an­née 1949, les ins­tru­ments si­glés Höf­ner sont de nou­veau dis­po­nibles. Fin 1949, le gou­ver­ne­ment du Land de Ba­vière au­to­rise la construc­tion sur le ter­ri­toire de Bu­ben­reuth d’une ville nouvelle spé­cia­le­ment conçue pour les ré­fu­giés de Schön­bach et leur sa­voir-faire. La firme Höf­ner est une des pre­mières à y em­mé­na­ger, dès 1950. D’autres suivent, comme Hoyer, Kli­ra ou Fra­mus, et cette ville de­vient le plus grand centre eu­ro­péen de pro­duc­tion d’ins­tru­ments à cordes. En juillet 1952, Leo Fen­der pré­sente la pre­mière gui­tare basse élec­trique de sé­rie ( cf R&F 533), et Gib­son sort en 1953 son EB1, au corps plein en aca­jou en forme de vio­lon (elle dis­pose même d’une tige té­les­co­pique pour pou­voir être jouée en po­si­tion ver­ti­cale). Cer­tai­ne­ment in­fluen­cé par cette der­nière, Wal­ter Höf­ner tra­vaille à par­tir de 1955 sur un projet de basse élec­trique qui est pré­sen­té pour la pre­mière fois au Salon de la Mu­sique de Franc­fort, en fé­vrier 1956. Bé­né­fi­ciant du sa­voir-faire de la mai­son en fa­bri­ca­tion de vio­lons, la basse 500/1 est une de­mi-caisse ( hol­low­bo­dy) équi­pée des mêmes bois : la table en épi­céa, le fond et les éclisses en érable. Les pre­miers mi­cros ins­tal­lés sont des simples bo­bi­nages puis les doubles bo­bi­nages sont mon­tés à par­tir de 1961. Le son ty­pi­que­ment chaud de cet ins­tru­ment rap­pelle ce­lui d’une contre­basse. Lors de leur troi­sième sé­jour à Ham­burg, au prin­temps 1961, les Beatles sont lâ­chés par Stuart Sut­cliffe, et c’est Paul McCart­ney qui de­vient leur nou­veau bas­siste. La drôle de basse (un mo­dèle 59-60 de la 500/1) de Co­lin Me­lan­der, bas­siste de To­ny She­ri­dan, qui par­tage sou­vent la scène avec eux, lui a ta­pé dans l’oeil et il dé­cide de s’of­frir la même. Au Stein­way-Haus, dans le centre de Ham­bourg, il com­mande un mo­dèle spé­cial pour gau­cher du nou­veau mo­dèle 1961 de la 500/1 Vio­lin Bass qui entre du même coup dans la lé­gende... En 1963, il ac­quiert une se­conde Vio­linBass, or­née d’un nou­veau lo­go sur la tête et dont les mi­cros sont plus es­pa­cés.

C’est ce mo­dèle que McCart­ney uti­lise tou­jours sur scène au­jourd’hui.

Un mo­dèle contem­po­rain de la cé­lèbre Beatle Bass.

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