Avant la tem­pête

Rock & Folk - - Bande Dessinée -

Cinq longues an­nées se sont écou­lées de­puis la sor­tie de “Ani­mal’Z”, pre­mier vo­lume d’un trip­tyque post-apo­ca­lyp­tique conçu et réa­li­sé par En­ki Bi­lal qui au­ra choi­si de plon­ger ses lec­teurs dans les affres et les an­goisses d’une at­tente aus­si dé­rai­son­nable que le com­por­te­ment de ses per­son­nages. Main­te­nant que “Ju­lia & Roem” (Cas­ter­man) est en­fin dans les bacs, com­ment la pa­tience des fi­dèles va-t-elle ac­cueillir cette in­at­ten­due ver­sion du “Ro­méo Et Ju­liette” du père Sha­kes­peare qui sert de trame à l’épi­sode ? Doit-on y voir une sorte d’ac­cal­mie avant la tem­pête ? Si telle est la vo­lon­té de l’au­teur, le fi­nal at­ten­du en oc­tobre risque de don­ner dans un sa­cré Cré­pus­cule des Dieux pour le plus grand bon­heur des ama­teurs d’opé­ras de pa­pier.

“Un Thé Pour Yu­mi­ko” (Bayou) de Fu­mio Oba­ta est une belle ba­lade à l’aqua­relle qui s’adresse à tous ceux qui donnent dans cette forme fau­chée de l’ana­lyse qu’est l’in­tros­pec­tion. Après dix ans pas­sés à Londres, une fois créée sa boîte de gra­phisme et en­ta­mée une re­la­tion avec un na­tif, Yu­mi­ko se voit dans l’obli­ga­tion d’al­ler af­fron­ter les fan­tômes du pas­sé suite au dé­cès de son Ja­po­nais de père. Le re­tour aux sources est d’au­tant plus dif­fi­cile que la jeune fille dé­barque au royaume du non-dit où les ex­pli­ca­tions se de­vinent plus qu’elles ne se donnent. Loin d’être gon­flante ou ron­ron­nante, cette BD est sim­ple­ment pas­sion­nante à lire du dé­but à la fin tant son dé­rou­le­ment apai­sant amène le lec­teur nom­bri­liste à réel­le­ment s’in­té­res­ser au sort de l’hé­roïne plu­tôt qu’à la fu­ti­li­té de son exis­tence.

Quand Brian Hurtt (des­sin) et Cul­len Bunn (scé­na­rio) dé­cident de s’as­so­cier pour réa­li­ser un wes­tern hors normes, ce­la donne la sé­rie “The Sixth Gun” (Ur­ban Co­mics) où les bons partent à la pêche aux Colts mau­dits tout en af­fron­tant l’in­té­gra­li­té des forces du mal du folk­lore nord-amé­ri­cain (es­prits in­diens, zom­bies, vau­dou, etc). Dans cette his­toire du Bien contre le Mal, les au­teurs ont choi­si d’al­ler droit au but en lais­sant tom­ber les cir­con­vo­lu­tions et flash-back re­don­dants. A la ma­nière des per­son­nages in­ter­pré­tés par John Wayne, les ex­pli­ca­tions fi­nissent tou­jours par tom­ber mais uni­que­ment quand elles de­viennent né­ces­saires. C’est as­sez agréable au fi­nal car les scènes d’ac­tion sont suf­fi­sam­ment ex­pli­cites pour en­com­brer les scènes de bas­ton avec des temps morts dé­pres­sifs où des psy­cho­pathes es­sayent de jus­ti­fier leurs actes. C’est vrai, quoi ! C’est un wes­tern ou les aven­tures de la Fée Clo­chette ?

Ga­briel Ger­main est un jeune des­si­na­teur qui prend son temps entre deux réa­li­sa­tions. “Lune Et L’Autre” (Cas­ter­man) est sa se­conde li­vrai­son et n’a plus rien à voir avec le style po­lar en noir et blanc qui l’avait fait dé­cou­vrir. L’in­trigue com­mence au White Rab­bit, un boxon to­kyoïte où une pros­ti­tuée prend la fuite après avoir tué son sou­te­neur. Ce se­ra le seul et unique acte de vio­lence de l’his­toire car la suite est une sé­rie de ren­contres où cha­cun va y al­ler de sa quête ini­tia­tique per­son­nelle dans des pay­sages bu­co­liques qui pour­raient ser­vir de dé­cor à une nouvelle de Le­wis Car­roll. A dé­faut d’être la BD de l’an­née, “Lune Et L’Autre” est l’his­toire re­po­sante à lire avant d’abor­der une nouvelle an­née de transports en com­mun.

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