Prix de l’ori­gi­na­li­té

Cer­tains groupes font al­lé­geance à un genre mu­si­cal pré­cis et ne dé­vient pas d’une ligne de conduite qu’ils se sont fixée une fois pour toutes. Mais d’autres, moins dé­ter­mi­nés ou plus aven­tu­reux, tentent d’éta­blir des liens entre

Rock & Folk - - Qualité France -

Ce mois-ci, le prix de l’ori­gi­na­li­té est at­tri­bué à l’An­ge­vin Phil De­vaïl pour son se­cond al­bum après un pre­mier es­sai pa­ru il y a trois ans. Au­tre­fois, il était le bat­teur de Ti­cket, en­suite il a par­ti­ci­pé à di­vers groupes et spec­tacles de rue avant de s’aco­qui­ner pro­vi­soi­re­ment avec Lo’Jo puis de vo­ler de ses propres ailes. Ses douze chan­sons sont d’une in­ven­ti­vi­té folle qui brasse blues, gos­pel, rock et rythmes afri­cains pour créer une sorte de transe dont le pou­voir évo­ca­teur des textes (en fran­çais) est au dia­pa­son d’une ébou­rif­fante fu­sion mu­si­cale (“Ma­luya Roc­co”, PhilDe­vaïl ✆ 06.81.09.78.97). On re­trouve les Man­son’s Child de Col­mar pour leur sixième disque en dix ans. Le qua­tuor aux deux cla­viers (qui fait ap­pel à un bat­teur pour l’en­re­gis­tre­ment et la scène) conti­nue de culti­ver une pop an­glo­phone ca­rac­té­ri­sée par son es­thé­tisme à tout crin et sa pro­pen­sion à se dé­cli­ner sous ses mul­tiples fa­cettes, jouant aus­si bien du clas­si­cisme mé­lo­dique ori­gi­nel que de ses va­riantes elec­tro, voire noi­sy. Et il té­moigne d’un sa­voir-faire qui n’est pris en dé­faut que lors d’une ten­ta­tive fran­co­phone mal­adroite (“Sum­mer”, Park­li­feRe­cords ✆ 06.09.25.78.43, dis­tri­bu­tion Mo­du­lor). Pre­mier al­bum pour les Mess Dis­trac­tion de Tours. Trois ans après sa for­ma­tion, la struc­ture ini­tiale s’est élar­gie à six mu­si­ciens pour les be­soins de la cause. Le chan­teur se ré­vèle un hur­leur convain­cant et les gui­tares sont au pre­mier plan d’un rock hea­vy tein­té de hard funk qui doit au­tant à Led Zep­pe­lin qu’aux Red Hot Chili Pep­pers et qui dé­pote onze mor­ceaux an­glo­phones et ori­gi­naux en adop­tant une in­té­res­sante luxu­riance ins­tru­men tale, sauf quand le groupe calme le jeu pour s’aven­tu­rer du cô­té de la bal­lade (MessDis­trac­tion ✆ 06.15.92.10.74). Pris­ca est un exemple pro­bant de projet trans­cul­tu­rel. Le chan­teur gran­dit en ban­lieue pa­ri­sienne puis re­gagne l’Al­gé­rie, avant de fuir la guerre ci­vile et de re­ve­nir s’ins­tal­ler à Tou­louse où il crée le groupe en 2001 avec cinq autres com­plices. Ré­so­lu­ment fran­co­phone, le troi­sième al­bum s’illustre par sa fa­ci­li­té à mixer les tra­di­tions mu­si­cales (chan­son fran­çaise, mu­siques d’Eu­rope de l’Est et ou­ver­tures afri­caines) en pa­riant sur l’ori­gi­na­li­té d’une for­mule ins­tru­men­tale éclec­tique et sur la cau­tion ap­por­tée par di­vers in­ter­ve­nants cultes, tels le chan­teur des Têtes Raides et Le­ny Es­cu­de­ro (“TasDeFer­raille”, Boos­ter

✆ 0173741056,d is­tri­bu­tion Pias).

dif­fé­rentes cultures pour confron­ter, avec plus ou moins de suc­cès, les dif­fé­rentes in­fluences qui les mo­tivent. La sé­lec­tion du mois (par­mi les cin­quante-deux ar­ri­vages à la ré­dac­tion) re­flète ces deux ten­dances qui ca­rac­té­risent la scène in­dé.

De­puis la créa­tion de San­ta Cruz en 2002, cette ru­brique s’est sou­vent fait l’écho de ses es­sais suc­ces­sifs. Le sex­tuor ren­nais, après avoir ac­com­pa­gné Mios­sec puis tour­né avec un en­semble sym­pho­nique et Joseph Ra­caille, re­vi­site neuf de ses titres pré­cé­dents en ver­sion acous­tique en s’ap­puyant sur une voix an­glo­phone de toute beau­té et des choix ins­tru­men­taux (pe­dal steel, do­bro, ban­jo, cla­viers et gui­tares) qui fleurent bon l’Amé­rique rê­vée. L’une de nos meilleures for­ma­tions folk-rock af­firme ain­si son en­ver­gure in­ter­na­tio­nale (“Mi­crOr­gan”, Has­ta Lue­go Pro­duc­tions/ Les Disques Nor­mal ✆ 06.46.34.20.78, dis­tri­bu­tion Dif­fer-Ant/Be­lieve). Le nou­veau maxi six-titres de Da­naïad vise en plein coeur dès le mor­ceau d’ou­ver­ture (“Sa­la­mike”) : voix fé­mi­nine en­voû­tante et d’une grande am­pli­tude qui peut al­ter­ner le feu et la glace dans une am­biance trip-hop sous in­fluence Björk/ Ca­mille, avec pia­no et ef­fluves jaz­zy. Et le quar­tette pa­ri­sien (en ac­ti­vi­té de­puis 2012) pour­suit l’of­fen­sive de charme avec des chan­sons an­glo­phones aus­si se­reines qu’éva­nes­centes, por­tées par une sen­si­bi­li­té ins­tru­men­tale et vo­cale à fleur de peau alors que les deux es­sais fran­co­phones peinent à convaincre par com­pa­rai­son (“On­dée”, Da­naïad ✆ 06.14.13.10.71). Le se­cond al­bum de Bar­rio Po­pu­lo (après ses dé­buts en 2008) sait sur­prendre et ma­rier les ex­trêmes : l’ou­ver­ture se fait en dou­ceur et s’em­brase au fil d’un texte pre­nant et d’une voix pré­cieuse qui s’énerve pro­gres­si­ve­ment, avant d’en­chaî­ner sur un rock ra­geur au rythme mar­te­lé puis de s’apai­ser sur un tem­po dan­sant. L’exu­bé­rance mu­si­cale des sept mu­si­ciens ré­pond à l’am­pli­tude poé­tique des textes du chan­teur qui, avec son sens éprou­vé de la for­mule (“Il­fau­té­va­cuer le pou­voir/ Il faut éja­cu­lerl’ es­poir”), lorgne par­fois vers Léo Fer­ré. Sa­luons le pa­cka­ging : un di­gi­book de 50 pages (“Kor­do­bel­la”, Ca­rotte Pro­duc­tion

✆ 06.70.61.76.39, dis­tri­bu­tion In Ouïe). Ori­gi­naires d’Ile-de-France, les cinq pe­tits jeunes de Scores sortent, deux ans après leurs dé­buts, un pre­mier EP quatre-titres qui fe­ra of­fice de carte de vi­site pê­chue : ils aiment le bou­can, le hard rock et le boo­gie blues, mais font éga­le­ment al­lé­geance au punk, no­tam­ment au ni­veau du chant. Se­raient-ils les re­je­tons ca­chés d’AC/DC et des Sex Pis­tols ? Ils ont en tout cas de l’éner­gie à re­vendre et leurs frasques mu­si­cales ex­priment leur goût pour un rock (an­glo­phone) im­pé­tueux et sau­vage qui a en­vie d’en dé­coudre et n’ap­pré­cie pas la de­mi-me­sure (“On The Road”, Spi­ral Pro­duc­tions ✆ 06.72.17.95.42).

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