KING TUFF

Kyle Tho­mas, étrange homme-or­chestre à cas­quette ve­nu du Ver­mont, conti­nue de conci­lier ses deux pas­sions : rock’n’roll et bri­co­lage.

Rock & Folk - - Sommaire - Jo­na­than Witt

Au pre­mier abord, on en­tend ce son à la fois mé­lo­dieux et puis­sant, sorte de croi­se­ment in­édit entre T Rex et Step­pen­wolf, usi­né par trois gars au look de bi­kers co­ol. A gauche, le so­laire Magic Jake, car­rure de quar­ter­back et moustache blonde fré­tillante, ma­ni­pule sa basse tout en lan­çant de bien­veillantes oeillades à la foule. Der­rière lui, un mar­te­leur sur­nom­mé Old Ga­ry s’échine sur ses fûts, sem­blant tout droit sor­ti d’un vieux film de gang­ster. A droite, King Tuff prend des poses hé­roïques et dé­ve­loppe à la gui­tare un style unique, vir­tuose, ins­tinc­tif. Sur­tout, il livre à l’as­sis­tance tran­sie une ir­ré­sis­tible pa­lan­quée de tubes : “Wild De­sire”, “Head­ban­ger”, “Sun Me­dal­lion”, “Bad Thing” ou en­core “Ed­die’s Song”.

Ama­teur de chanvre

Qui est réel­le­ment ce com­po­si­teur aus­si pro­li­fique que ta­len­tueux connu sous le nom de King Tuff ? Un type ma­li­cieux as­su­ré­ment, qui joue de son cô­té un peu dé­ca­lé, rou­lant par­fois des yeux ma­niaques. Lors­qu’on le re­trouve dans les cou­lisses du Point Ephé­mère, il est oc­cu­pé à chan­ger une corde de son ins­tru­ment tout en s’em­pif­frant de bon­bons. Ce fan de Bi­zar­ro, per­son­nage à mi­che­min entre Su­per­man et Fran­ken­stein, est d’abord in­ter­ro­gé sur sa jeu­nesse à Brat­tle­bo­ro, dans le Ver­mont : “De la luge, des ba­tailles de boules de neige, des ba­lades dans la mon­tagne... Beau­coup d’oi­si­ve­té en fait. Je sup­pose que c’est ce qui m’a ame­né à de­ve­nir créa­tif. Mon père m’avait of­fert une gui­tare pour Noël alors que j’étais tout ga­min. Un jour, je l’ai em­poi­gnée en me di­sant que j’al­lais écrire des chan­sons. Et puis c’est très vite de­ve­nu une drogue.” Petit à petit, Kyle Tho­mas de­vient King Tuff, son al­ter ego mu­si­cal : à sa pa­no­plie barbe/ che­veux longs, il ajoute bien­tôt une ri­tuelle cas­quette de ba­se­ball et une Gib­son SG bleu élec­trique sur­nom­mée Ja­zi­joo avec la­quelle il se pré­tend

“ex­trê­me­ment lié... et même de fa­çon sexuelle”. C’est avec celle-ci que le che­na­pan fi­gnole “Was Dead” au sein du stu­dio de for­tune qu’il a aménagé dans sa chambre. Sur ce disque épa­tant, il signe ses pre­mières pé­pites glam-folk psy­ché­dé­lique comme “Freak When I’m Dead” — “nombre de freaks se cachent par­mi nous, vous ne croyez pas ?” — “Kind Of Guy” et l’en­fu­mée “Sun Me­dal­lion”, entre Marc Bo­lan et Bob Dy­lan, par­lant d’ “un petit bijou dé­ni­ché en bos­sant dans une friperie et qui a ac­quis un pou­voir in­at­ten­du”. C’est grâce à cette ga­lette lu­mi­neuse que l’as­cen­sion du Roi com­mence. Il in­tègre Witch, ex­cellent com­bo sto­ner où Jay Mas­cis tient les fûts, puis monte Happy Birthday avec des amis d’en­fance (il si­gne­ra no­tam­ment la perle indie pop “Girls FM”). Pa­ral­lè­le­ment, “Was Dead” séduit les gen­tils hip­pies de Bur­ger Re­cords ain­si que les scouts de Sub Pop. Les pre­miers en­cou­ragent Kyle à dé­mé­na­ger à Los An­geles tan­dis que les se­conds le signent lors du fes­ti­val South By South West. C’est lors de cet évè­ne­ment que notre ama­teur de chanvre ren­contre Bob­by Har­low, an­cien gou­rou de The GO, qui de­vient son pro­duc­teur at­ti­tré.

Mi­cro­phones han­tés

Un pre­mier al­bum très réus­si (“King Tuff” en 2012) rem­porte un cer­tain suc­cès aux Etats-Unis avant le ré­cent “Black Moon Spell”, cap­té sur le vif à

Los An­geles, dans le tout nou­veau Stu­dio B : “Je n’écris pas trop en tour­née, car j’ai be­soin d’être seul. Old Ga­ry et Jake sont tou­jours là à ger­ber dans un coin, ou alors en train de me re­lu­quer (rires)... Sauf que pen­dant tout ce temps, Bob­by était à Los An­geles, im­pa­tient de lan­cer le stu­dio. Je n’avais au­cune chan­son, pas de riff, un peu car­bo­ni­sé par la vie sur la route. Alors on y est al­lés à l’ar­rache, sa­chant que je vou­lais faire un disque beau­coup plus rock.” Les séances de cet ex­cellent al­bum de glam rock éner­gique trai­tant de ma­gie noire et de fo­lie voient pas­ser son pote Ty Se­gall, avec qui King Tuff confesse que “ce se­rait très co­ol de col­la­bo­rer

da­van­tage”. Ces der­nières voient éga­le­ment sur­ve­nir nombre de phé­no­mènes quelque peu étranges, comme de “mys­té­rieux flashs de lu­mière” ou des

“mi­cro­phones han­tés” : “Par­fois on se convainc que des choses se passent, on voit des coïn­ci­dences trou­blantes et puis on se dit que ça n’en est pas, que ça ar­rive réel­le­ment... Je crois aux forces de l’es­prit. A dif­fé­rentes couches d’exis­tence. Pour­quoi pas ? Ce se­rait tel­le­ment mo­rose de ne pas y croire.” Une dose d’oc­cul­tisme, une louche de fun et sur­tout de vraies bonnes chan­sons : n’est-ce pas là la re­cette idéale pour un rock and roll de qua­li­té ?

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