Groupes hard rock, groupes cultes

MOTT

Rock & Folk - - Highway 666 Revisitedf -

On ne don­nait pas cher de la peau de Mott The Hoople après les dé­parts conju­gués de Ian Hun­ter et Mick Ron­son (qui avait su­brep­ti­ce­ment rem­pla­cé Luther Gros­ve­nor). Pour­tant, le quin­tette a su se ré­in­ven­ter en vrom­bis­sant at­te­lage hard rock, ré­vé­ré entre autres par Joe El­liott (Def Lep­pard) et dont les ap­ports se­ront dé­ci­sifs à la fu­ture nais­sance du glam me­tal.

Les pre­mières dates en An­gle­terre sont très bien re­çues, puis Mott em­barque pour les Etats-Unis, où il ouvre pour Kiss — Ray Ma­jor se découvre alors avec Gene Simmons une pas­sion com­mune pour Bo­ris Kar­loff et les films d’hor­reur vin­tage — mais aus­si Ae­ros­mith, Slade ou Montrose. Là en­core, le pu­blic est en­thou­siaste et ce qua­drillage mi­nu­tieux per­met de vendre cent vingt mille exem­plaires de “Drive On” sur le ter­ri­toire de l’Oncle Sam. Face à ce suc­cès re­nais­sant, CBS presse Mott de re­tour­ner illi­co en stu­dio : il faut battre le fer tant qu’il est chaud. La troupe est donc flan­quée du cé­lèbre pro­duc­teur Ed­die Kra­mer, le­quel passe bien­tôt des heures avec Ray Ma­jor afin de fi­gno­ler ses prises. Mal pré­pa­ré, le groupe a peu de mor­ceaux va­lables sous la main et re­cycle donc des titres écar­tés du pre­mier al­bum. Pa­ru en 1976, “Shou­ting & Poin­ting” est pro­ba­ble­ment moins ins­pi­ré que son pré­dé­ces­seur, mais n’en de­meure pas moins hau­te­ment ap­pré­ciable. La pro­duc­tion lé­chée de Kra­mer an­ti­cipe no­tam­ment tout le glam me­tal à ve­nir par cer­tains as­pects (choeurs, ef­fets di­vers, re­frains mi­nau­dants, syn­thé­ti­seurs), met­tant en va­leur l’ex­cellent bi­nôme Ben­ja­min/ Ma­jor. Ce­ci est par­ti­cu­liè­re­ment au­dible sur la puis­sante “Storm” (et sa ryth­mique à la Chuck Berry), la grande bal­lade au pia­no “Ca­reer” ou cette fou­droyante re­prise de “Good Times” des Ea­sy­beats. Hé­las, des ventes moyennes pré­ci­pitent la chute de Mott. Une tour­née est tout de même or­ga­ni­sée outre-At­lan­tique en pre­mière par­tie de Blue Öys­ter Cult mais CBS n’a plus foi dans le groupe et lui rend son contrat sans mé­na­ge­ment. Deux mois plus tard, Ni­gel Ben­ja­min quitte ses par­te­naires, las­sé de voir ses com­po­si­tions re­je­tées. Par l’en­tre­mise de Mor­gan Fi­sher, c’est l’ex-Me­di­cine Head John Fidd­ler qui est ra­meu­té pour le sup­pléer. Mott se reforme, mais sous le pa­tro­nyme Bri­tish Lions. Ces der­niers pu­blie­ront deux disques moyens, asep­ti­sés, puis tour­ne­ront avec AC/DC et Sta­tus Quo. Après une nouvelle sé­pa­ra­tion, dé­fi­ni­tive cette fois, le mous­ta­chu Mor­gan Fi­sher res­te­ra dans le mi­lieu mu­si­cal et ten­te­ra de se lan­cer en so­lo. Dale Grif­fin de­vien­dra pro­duc­teur pour la BBC. Ove­rend Watts, quant à lui, se re­ti­re­ra à la cam­pagne pour se lan­cer dans le com­merce au dé­tail. tan­dis que, dans un style si­mi­laire, “It Takes One To Know One” lorgne plu­tôt du cô­té de T Rex. Les bal­lades “I’ll Tell You So­me­thing” et “Here We Are”, rap­pellent Da­vid Bo­wie. “Love Now” ou la zep­pe­li­nienne “The Great White Wail” sont, quant à elles, ba­sées sur des riffs cos­tauds, ra­geurs, tout en of­frant des re­frains pop mé­mo­ri­sables et de dé­lec­tables so­li si­gnés du tueur Ray Ma­jor, sorte de Dick Wa­gner an­glais. En no­vembre 1974, pour Mott The Hoople, la si­tua­tion est grave : Ove­rend Watts, Dale Grif­fin et Mor­gan Fi­sher res­tent les bras bal­lants, per­dus, ne sa­chant réel­le­ment que faire. Chan­ger de nom ? Pour­suivre ? Se sé­pa­rer ? Ils n’ont plus de chan­teur ni de gui­ta­riste, ni même de la­bel. Leur an­cienne mai­son, CBS, les ap­pelle pour dis­cu­ter d’un nou­veau contrat : il faut faire vite. Le sé­millant Ove­rend Watts se met donc au tra­vail avec le cla­vié­riste Blue Wea­ver et com­pose quelques mor­ceaux qui convainquent les pontes de la com­pa­gnie. Peu après, Blue Wea­ver joue la sé­cu­ri­té et s’en­fuit pour tour­ner avec les Bee Gees aux Etats-Unis. Le trio ini­tial des ex-Mott The Hoople se re­com­pose donc puis in­ves­tit les stu­dios Goo­se­ber­ry afin d’au­di­tion­ner de nou­veaux ins­tru­men­tistes. Après avoir consi­dé­ré plu­sieurs noms, comme Twentieth Fon­tu­ry Sex (!) ou The Hooples, ils optent fi­na­le­ment pour Mott afin de pré­ser­ver la lu­cra­tive ré­pu­ta­tion du groupe aux USA. En ce qui concerne le poste de six-cor­diste, le choix est ar­du : John Du Cann (Ato­mic Roos­ter), Zal Cle­min­son (The Sen­sa­tio­nal Alex Har­vey Band), Russ Bal­lard (Ar­gent) ou Nils Lof­gren fi­gurent sur la short-list, mais c’est le re­la­ti­ve­ment mé­con­nu Ray Ma­jor, sai­gnant bret­teur des hard ro­ckers de Ha­cken­sack, qui dé­croche la tim­bale. Pour te­nir le mi­cro, deux cent pos­tu­lants sont re­cen­sés — une an­nonce a été pu­bliée dans le Me­lo­dy Ma­ker — par­mi les­quels Ro­bert Pal­mer, le for­mi­dable Pe­ter French (Leaf Hound et Cac­tus), John But­ler (fu­tur Wi­dow­ma­ker), Brian Par­rish (Bad­ger) ou Ter­ry Wil­son-Sles­ser. Ce der­nier a la pré­fé­rence des glam ro­ckers mais part du jour au len­de­main re­joindre Paul Kos­soff, qui est en train de mon­ter Back Street Craw­ler. En dé­fi­ni­tive, c’est l’ex-Mott The Hoople Mick Ralphs qui ap­porte la so­lu­tion : il a re­pé­ré un ju­vé­nile hur­leur, Ni­gel Ben­ja­min, dont les ai­gus sur­puis­sants semblent tout à fait ap­pro­priés. Dix jours plus tard, Mott ins­talle le stu­dio mo­bile de Ron­nie Lane dans un ma­noir go­thique — et ap­pa­rem­ment han­té — du Glou­ces­ter­shire (où Black Sab­bath a dé­jà sé­vi) pour en­re­gis­trer son pre­mier al­bum, “Drive On”, qui est en­suite mixé par Geoff Eme­rick. Il s’agit d’un ex­cellent long for­mat, très ho­mo­gène. Il dé­marre par l’en­traî­nante “By To­night”, qui ré­sume bien le style de ce nou­veau Mott : voix entre Rod Ste­wart et Ro­bert Plant, riff à re­tar­de­ment fa­çon “All Right Now” et “Start Me Up”, so­lo de gui­tare slide fré­tillant, ryth­mique so­lide ren­for­cée par un pia­no dé­ten­du. Le boo­gie sur­vol­té “She Does It”, très Faces, en­fonce le clou

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.