Coït Love

Rock & Folk - - Le film du mois -

De­puis son moyen mé­trage “Carne” en 1991,

Gas­par Noé a été ta­toué à vie tru­blion­num­be­ro­ne­du­ci­né­ma­fran­çais. Jon­glant de ma­nière fron­deuse sur les faits di­vers so­cié­taux (ra­cisme, dé­pres­sion et pa­trie dans “Seul Contre Tous”), n’hé­si­tant pas à fil­mer le viol le plus cru de toute l’his­toire du ci­né­ma (ce­lui de Mo­ni­ca Bel­lu­ci dans “Ir­ré­ver­sible”), of­frant une vi­sion psy­cho­tro­ni­co-poétique sur le­sef­fets­de­la­mor­tet­ses­pe­tits­tra­cas (l’hyp­no­ti­sant “En­ter The Void”), l’Ar­gen­tin zin­zin se­coue sans cesse le co­co­tier d’un ci­né­ma gau­lois ré­con­for­té par sa ch’ti-isa­tion am­biante. Pour­tant, au-de­là de ses films pro­vos dont cer­taines sé­quences ren­voient aus­si au ci­né­ma d’ex­ploi­ta­tion agres­sif des se­ven­ties (au­to­dé­fense dans “Seul Contre Tous”, ra­pean­dre­venge dans “Ir­ré­ver­sible”... on est presque sur les terres de Charles Bron­son !), Gas­par Noé a éga­le­ment une sen­si­bi­li­té exa­cer­bée. Ce que ne com­prennent pas ses dé­trac­teurs qui le syn­thé­tisent fa­ci­le­ment comme un simple bad­boy­pro­vo. Mais avec “Love”, vieux projet qu’il traîne de­puis (à peu près) ses pre­mières érec­tions, Noé montre sa vraie face ro­man­tique. Sauf que — sou­ci de plus pour les ca­thos in­té­gristes, les mères La Pu­deur et les en­fants d’Abra­ham — les scènes de sexe ne jouent pas le hors champ. En un mot, la ca­mé­ra ne re­monte pas vers le pla­fond dés que la baise point ! En scru­tant le pas­sé d’un homme avec femme et en­fant, “Love” in­vite à suivre sa plus grande his­toire de cul et de sen­ti­ments. Une su­perbe tranche de vie sexo­mé­lan­co­lique de 2 h 15 où cris du coeur et poils pu­biens se confondent dans les bri­sures du temps. Comme si Noé, plan­qué dans les hautes stra­to­sphères de l’amour, zoo­mait au ha­sard sur une love sto­ry de plus dé­jà vé­cue par des mil­lions d’êtres hu­mains. Entre Mur­phy, étu­diant amé­ri­cain à Paris, et Elec­tra, femme au tem­pé­ra­ment de feu, l’his­toire d’amour se­ra donc courte mais in­tense. Avec, au pro­gramme et dans le désordre : drague, coït en duo, ten­sion, coït à trois, en­gueu­lade, coït en par­touze, ré­con­ci­lia­tion et coït foi­ré avec un trans­sexuel. Entre autres. Gas­par Noé trans­cende ces saillies sur fond de vagues à l’âme grâce à ses ac­teurs, des in­con­nus qui, connais­sant peu la ca­mé­ra, ajoutent beau­coup de vé­ri­té et de pu­re­té au film. Et, sur­tout, par l’uti­li­sa­tion d’une 3D to­ta­le­ment im­mer­sive. Dans les images, certes, mais aus­si dans les sen­ti­ments. Dé­cou­vrir un love trip aus­si in­ti­miste fil­mé avec ce pro­cé­dé tech­nique donne alors de drôles de sen­sa­tions. A la fois ban­dantes et émou­vantes. D’au­tant que le film, con­trai­re­ment aux block­bus­ters du mo­ment ( “Mad Max” et “Ju­ras­sic World”), n’a pas été 3D-isé en post­pro­duc­tion mais di­rec­te­ment fil­mé se­lon ce pro­cé­dé. Comme le pré­cise jus­te­ment le réa­li­sa­teur : “J’ai­pen­sé­que­le­re­lie­fa­jou­te­rai­tà l’iden­ti­fi­ca­tion­dus­pec­ta­teu­re­tà­so­né­tat­nos­tal­gique.” Et ça marche grave ! Bien mieux d’ailleurs que “Le Pen­sion­nat Des Pe­tites Sa­lopes”, seul por­no fran­çais tour­né en re­lief il y a 33 ans. En pré­ci­sant au pas­sage que “Love” n’a pas du tout le look ni l’at­mo­sphère d’un por­no, même s’il contient des sé­quences sexuel­le­ment ex­pli­cites. Car en plus de zi­zis au garde-à-vous et de va­gins trem­blo­tants, le film est aus­si (autre pré­ci­sion de Noé) “un­tun­nel­de­bon­heurs,d’ex­tases,d’ac­ci­dents etd’er­reurs”. Tout ce qui fait la vie, quoi ! Qui plus est, “Love” est vi­suel­le­ment ma­gni­fique. La photo de Be­noît De­bie, chef-op’ fé­tiche de Noé, sla­lome entre clair-obs­cur et lu­mière cé­leste, his­toire d’ajou­ter une épais­seur im­pal­pable aux émois du couple. Sans comp­ter la mu­sique, qua­si constante, mê­lant clas­sique, rock et BO se­ven­ties. Dont, bon­heur su­prême, le thème my­thique du “As­saut” de Car­pen­ter pla­qué dans la sé­quence dans de la boîte à par­touze. Gas­par Noé est donc un des plus grands réa­li­sa­teurs du ci­né­ma contemporain. Et si cer­tains n’en sont pas en­core convain­cus, le temps fe­ra l’af­faire (en­sal­lesle15­juillet).

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