The Who

Rock & Folk - - DVD musique - 110 R&F AOUT 2015

“LIVE AT THE SHEA STA­DIUM 1982”

Eagle n’avaient plus la même per­ti­nence. Town­shend voyait le pu­blic du groupe vieillir et sa­vait que les jeunes étaient dé­sor­mais da­van­tage ex­ci­tés par la nou­velle garde (au ha­sard le Clash, qui al­lait ou­vrir cette tour­née 1982). De plus, in­cons­ciem­ment peut-être, il conser­vait dans un coin de son stu­dio et de sa tête cer­taines de ses meilleures com­po­si­tions, des­ti­nées à une car­rière so­lo qu’il au­ra es­sen­tiel­le­ment fan­tas­mée. Pas beau­coup plus bavard qu’un bu­vard, le bas­siste John Ent­wistle fit tout de même com­prendre que lui quit­te­rait dé­fi­ni­ti­ve­ment les Who si Dal­trey par­ve­nait à convaincre Town­shend de mettre le groupe en som­meil, mais ne je­ta au­cune huile sur un feu qui ne de­man­dait plus qu’à de­ve­nir cendres. Pour au­tant, comme en at­testent ces images (mal­heu­reu­se­ment en 4/3) et le son de ce concert re­mas­te­ri­sé (par l’in­dé­fec­tible Jon Ast­ley à Close To The Edge), les Who, avec Tim Gor­man aux cla­viers, étaient loin d’être à la rue sur le plan mu­si­cal. Tou­te­fois, leurs clas­siques (et les re­prises de “I Saw Her Stan­ding There” et “Twist And Shout”) ré­sonnent mieux ici que cer­taines nou­velles com­pos de l’époque que le temps a par­tiel­le­ment ef­fa­cées. Pour l’anec­dote, on men­tionne que pour faire face à la de­mande de billets, c’est à ces concerts des Who au Shea Sta­dium — le stade de ba­se­ball du Queens (New York) à l’ori­gine, qui al­lait être dé­mo­li en 2008 pour lais­ser la place à un par­king — que des sièges ont été dis­po­sés pour la pre­mière fois sur la pe­louse. Et puis, ayant sui­vi les conseils avi­sés de Mick Jag­ger, su­per­vi­seur de tous les dé­tails tech­niques (et des dé­penses oc­ca­sion­nées...) lorsque les Stones montent au cré­neau, les Who avaient don­né leur ac­cord pour qu’on dis­pose un écran géant de chaque cô­té de la scène, afin que per­sonne ne perde une miette de cette pré­su­mée tour­née d’adieux. Tou­jours en ac­ti­vi­té en 2015, la for­ma­tion (un duo amé­lio­ré) ne se pro­duit plus au même rythme, les Who sé­lec­tion­nant avec cir­cons­pec­tion, de­puis 1985 (l’an­née du Live Aid), le cadre et la nature de leurs ap­pa­ri­tions. Les (re)voir sur scène reste un kif quoi qu’en pensent les grin­cheux. Peu avant cette tour­née, Ro­ger Dal­trey s’était fait cou­per les che­veux et est donc ap­pa­ru au pu­blic du Shea Sta­dium sans ses cé­lèbres boucles tom­miesques. On se sou­vient qu’avant un des shows de ce pé­riple, en voyant Mick Jag­ger se poin­ter backs­tage avec sa fille Jade et leur as­sis­tante Jane Rose, John Ent­wistle, tou­jours un peu (au moins en ap­pa­rence) dans la lune, a cru que son chauf­feur l’avait dé­po­sé au mau­vais en­droit, et qu’il était en fait à un concert des Stones. “It’s Hard” est le der­nier al­bum stu­dio des Who sur le­quel on peut l’en­tendre. En mars der­nier, à pro­pos de Da­vid Bo­wie, on in­sis­tait sur la dif­fi­cul­té de nar­rer avec exac­ti­tude les faits et gestes, sur le plan in­ten­tion­nel, de nos amis les rock stars. Ce qui est ar­ri­vé aux Who en 1982 est au­jourd’hui di­ver­se­ment com­men­té par leurs contem­po­rains et tous ceux qui se targuent d’en connaître un rayon. Pour ajou­ter à la confu­sion, Pete Town­shend, dans sa par ailleurs très bonne au­to­bio­gra­phie “Who Am I” de 2012, fait car­ré­ment abs­trac­tion de faits pour­tant vé­ri­fiables et vé­ri­fiés dont, il y a trente-trois ans, il dis­cu­ta néan­moins en long, en large et en tra­vers. A en croire le pas­sage de son bou­quin sur cette pé­riode tu­mul­tueuse, c’est lui qui au­rait pris la dé­ci­sion de quit­ter les trois autres (et donc de mettre fin aux Who en tant que groupe de scène — il n’en­vi­sa­geait plus que d’en­re­gis­trer en stu­dio avec eux) pour se consa­crer à sa car­rière so­lo et mettre un peu d’ordre dans sa vie pri­vée, alors par­ti­cu­liè­re­ment bor­dé­lique, sac­ca­gée par des ad­dic­tions qui l’éloi­gnaient de son foyer et de ses en­fants (même lorsque le groupe n’était pas sur la route). En vé­ri­té, cette tour­née de 1982, pas­sée par le Shea Sta­dium en oc­tobre, de­vait ef­fec­ti­ve­ment être la der­nière. Mais le pour­quoi du com­ment est plus com­plexe et, quelque part, bien plus beau. Comme le sou­li­gnait le jour­na­liste amé­ri­cain Kurt Lo­der qui avait pas­sé du temps avec les Who à cette époque, c’est bien Ro­ger Dal­trey qui est à l’ori­gine de cette pre­mière mise en som­meil. En ef­fet, le chan­teur de la for­ma­tion, voyant son fournisseur de ma­té­riau à in­ter­pré­ter dé­pé­rir à la vi­tesse de la lu­mière en ce dé­but de dé­cen­nie, en était ar­ri­vé à l’as­sez bonne conclu­sion que c’était le fait d’être beau­coup sur la route et de s’en­nuyer ferme entre les concerts qui pous­sait Town­shend à boire plus que de rai­son et à snif­fer la co­caïne à même le sa­la­dier. Donc, pour ne pas le voir clam­ser comme Keith Moon en 1978, Dal­trey in­sis­ta pour que la tour­née consé­cu­tive à la pa­ru­tion de “It’s Hard” soit l’ul­time. Town­shend, ému par la sol­li­ci­tude du chan­teur à son égard, ap­pré­cia le geste. D’autres faits pré­ci­pi­tèrent cette dé­ci­sion. D’abord, Dal­trey ne sup­por­tait plus le jeu de bat­te­rie de Ken­ney Jones, ho­no­rable rem­pla­çant de Moon, mal­heu­reu­se­ment... ir­rem­pla­çable. A la grande époque, Dal­trey ré­pon­dait sur scène, de tout son corps, aux beats et ruades du bat­teur qui rou­lait des yeux et des toms en même temps. La ri­gueur de Jones, exé­cu­tant ef­fi­cace, mais sans pa­nache, ne lui per­met­tait pas de s’ex­pri­mer au­tant. Et puis, c’est comme ça, les chan­sons des Who des al­bums “It’s Hard” et “Faces Dance” (pa­ru en 1981), même si ces disques ont été ré­ha­bi­li­tés avec le temps,

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