Chez les mods

Rock & Folk - - Rééditions -

à l’écoute de ces pre­miers groupes si­gnés sur le la­bel, c’est un peu le bor­del. Il y a d’un cô­té, la frac­tion ligne claire avec orgue va­gue­ment psy­ché et gui­tares Vel­vet ou fran­che­ment néo-six­ties (Lau­ghing Apple, Biff Bang Pow!, The Loft, Jas­mine Minks, Re­vol­ving Paint Dream, Bo­dines, Pri­mal Scream, Wea­ther Pro­phets), mais de l’autre, du post-punk ex­pé­ri­men­tal et pé­nible (The Mem­branes, ou The Le­gend du fu­tur jour­na­liste hi­la­rant Eve­rett True), du psy­cho­billy bas du front (The X-Men), des co­pies la­men­tables et éhon­tées de Bir­th­day Party (Five Go Down To The Sea ?), du rock à l’amé­ri­caine (The Moo­dists), des co­pies des Je­sus & Ma­ry Chain (Meat Whi­plash) et de la pop pro­di­guée par des groupes exis­tant avant Crea­tion (Pas­tels, TV Per­so­na­li­ties). Et puis, bien sûr, il y a les Je­sus & Ma­ry Chain, qui changent tout à ja­mais en dé­bar­quant avec un single par­fait (“Up­side Down”) et une face B ra­cée (“Ve­ge­table Man” de Syd Bar­rett, un titre du Floyd ja­mais sor­ti of­fi­ciel­le­ment). Mais les Ma­ry Chain n’ont fait par­tie de Crea­tion que le temps de ce single. Leur suc­cès fut tel­le­ment énorme qu’ils durent si­gner sur un la­bel de War­ner tout en gar­dant Mc­Gee comme ma­na­ger qui, lui-même, connut quelques dif­fi­cul­tés à s’oc­cu­per de son la­bel en même temps que de ces deux frères ta­ci­turnes. Ce qui laisse peu de chose, en réa­li­té : Pri­mal Scream était alors très mau­vais (et ce­la al­lait du­rer un cer­tain temps), la pop va­gue­ment new-yor­kaise de The Loft et des Wea­ther Pro­phets sonne comme une ca­ri­ca­ture de rock in­dé an­glais de l’époque, idem pour les Jas­mine Minks et Biff Bang Pow!, les Pas­tels étaient char­mants mais ja­mais gé­niaux, le reste (Moo­dists, Meat Whi­plash, etc) est dis­pen­sable. Les Ma­ry Chain de­vaient tout pé­ter : bien­tôt, une ar­mée de clones sou­vent mé­diocres don­ne­rait la noi­sy­pop ou la scène C86, puis le ter­rible shoe­ga­zing. L’his­toire de Crea­tion dé­col­le­rait alors vrai­ment, avec l’ar­ri­vée de Teenage Fan­club et My Bloo­dy Va­len­tine, puis la mé­ta­mor­phose de Pri­mal Scream, et fi­na­le­ment Oa­sis, dont le suc­cès tel­le­ment spec­ta­cu­laire fe­ra tout sim­ple­ment im­plo­ser le la­bel de Mc­Gee. Le cof­fret de ces pre­mières an­nées net­te­ment plus mo­destes est en re­vanche un rêve pour les fa­na­tiques du la­bel : en plus du li­vret très dé­taillé, deux CD réunissent les singles, trois autres se pen­chant sur les ra­re­tés (titres live au Li­ving Room, dé­mos, dont une fas­ci­nante, acous­tique, de “Just Like Ho­ney” des Ma­ry Chain, et Peel Ses­sions). ca­pi­ta­li­ser, pour ré­su­mer le bou­zin, sur le suc­cès de “Cha­cun Fait Ce Qui Lui Plaît” de Cha­grin d’Amour. Le funk et le rap ar­ri­vaient, en ver­sion jean neige taille haute, épau­lettes et gel ca­pil­laire. Cha­grin d’Amour avait du ta­lent, ces co­miques en avaient tel­le­ment peu que chaque titre est comme un gag ul­time. Gé­rard Vincent, Guy Ac­cor­do, Da­niel Tri­co... C’est comme si Su­ga­rhill Gang, Kur­tis Blow et Fab Five Fred­die avaient été mal di­gé­rés par une bande d’at­tar­dés men­taux. Pa­roles gran­dioses, gui­tares co­cotte, basses slap­pées, DX7, c’est à mouiller son ca­le­çon Fruit Of The Loom. Ex­cep­tion­nel ! Fa­bu­leux, et sur­tout, idéal pour les fêtes de Noël (peut conve­nir aux très jeunes comme à ceux en fin de vie). Les titres en soi sont ex­tra­or­di­naires : “Scratch Au Stan­dard”, “T’As Qu’A Fer­mer Ta Gueule”, “La Dé­gaine”, “Play Boy En Dé­tresse”, “Miam Miam Goo­dy Goo­dy” ou cette mer­veille : “Ecoute Le Son Du So­leil”.

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