Em­pire

Rock & Folk - - Série Du Mois -

En at­ten­dant fé­bri­le­ment la sé­rie rock de Mar­tin Scor­sese

“Vi­nyl” (avec le fils de Mick Jag­ger !) dif­fu­sée en jan­vier pro­chain sur OCS, on pa­tien­te­ra, en guise d’apé­ro soft avec les 12 épi­sodes dra­ma­ti­co-mu­si­caux d’ “Em­pire”. Soit le par­cours de Lu­cious Lyon, ex-gloire nar­cis­sique du hip hop qui, sur vingt ans de tra­vail achar­né et de pro­bables pots de vin, a mon­té son la­bel à suc­cès, Em­pire Re­cords. Pro­blème : at­teint d’une ma­la­die in­cu­rable, il pense lé­guer l’af­faire à un de ses trois fils ? Soit Ja­mel, soit Ha­keem, soit An­dré. Les deux pre­miers prêts à prendre la re­lève du père en es­sayant de de­ve­nir des gloires du hip hop, le troi­sième, homme d’af­faires ob­nu­bi­lé de pou­voir et de thune à dé­faut de mu­sique. Avec en bo­nus com­pli­qué, le re­tour de la mama qui, après 17 ans de taule pour tra­fic de drogue, se pointe dans l’en­tre­prise fa­mi­liale his­toire de ré­cla­mer son dû et foutre le boxon... Voi­là pour l’in­trigue de base. Le ton d’ “Em­pire”, a prio­ri tei­gneux, se rap­proche de “Dal­las” (conflits fa­mi­liaux, rè­gle­ments de compte, cy­nisme am­biant, cou­che­ries di­verses) que de Scor­sese. Voire, ni­veau mis en scène (dé­cou­page et el­lipse), du pur soap opé­ra post-“Amour, Gloire Et Beau­té”. D’où un dé­ca­lage éton­nant, à mille lieues des meilleures sé­ries d’au­jourd’hui à l’es­thé­tisme for­ce­né et à la psy­cho­lo­gique com­plexe de ses per­son­nages (de “Far­go” à ”Penny Dread­ful”). A la pro­duc­tion et à la réa­li­sa­tion, Lee Da­niels, ci­néaste re­ven­di­qué fil­ma­ker­gay, pote de Ma­riah Ca­rey (qu’il fait ap­pa­raître dans “Pre­cious”, pe­tit film in­dé­pen­dant qui le ré­vé­la) et di­rec­teur de cas­ting sur les films de Prince es­tam­pillés eigh­ties (“Un­der The Cher­ry Moon”, “Purple Rain”). Au­tant dire que Lee Da­niels connaît la mu­sique ! Mais sur­tout, il semble ma­nier le kitch avec une au­to­sa­tis­fac­tion plus as­su­mée qu’amu­sée dans “Em­pire” dont le car­ton ab­so­lu de la pre­mière sai­son aux Etats-Unis (13 mil­lions de spec­ta­teurs par épi­sode en moyenne) a sur­pris tout le monde. Y com­pris Fox, la chaîne com­man­di­taire. Si cette sa­ga dans les cour­sives du show-bu­si­ness a au­tant fonc­tion­né, c’est aus­si parce que Lee Da­niels ose (toutes pro­por­tions gar­dées) des scènes hors normes dans une sé­rie qua­si fa­mi­liale : voir la sé­quence où Lu­cious Lyon ba­lance un de ses fils dans une pou­belle en le soup­çon­nant d’avoir une re­la­tion avec un homme. Une forme de ré­ac­tion pro­vo et éner­vée du met­teur en scène gay qui a dé­cla­ré dans une in­ter­view ac­cor­dée au ma­ga­zine Pre­mière : “C’est­dé­jà­dif­fi­ci­led’être­noir­dans­ce­pays—des­flics­blancs­vous­tirent des­sus­sans­som­ma­tion—alor­sê­tre­noir et pé­dé...” Mais au-de­là de son cô­té va­gue­ment contes­ta­taire et pro­vo qui peut rap­pe­ler en sour­dine le ton de cer­tains Blax­ploi­ta­tion des an­nées 70 (“Shaft” et com­pa­gnie), “Em­pire” — joué qua­si in­té­gra­le­ment par des Afro-Amé­ri­cains — est aus­si une sé­rie mu­si­cale an­crée dans l’air du temps. Ain­si, le per­son­nage de Lu­cious Lyon joué par Te­rence Ho­ward (roi du rap free style dans “Hustle & Flow”) est — tou­jours

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