An­ti-toiles de tous poils

Rock & Folk - - Bande Dessinée -

Qu’est-ce qui fait qu’une ex­pé­rience est plus mar­quante qu’une autre ? En France, chez les per­sonnes d’un cer­tain âge, il s’agit du ser­vice mi­li­taire ; pour le des­si­na­teur Derf Ba­ck­derf, il s’agit plu­tôt de l’an­née qu’il a pas­sée à vi­der des pou­belles dans les alen­tours de Cle­ve­land. Fort de cette ex­pé­rience qui ne court pas vrai­ment les rues, il nous la fait par­ta­ger dans

(Çà & Là) dans une ver­sion beau­coup moins per­son­nelle qu’une pré­cé­dente mou­ture. A tra­vers le per­son­nage de JB, jeune dé­mo­ti­vé qui vient d’ar­rê­ter ses études, Derf Ba­ck­derf dé­crit par le dé­tail et un pa­quet de gags la réa­li­té peu ra­goû­tante des éboueurs tout en élar­gis­sant l’his­toire aux dé­rives de la sur­con­som­ma­tion (à croire que les gens jettent plus de nour­ri­ture qu’ils n’en avalent...) et au vé­ri­table scan­dale qu’est le re­cy­clage qui sert sur­tout à faire croire aux gens que les pou­voirs pu­blics et les in­dus­triels se sou­cient de l’en­vi­ron­ne­ment. Plus qu’une simple BD poi­lante, la lec­ture de “Tra­shed” ap­pren­dra peut-être le ca­ni­veau à cer­tains. Les adap­ta­tions de ro­mans consa­crés à ce qu’au­rait pu faire ou ne pas faire une rock star morte étant à la mode, c’est au tour de Cor­bey­ran et Horne avec leur (chez Ma­ra­bout) de pas­ser au gau­frier le ro­man dé­dié au plus com­plexe des ex-Beatles écrit par Da­vid Foen­ki­nos pa­ru chez Plon en 2010. Pour si­tuer la chose, la ligne édi­to­riale était de sor­tir une sé­rie met­tant en scène une cé­lé­bri­té fai­sant des confi­dences hy­po­thé­tiques à un psy­cha­na­lyste, le tout mis en forme par un écri­vain, etc. Bon, à par­tir de là, cer­tains pas­sages ne de­vront pas être pris pour ar­gent comp­tant mais comme la vo­lon­té de l’au­teur à ima­gi­ner des choses. Le ré­sul­tat des­si­né est ap­pré­ciable, même si les cases réa­li­sées d’après pho­tos sont moins pé­tantes que celles di­rec­te­ment is­sues de l’ima­gi­na­tion de Horne. En 2013, Ar­thème Fayard pu­blie “Le Ro­man De Bod­dah” écrit par Hé­loïse Guay de Bel­lis­sen. Il s’agit d’un ou­vrage so­li­de­ment do­cu­men­té sur les trois der­nières an­nées de Kurt Co­bain pré­sen­tées sous la forme d’un dia­logue fic­tif entre le lea­der de Nir­va­na et Bod­dah, son ami ima­gi­naire. Au­tant le dire tout de suite, dans le genre mixage réa­li­té et oni­risme, le cock­tail lit­té­raire est plu­tôt réus­si. Ici, nous avons af­faire à l’adap­ta­tion BD

(Glé­nat) réa­li­sé par Oli­vier Ote­ro et, à l’ex­cep­tion du sous-titre un brin pu­tas­sier en lettres de sang, la trans­po­si­tion en pe­tites cases est plu­tôt réus­sie. Des­si­née dans un style réa­liste brut de fonte et en­tiè­re­ment en noir et blanc, cette BD n’est pas à mettre entre toutes les mains car elle montre ce qu’est la vie d’un jun­kie dans toute son ab­sence de splen­deur. Des­si­na­teur aus­si pro­dige que pro­digue, Zep est éga­le­ment, et il fau­dra s’y faire, un blo­gueur ta­len­tueux ca­pable de réunir des foules d’in­ter­nautes dans un éven­tail d’âges en­core plus large que ce­lui du jour­nal Tin­tin, de­vant des des­sins cro­quant al­lé­gre­ment l’air du temps. Ce­pen­dant, et l’au­teur le sait très bien, tous ses fans ne pos­sèdent pas un or­di­na­teur, une connexion in­ter­net ou, tout sim­ple­ment, consi­dèrent que le des­sin doit être obli­ga­toi­re­ment sur pa­pier. C’est donc avec sa­tis­fac­tion que les an­ti-toiles de tous poils ac­cueille­ront la sor­tie de

(Del­court), vaste et re­com­man­dable flo­ri­lège de planches. Même si la mu­sique n’est qu’un des thèmes abor­dés par l’au­teur, les quelques pages conte­nues dans l’en­gin de­vraient gran­de­ment ai­der le lec­teur ayant du mal à choi­sir entre Fran­cis Ca­brel et les Sex Pis­tols.

Il est des gestes simples, comme en­voyer un cour­riel, qui dé­bouchent sur une aven­ture in­croyable qui se de­vait de ter­mi­ner en BD. C’est exac­te­ment ce qui est ar­ri­vé au des­si­na­teur Al­fred et au scé­na­riste Da­vid Chau­vel, un jour de sep­tembre 2012, quand ils ont écrit au ma­na­ge­ment d’Etienne Da­ho pour ex­pri­mer leur sou­hait de réa­li­ser quelque chose d’aty­pique sur l’ar­tiste. Les deux étaient loin de s’at­tendre à se re­trou­ver pro­pul­sés pen­dant deux ans dans

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