STEVE MACKAY

1949-2015 La liste des Stooges dis­pa­rus s’al­longe tris­te­ment avec le dé­cès à 66 ans de leur saxo­pho­niste élec­tron libre.

Rock & Folk - - Nécrologie - PAR VINCENT HA­NON

Et voi­ci qu’à son tour se tait le saxo­phone té­nor des Stooges. Mort dans le fu­tur comme les autres, avec les­quels il ne res­ta d’abord que six mois, avant le re­tour trente-trois ans plus tard. Der­rière le nom mys­té­rieux sur la face B du meilleur al­bum de rock and roll de tous les temps, Steve Mackay in­car­na un mu­si­cien ori­gi­nal d’avant-garde pen­dant un de­mi-siècle.

Ma­ceo sous acide

Plus grand monde au ma­noir de­puis que le sax de “Fun House ” est par­ti re­joindre les Psy­che­de­lic Stooges : Dave Alexan­der, le bas­siste en 1975, Ron Ashe­ton en 2009, avant son frère Scott cinq ans plus tard. Ste­ven Mackay est dé­cé­dé le dix oc­tobre, d’un sep­sis et d’un can­cer du pou­mon, le plus âgé de la bande à 66 ans. Triste que ce mu­si­cien sous-es­ti­mé ait dû faire ap­pel à Go­FundMe, compte sur in­ter­net pour payer ses fac­tures mé­di­cales. “Steve était un Amé­ri­cain ty­pique des an­nées 60, plein de gé­né­ro­si­té et d’amour pour tous ceux qu’il ren­con­trait”, té­moi­gna Ig­gy Pop dans un com­mu­ni­qué. Seul sur “The Idiot”, l’Iguane se de­man­dait dès 1977 ce que fai­saient les Dum Dum Boys, mais at­ten­dra un bail pour réunir son groupe de De­troit pour le ba­roud d’hon­neur. “A chaque fois qu’il por­tait son saxo à ses lèvres et jouait, il illu­mi­nait ma route et éclair­cis­sait le monde en­tier. Il était une force pour son groupe et sa gé­né­ra­tion. Le connaître, c’était l’ai­mer.” Chaînon man­quant entre Bob­by Keys et John Zorn, Steve Mackay est le pre­mier saxo­pho­niste à ma­rier l’es­prit du rock’n’roll avec l’im­pro­vi­sa­tion du free-jazz, et pou­vait jouer n’im­porte quel ins­tru­ment à vent : cla­ri­nette, sax so­pra­no, flûtes amé­rin­diennes... Né le 25 sep­tembre 1949 à Grand Ra­pids dans le Mi­chi­gan, Steve Mackay ap­prend à jouer du saxo à 9 ans. Sa mère, pia­niste, lui fait dé­cou­vrir les disques de Stan Getz et Char­lie Parker, et il a ta­toué sur son épaule l’un de ses des­sins avec la phrase :

“Le Jazz Cool”. C’est grâce aux saints amé­ri­cains, John Col­trane, Dex­ter Gor­don, Or­nette Co­le­man, Al­bert Ay­ler, Ar­chie Shepp, Pha­roah San­ders ou Sun Ra, qu’il voit la lu­mière. L’homme joue à Ann Ar­bor et c’est en for­ma­tion saxo­phone/ bat­te­rie avec Car­nal Kit­chen qu’Ig­gy le re­père, après le pre­mier al­bum des Stooges. Concen­tré sur chaque note, Mackay part en voyage dans un freak blues ve­nu d’ailleurs si­tôt qu’il mouille le bec du saxo. L’Iguane lui ex­plique : “Je vou­drais que tu joues comme Ma­ceo Parker

sous acide.” Deux jours après, le groupe l’em­barque pour en­re­gis­trer “Fun House” à Los An­geles. Plus que le sax, Steve Mackay in­suffle le sexe et per­cute la gui­tare de Ron Ashe­ton sur “1970”, in­jecte un sens de déso­rien­ta­tion et d’apeu­re­ment, avec des gro­gne­ments sur “LA Blues”. “Blow Steve, blow !” hurle Ig­gy.

Le même saxo­phone

Mais la sax jam des Stooges a le son d’un groupe qui se dé­lite, mi­né par l’hé­roïne, et Mackay se trouve pous­sé vers la sor­tie. Il re­joint alors le Mo­jo Boo­gie Band, Com­man­der Co­dy And His Lost Pla­net Air­men, joue avec le Re­sident Sna­ke­fin­ger, dé­mé­nage à San Fran­cis­co au mi­lieu des an­nées 70, où il tra­vaille dans les égouts, avant de par­tir vivre à Am­ster­dam. A par­tir de 1983, Steve Mackay joue ré­gu­liè­re­ment avec The Violent Femmes, et rat­trape le temps per­du. Ré­cem­ment, son saxo­phone ru­gis­sait sur l’al­bum de James William­son “Re-Li­cked”, “Spi­te­ful” de Son­ny Vincent & Spite, mais l’homme avait éga­le­ment en­re­gis­tré avec Andre Williams, John Sin­clair ou Jar­vis Co­cker, jouant aus­si bien en Croa­tie qu’en Chine, dans The Ra­don En­semble, Blues Pros­ti­tutes ou Es­tel avec Mike Watt. Au mo­ment de re­joindre The Stooges au fes­ti­val de Coa­chel­la en 2003, Mackay n’avait pas joué pro­fes­sion­nel­le­ment pen­dant trente ans et ve­nait de quit­ter son job d’élec­tri­cien, mais re­fu­sa de ré­pé­ter et uti­li­sa le même saxo­phone que ce­lui de 1970. Rien n’avait chan­gé lorsque cette âme humble don­na un set de­vant trente per­sonnes à Pa­ris en 2006, ou pour le der­nier concert avant la fer­me­ture d’un squat de Mé­nil­mon­tant. En se mar­rant, le saxo­pho­niste free-rock di­sait sur­tout avoir ai­mé l’ex­pé­rience de sa­luer Ma­don­na lors de l’in­tro­ni­sa­tion de The Stooges au Rock and Roll Hall of Fame. Steve Mackay sou­hai­tait se consa­crer à l’écri­ture de son au­to­bio­gra­phie, “Por­tait Of Do­rian Sax”, mais le temps l’a cette fois rat­tra­pé.

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