QUEEN

Guet­té comme le loup blanc par les fans, le concert du Ham­mers­mith Odeon pa­raît en­fin sous forme of­fi­cielle.

Rock & Folk - - Tête D’affiche - STAN CUES­TA

C’est un évé­ne­ment pour les fans de Queen et peut-être en­fin, pour les autres, une oc­ca­sion de ré­éva­luer ce groupe mau­dit par la cri­tique : la sor­tie, le 20 no­vembre, du DVD “A Night At The Odeon”, cap­ta­tion par la BBC du fa­meux concert du 24 dé­cembre 1975 au Ham­mers­mith Odeon de Londres, point culmi­nant de la tour­née an­glaise A Night At The Ope­ra. Ce show de Noël, dif­fu­sé si­mul­ta­né­ment à la ra­dio et à la té­lé­vi­sion, fait de­puis 40 ans l’ob­jet de nom­breuses édi­tions pi­rates. C’est un peu le saint Graal du groupe, un tré­sor ou­blié que les afi­cio­na­dos se re­passent sous le man­teau. En vi­sion­nant ce DVD, on com­prend pour­quoi. S’il existe bon nombre de films de Queen en concert, ils ont presque tous été réa­li­sés dans les an­nées 1980, alors que le groupe avait bien chan­gé, au­tant au ni­veau du son (avec sa ky­rielle de hits pro­to-dis­co et de bluettes syn­thé­tiques) que du look (Fred­die Mer­cu­ry ar­bo­rant mous­tache et che­veux courts, sans par­ler de fringues, euh... d’époque). Ici, on dé­couvre Queen tel qu’il était à l’ori­gine, un groupe flam­boyant, hé­si­tant en­core entre glam rock exu­bé­rant et hard rock im­pla­cable, sorte de croi­se­ment in­édit entre Zig­gy Star­dust et Ae­ros­mith...

Ex­tra­va­gance dé­bri­dée

Dès le pre­mier titre, “Now I’m Here”, on est frap­pé par le son et la co­hé­sion du groupe qui font plus qu’évo­quer la puis­sance de frappe des Who et en­traînent la même in­cré­du­li­té : comment font-ils pour pro­duire un bou­can aus­si ma­gni­fique avec seule­ment trois ins­tru­ments ? Brian May, l’air de ne pas y tou­cher, rem­plit l’es­pace so­nore en vé­ri­table vir­tuose de la six­cordes, John Dea­con tri­cote des lignes de basse qui n’ont rien à en­vier à celles de John Ent­wistle et Ro­ger Tay­lor, grand bat­teur de rock hon­teu­se­ment sous-es­ti­mé, frappe ses fûts comme un dam­né — tout en as­su­rant des choeurs im­pec­cables. Au mo­ment où il donne ce show ex­cep­tion­nel, le groupe est au som­met de sa forme rock’n’rol­lienne et connaît sa pre­mière heure de gloire. “Bo­he­mian Rhap­so­dy”, titre hal­lu­ci­nant, im­pro­bable par sa construc­tion et sa lon­gueur, est sor­ti en single — contre l’avis de tout le bu­si­ness — le 31 oc­tobre, se clas­sant di­rec­te­ment à la pre­mière place des ventes où il res­te­ra 17 se­maines consé­cu­tives. Il se­ra cou­ron­né par l’in­dus­trie dis­co­gra­phique bri­tan­nique meilleur single de 1975, puis meilleur single pop des 25 der­nières an­nées, de­van­çant entre autres tous les 45 tours des Beatles... Dans la fou­lée, le qua­trième al­bum et chef-d’oeuvre ab­so­lu de Queen, “A Night At The Ope­ra”, est mis en vente le 3 dé­cembre et se classe lui aus­si di­rec­te­ment nu­mé­ro un. Le groupe, ro­dé par des an­nées de scène, est en pleine confiance : ça s’en­tend et ça se voit. Outre l’in­com­pa­rable charme camp de Mer­cu­ry, qui réus­sit à être à la fois drôle et ma­gné­tique (tout en chan­tant et en jouant du pia­no comme un dieu), ce qui sub­jugue le spec­ta­teur, c’est l’in­croyable mu­si­ca­li­té de la for­ma­tion. Tout est là : l’éner­gie de riffs hard hy­per ra­pides par­fai­te­ment maî­tri­sés, le sens mé­lo­dique in­ouï, la pré­ci­sion et la jus­tesse du chant et des choeurs, l’hu­mour ty­pi­que­ment bri­tish des poses et des in­ter­ven­tions de Fred­die... jus­qu’au look des mu­si­ciens, che­mises bouf­fantes et pan­ta­lons moule-burnes d’un blanc im­ma­cu­lé, tou­jours à la li­mite du ri­di­cule, mais au­jourd’hui tel­le­ment ra­fraî­chis­sants. On re­trouve là tout ce qui fait l’ori­gi­na­li­té de Queen et qui lui a va­lu tant d’op­probres de la part de la cri­tique sno­bi­narde : cette ab­sence to­tale de li­mites, aus­si bien mu­si­cales que vi­suelles, cette ex­tra­va­gance dé­bri­dée, ce je-m’en-fou­tisme sty­lis­tique jouis­sif et li­bé­ra­teur... Fuck le bon goût !

A fond les bal­lons

Ce concert est une pe­tite mer­veille, non seule­ment parce qu’on y dé­couvre pour la pre­mière fois “Bo­he­mian Rhap­so­dy” en live, di­vi­ne­ment in­ter­pré­té et sub­ti­le­ment en­chaî­né à “Killer Queen”, suc­cès pré­cé­dent et autre mor­ceau em­blé­ma­tique du groupe, mais aus­si parce qu’on y re­trouve des titres que Queen ces­se­ra bien­tôt d’in­ter­pré­ter. De “Liar” à “Ogre Bat­tle” en pas­sant par “Keep Your­self Alive” ou “White Queen”, on re­dé­couvre ain­si tout un pan de son oeuvre ou­blié par les sem­pi­ter­nels Grea­test Hits. En­fin, il y a le rap­pel au cours du­quel le groupe en­voie un med­ley de rocks clas­siques (“Jail­house Rock”, “Be Bop A Lu­la”, etc) à fond les bal­lons, pen­dant que Fred­die Mer­cu­ry, plus sexy que Mick Jag­ger, danse pieds nus et ex­hibe son ma­gni­fique pos­té­rieur mou­lé dans un short sa­ti­né pour le plus grand bon­heur de pe­tites An­glaises en pa­moi­son qui ignorent en­core tout de son fu­tur sta­tut d’icône gay... Un pur mo­ment de rock’n’roll.

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