GUI­TAR HEROES ?

Existe-t-il en­core au­jourd’hui une place pour les aris­to­crates de la six-cordes et leurs so­los au long cours ? Ré­ponse sous forme de re­vue des forces en pré­sence.

Rock & Folk - - En Vedette - PAR BER­TRAND BOUARD

“Au­jourd’hui la gui­tare est un peu re­lé­guée dans un culte. Ce n’est pas le point d’at­trac­tion prin­ci­pal de la mu­sique po­pu­laire. Le temps des gui­tar heroes est ré­vo­lu et ne re­vien­dra pro­ba­ble­ment ja­mais.”

L’homme qui pro­nonce ces pa­roles a 38 ans et se nomme Joe Bo­na­mas­sa. Son dis­cours sert sa cause : le gaillard se pro­pose jus­te­ment de re­prendre le flam­beau et a tout in­té­rêt à mi­ni­mi­ser la concur­rence. Son as­ser­tion, ce­pen­dant, se tient. Pas be­soin d’être ex­tra­lu­cide pour consta­ter que l’au­ra de la gui­tare, si étin­ce­lante en des temps pas si loin­tains, s’est quelque peu ter­nie. Pré­émi­nence des mu­siques élec­tro­niques et des DJ, ap­pa­ri­tions dans des pu­bli­ci­tés, des clips où elle n’avait rien à faire... Por­teur de sens pour quelques gé­né­ra­tions — ré­volte, chan­ge­ment, jeu­nesse — l’ins­tru­ment au­rait-il été di­gé­ré, re­cy­clé, au point d’en perdre ses ma­giques ver­tus ? Quelques-uns, pour­tant, avec plus ou moins de bon­heur, s’éver­tuent à or­ga­ni­ser la ré­sis­tance.

Evi­ter les cli­chés

C’est à la fin des six­ties qu’on peut si­tuer l’ar­ri­vée sur terre des gui­tar heroes : Hen­drix, Clap­ton avec Cream, Al­vin Lee à Wood­stock. Les se­ven­ties sont la dé­cen­nie de la grande dé­fer­lante : à l’uto­pie du groupe/ col­lec­tif se sub­sti­tue un culte de la per­son­na­li­té dont les gui­ta­ristes sortent grands ga­gnants ; le so­lo de­vient une fin en soi, l’ac­mé d’un mor­ceau dont il peut chan­ger ra­di­ca­le­ment la di­rec­tion (“Free Bird” bien sûr). John­ny Win­ter, Ro­ry Gal­la­gher ou Jim­my Page si­dèrent sur scène par un sens de la flam­boyance, de­mi-dieux mo­dernes de nuées de ga­mins. Un temps ba­layé par le punk, le gui­tar he­ro re­vient à tra­vers la brèche ou­verte par Eddie Van Ha­len : les eigh­ties sont le temps du culte de la per­for­mance, de la vi­tesse, et nos nou­veaux ve­nus dé­valent à toute ber­zingue leurs manches à grands ren­forts de tech­niques abs­conses telles que tap­ping ou swee­ping, de coups de vi­bra­tos Floyd Rose, et sé­vissent dans un me­tal sou­vent ins­tru­men­tal. Mais que reste-t-il, au­jourd’hui, des al­bums de Joe Sa­tria­ni, Steve Vai et consorts ? En ré­ac­tion à cette dé­me­sure, les gui­ta­ristes des ni­ne­ties, grunge, sto­ner, fu­sion, abaissent vo­lon­tiers leur corde de mi grave d’un ton pour son­ner lu­gubre, s’af­fichent sur scène dans des nippes ano­dines. De grands ta­lents, par­fois no­va­teurs, par­mi cette gé­né­ra­tion (Kim Thayil, Mike McRea­dy/ Stone Gos­sard, Tom Mo­rel­lo, John Frus­ciante), mais après le dé­luge, tra­ver­sée du dé­sert : le re­tour du rock au dé­but des an­nées 2000 ne se fait bien sûr pas sans gui­tares, mais le so­lo, comme chez les Strokes, est dé­sor­mais concis, sobre, par sou­ci, sans doute, d’évi­ter les cli­chés, l’hé­ri­tage d’une his­toire pe­sante. Ce vide va faire le bon­heur de cer­tains, à com­men­cer, donc, par ce­lui de Joe Bo­na­mas­sa.

Len­de­mains de grâce ?

L’his­toire de Joe Bo­na­mas­sa est d’abord celle d’une re­vanche. Au mi­tan des ni­ne­ties, le na­tif de New Hart­ford (Etat de New York), trau­ma­ti­sé par le “Cross­roads” de Cream, monte un band qui a tout pour cas­ser la ba­raque, Bloo­dline, avec les fils de Miles Da­vis, Rob­bie Krie­ger et Ber­ry Oak­ley. Un al­bum pa­raît sur une ma­jor en 1994 mais l’aven­ture tourne court et Bo­na­mas­sa se voit dé­bor­dé sur sa droite par une vague de

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