Ed­wige

Hé­roïne des an­nées new wave, la reine des punks et des an­nées Pa­lace s’est éteinte le 22 sep­tembre der­nier à Mia­mi.

Rock & Folk - - La Vie En Rock - PAR PA­TRICK EU­DE­LINE - PHO­TO LAU­RENCE SUDRE

Ce­la fai­sait des an­nées, lit­té­ra­le­ment, que ce­la ne nous était pas ar­ri­vé. Ce ven­dre­di-là, je dî­nais avec Marc Zer­ma­ti, avant qu’il ne quitte Pa­ris pour Londres. Avec le par­rain du punk et or­ga­ni­sa­teur du fa­meux fes­ti­val de Mont-de-Mar­san (oui, c’est lui. Et per­sonne d’autre, que croyiez-vous ?), nous nous sommes vite li­vrés à un drôle de pe­tit jeu. Fa­çon dix pe­tits nègres. Se comp­ter. En quelques se­maines, trois morts au­tour de nous. Trois morts en­core. Et cette ter­rible ques­tion : quel se­ra le pro­chain sur la liste ? Le bel Oc­ta­vio. Oc­ta­vio. Un ami proche. De Marc comme de moi. L’an­cien par­te­naire de John­ny Thun­ders. Une lé­gende. Da­vid Ro­chline. Dé­co­ra­teur de gé­nie et glam ro­cker. Nous nous rap­pe­lions ses adresses suc­ces­sives. Le gar­çon avait fait d’un simple ap­par­te­ment pa­ri­sien un tom­beau de Sar­da­na­pale de stuc et or, un pa­lais im­pro­bable digne de Jean Lor­rain. Et Ed­wige donc, la reine du punk, la cou­ver­ture de Fa­çade avec le bai­ser wa­rho­lien. Même si pour nous deux elle était avant tout une ga­mine en cuir, une pun­kette ta­touée de 1977. Une belle image in­con­tour­nable de cette an­née-là.

Ed­wige, morte à Mia­mi ce 22 sep­tembre. Nous avons été sur­pris, tous. Par la ré­ac­tion des mé­dias et par le buzz

sur les fa­meux ré­seaux so­ciaux. Sur Fa­ce­book comme sur Twit­ter, sa mort a se­coué. Plus que celle d’un John­ny Win­ter, di­rais-je... Alors qu’après tout, elle n’au­ra rien lais­sé. Si­non un 45 tours, ce “Dis­coRough” avec Ma­thé­ma­tiques Mo­dernes, sui­vi, il est vrai d’un trente que tout le monde semble avoir ou­blié. Vite après ce­la, elle est par­tie pour New York, voi­là des lustres dé­sor­mais. L’his­toire sem­blait pliée... Et on au­rait pu croire que presque per­sonne, si­non quelques lecteurs éga­rés d’ “Un Jeune Homme Chic” de Pa­ca­dis et autres vieux punks ou nos­tal­giques du Pa­lace, ne la connais­sait. Même si le film “Des Jeunes Gens Mö­dernes” l’avait fur­ti­ve­ment re­mise dans la lu­mière. La vie d’Ed­wige Braun-Bel­more res­semble à celle de ces per­son­nages de la Belle Epoque ou des an­nées 20 qui, comme le di­sait Wilde, au­ront lais­sé une vie, plu­tôt qu’une oeuvre. Des égé­ries sou­vent. Ed­wige se dé­fi­nit par quelques pho­tos, celles-là mêmes que les fa­meux

ré­seaux so­ciaux se sont par­ta­gés et ont dé­ployées après sa mort, et les gens qu’elle a ren­con­trés, cô­toyés, Wa­rhol, Nan Gol­ding, Jac­no, Pa­ca­dis, Bas­quiat, New­ton, Yves Saint Laurent, Fa­brice Emaer. Ex­cu­sez du peu, oui... Un peu comme Oc­ta­vio jus­te­ment, qui cô­toya Go­dard et Ani­ta Pal­len­berg, Keith Ri­chards et Pat­ti d’Ar­ban­ville (“My La­dy d’Ar­ban­ville”... fut écrit quand la Pat­ti quit­ta Cat Ste­vens pour Oc­ta­vio. Et on riait en­semble dans les ca­fés quand la fa­meuse chan­son pas­sait sur les mi­ni juke-boxes. Oui. A cha­cun ses sou­ve­nirs...). Ed­wige Bel­more, di­sais-je.

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