Vi­nyl

Rock & Folk - - Cinéma - 110 R&F FEVRIER 2016

Au ha­sard : se­cond as­sis­tant sur “Wood­stock”, réa­li­sa­teur du mé­ga-clip “Bad” de Mi­chael Jack­son ou grand or­don­na­teur de concerts fil­més et de do­cu­men­taires consa­crés au Band (“The Last Waltz”) ou d’un bout de Beatles (“George Har­ri­son : Li­ving In The Ma­te­rial World”). Sans comp­ter les BO de ses films qui re­gorgent de mor­ceaux my­thiques de “Jum­pin’ Jack Flash” (dans “Mean Streets”) à Bo Didd­ley (pour “Le Loup De Wall Street”)... Lo­gique donc qu’il ait fait son pe­tit dé­tour du cô­té des Stones avec “Shine A Light” où, en 2008, il shoote Keith, Char­lie, Ron­nie et Mick backs­tage et en concert pour un mé­ga-trip de 122 mi­nutes. Epoque où, avec Mick Jag­ger, il en­vi­sage une sé­rie rock qu’il rêve de faire de­puis les an­nées 70. Un “His­to­ry Of Mu­sic” (pre­mier titre en­vi­sa­gé) que Jag­ger voit comme “une­ver­sion de‘Ca­si­no’dans­le­mon­de­del’in­dus­trie­mu­si­cale”. Pro­jet qui fi­nit d’être adou­bé par HBO avec Martin et Mick à la pro­duc­tion et Te­rence Win­ter ( sho­wrun­ner de “Board­walk Em­pire”) comme créa­teur. Après quelques com­pli­ca­tions de connexion du cô­té du site pro de HBO (his­toire d’évi­ter le moindre dé­but de pi­ra­tage), on dé­couvre en­fin le pre­mier épi­sode réa­li­sé par Scor­sese plus d’un mois avant sa dif­fu­sion amé­ri­caine (et 24 heures plus tard sur Orange)... Dès les pre­mières images, nous sommes trans­por­tés dans le New York des an­nées 70. Comme un co­pier­col­ler vo­lon­taire de “Mean Streets“, le film qui ré­vé­la Scor­sese. Dans une ruelle sombre aux pa­vés mouillés, un homme en blou­son de cuir sniffe une ligne de coke avec un billet de dix dol­lars sur la carte de vi­site d’un dé­tec­tive pri­vé qui au­ra son im­por­tance au bout d’1 heure 52’ du pi­lote. Der­rière lui, de jeunes sur­ex­ci­tés se di­rigent comme des fous vers une boîte de nuit. L’homme les suit et se re­trouve au beau mi­lieu d’un concert rock to­ta­le­ment dé­jan­té. Sur scène, un groupe me­né par un chan­teur li­mite an­dro­gyne com­plè­te­ment ex­plo­sé, vague mix entre Bo­wie et Mick. Dans la salle, un pu­blic en transe se lais­sant em­bar­quer dans ses propres en­vo­lées de cris et de trans­pi­ra­tion. Comme un rip-off d’une soi­rée fin de race au my­thique stu­dio 54 ! L’homme a l’air fas­ci­né. Mais qui est-il ? Un cer­tain Ri­chie Fi­nes­tra (ex­cellent Bonny Can­na­vale), big boss du la­bel (fic­tif) Ame­ri­can Cen­tu­ry Re­cords. Un flash-back (il y a en au­ra beau­coup !) nous ra­conte ses dé­boires in­fer­naux avec sa boîte qu’il tient à bout d’an­goisse. Et c’est par­ti pour 40 ans d’his­toire du rock ! Un peu comme dans “Em­pire” (voir sé­rie du mois d’il y a trois nu­mé­ros), on suit la dé­chéance du la­bel, les­si­vé par l’ar­ri­vée de nou­veaux cou­rants mu­si­caux, entre punk, dis­co et hip hop. Ri­chie Fi­nes­tra es­sayant, dans la sé­quence sui­vante, de vendre Ame­ri­can Cen­tu­ry au­tour d’une tablée squat­tée par l’équipe du la­bel et des ache­teurs al­le­mands. Une confron­ta­tion avec des re­gards en coin qui tient presque d’une ren­contre entre gang­sters adi­peux dans “Les Af­fran­chis” du même Scor­sese. Am­biance... Et la ten­sion de s’ins­tal­ler... No­tam­ment quand Fi­nes­tra se prend la tête avec le ma­na­ger de Led Zep­pe­lin ou — sé­quence pu­re­ment scor­se­sienne — cette soi­rée dé­jan­tée chez un ani­ma­teur ra­dio sous coke qui se fi­nit en pu­gi­lat gore alors qu’une té­lé­vi­sion dif­fuse le “Fran­ken­stein” de James Whale. Re-am­biance... Le pre­mier épi­sode de “Vi­nyl” baigne ain­si dans un fé­ti­chisme rock/ pro-Scor­sese dans tous les coins de cadre : d’une po­chette de 45 tours d’Abba traî­nant sur un bu­reau jus­qu’à la de­van­ture d’un ci­né­ma pro­je­tant le por­no culte “Gorge Pro­fonde” et qui ra­mène au per­son­nage de De Ni­ro er­rant dans les salles de cul pouilleuses de la 42e Rue dans “Taxi Dri­ver”. Ré­fé­rence peu gra­tuite quand on sait que la ma­fia new-yor­kaise, très pré­sente à l’époque, avait la main­mise sur l’in­dus­trie du cul nais­sant mais aus­si celle du rock, comme en té­moigne une mé­mo­rable sé­quence de pas­sage à ta­bac en pleine rue sur un chan­teur black. Et Mick Jag­ger dans tout ça ? Eh bien il nous pro­pose son propre fils James (aper­çu en 2010 dans “Sex & Drugs & Rock’n’Roll”, bio­pic sur Ian Du­ry) à la tête des Nas­ty Bits, pe­tit groupe de ro­ckers éner­vés qu’une jeune as­sis­tante d’Em­pire Cen­tu­ry tente de faire si­gner à son boss. Rôle joué par la for­mi­dable et sexy Ju­no Temple, fille de Ju­lien, réa­li­sa­teur de “La Grande Es­cro­que­rie Du Rock n’Roll”. On reste dans le ton ! Y com­pris ce­lui de la coke, élé­ment in­dis­pen­sable à l’uni­vers de Scor­sese et du rock made in se­ven­ties, ici snif­fée à tout bout de champ. No­tam­ment à 360 de­grés sur un 45 tours en mou­ve­ment (c’est plus pra­tique !). Dans cet épi­sode 1 dont la suite de­vrait faire ap­pa­raître quelques autres fi­gures my­thiques (Da­vid Bo­wie, Otis Red­ding, Alice Coo­per), Scor­sese semble donc cou­rir avec pas­sion vers une nos­tal­gie du flo­werpo­wer/rock/coke/punk/ des­troy dont il re­trans­crit l’am­biance avec une éner­gie joyeu­se­ment dé­lé­tère. Où, pour sur­vivre dans le rock, il faut gé­rer sa pas­sion en ta­mi­sant ses coups de sang et en contrô­lant son cy­nisme nais­sant... “Vi­nyl” sai­son 1. En dif­fu­sion sur OCS Ci­ty US+24

dès 15 fé­vrier à 20 h 55

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