The Mys­te­ry Lights

“THE MYS­TE­RY LIGHTS”

Rock & Folk - - Disque Du Mois - WICK/DIFFER-ANT

Ce­la ne de­vrait pas tar­der, tant la dé­fiance en­vers les gui­tares semble re­ve­nue. Voi­là qu’on en en­tend cer­tains bou­der et sou­hai­ter “quel’on­passe àau­tre­chose”. Du mou­ve­ment, un mou­ve­ment per­pé­tuel, voi­là à quoi as­pirent les ob­sé­dés de la nou­veau­té, pen­sant avan­cer quand ils ne font que tour­ner en rond. C’est dans ce mo­ment his­to­rique, ti­raillé entre deux es­paces-temps et deux hu­meurs, que les Mys­te­ry Lights sortent leur pre­mier al­bum. Fait re­mar­quable : l’ho­no­rable la­bel soul Dap­tone inau­gure avec cette si­gna­ture son la­bel de rock’n’roll, Wick Re­cords. Une au­baine pour ces Ca­li­for­niens exi­lés à Brook­lyn qui ont ain­si pu en­re­gis­trer dans le stu­dio mai­son ré­pon­dant au nom évo­ca­teur de Hou­seOfSoul. Ceux fa­mi­liers avec les pro­duc­tions Dap­tone le savent : ici, pas d’or­di­na­teur, on en­re­gistre live, tra­vaille les tex­tures, joue avec la re­verb na­tu­relle. L’écrin par­fait pour su­bli­mer l’en­semble des tics adop­tés par le groupe : tré­mo­los de gui­tare traî­nant dans le temps, nappes de fuzz sou­te­nant les har­mo­nies, orgues mé­lo­diques et pe­tits ac­crocs d’un de­mi-ton si chers à Syd Bar­rett. Si, à l’époque où l’hu­ma­ni­té pro­duit plus d’in­for­ma­tions tous les dix-huit mois que dans l’en­semble de son his­toire, on peut s’éton­ner de voir de jeunes gens jouer la mu­sique de leurs grand­spa­rents, il est en­core plus étrange de consta­ter qu’elle a pré­ser­vé l’in­té­gra­li­té de sa sau­va­ge­rie. Est-ce ça la ma­gie de l’art, ces sen­ti­ments qu’elle pro­voque sans que la rai­son ne par­vienne à les sai­sir ? On est ten­té de le pen­ser, tant les Mys­te­ry Lights jouent au cha­man. En cinq ac­cords, l’in­tro­duc­tion ins­tru­men­tale place l’es­prit où il faut : dans une ca­val­cade noc­turne, les Sha­dows à l’ère des am­poules LED, avant de dé­bou­cher na­tu­rel­le­ment sur le pre­mier single de l’al­bum : “Fol­low Me Home”. Trois gui­tares pour po­ser le ton, mé­chant mais non­cha­lant, puis les choeurs ré­pon­dant comme des fan­tômes à Mike Bran­don, chan­teur à la voix blanche et droite qui contient juste ce qu’il faut de sou­li­tude. Si le cha­man guide les es­prits des morts et des vi­vants vers l’au-de­là, les­lu­miè­resde mys­tère tombent dans les limbes et hurlent “Flo­wers In My Hair, De­mons In My Head” puis re­tournent leur pu­blic comme une crêpe avec “Too Ma­ny Girls”, single taillé pour la com­pi­la­tion “Back From The Grave Vol 40” à pa­raître en 2065. Avant de par­tir, at­tar­dons-nous sur cette basse, om­ni­pré­sente et pour­tant in­sai­sis­sable, pour com­prendre le co­los­sal tra­vail de pro­duc­tion de Wayne Gor­don, ma­gi­cien de chez Dap­tone. On l’au­ra com­pris : The Mys­te­ry Lights a si­gné l’al­bum Maxi Best Of du mois. THOMAS E. FLORIN

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