El­vis & Nixon

Rock & Folk - - La Discothèque Idéale 2 - 108 R&F AOUT 2016

Soyons hon­nête :

on ne peut pas dire que Mi­chael Shan­non soit la meilleure in­car­na­tion d’El­vis. Ni­co­las Cage, par exemple, avait plus de Pres­leyat­ti­tude dans “Sai­lor Et Lu­la” de Da­vid Lynch même s’il ne jouait pas di­rec­te­ment le per­son­nage. Voire, mieux en­core, Kurt Rus­sell et son ma­gni­fique co­pier-col­ler du King dans “Le Ro­man D’El­vis” tour­né par John Car­pen­ter il y a près de qua­rante ans. Par­mi la cen­taine d’ac­teurs (au moins !) ayant ten­té les dé­han­che­ments du ro­cker sur les grands et les pe­tits écrans (dont Har­vey Kei­tel, James Be­lu­shi, Bruce Camp­bell et même Frank Stal­lone... oui, oui, le fran­gin de Ro­cky !), Mi­chael Shan­non ne s’en sort fi­na­le­ment pas trop mal. Avec sa paire de lu­nettes fu­mées hy­per se­ven­ties, son coup de gel dans sa ti­gnasse tein­tée de noir et son col pelle à tarte, l’ac­teur tente la sym­biose avec une cou­ra­geuse élé­gance fé­ti­chiste. Tout en sa­chant au pas­sage qu’il n’est pas là pour se la don­ner dans un bio­pic clas­sique. Car la réa­li­sa­trice Li­za John­son ne s’in­té­resse qu’à une pe­tite tran­chette de la vie d’El­vis. Plus pré­ci­sé­ment, sa ren­contre avec Ri­chard Nixon im­mor­ta­li­sée par un cé­lèbre cli­ché pris le 21 dé­cembre 1970 à la Mai­son-Blanche où le pré­sident des Etats-Unis et le King of Rock se serrent la pa­luche. Une pho­to qui, à ce jour, est tou­jours la plus de­man­dée des ar­chives na­tio­nales... Le film dé­taille donc en 1 h 26 les des­sous de cette ren­contre aus­si ab­surde qu’un face-à-face uto­pique entre le pape et Bri­gitte La­haie. A sa­voir que, se­lon une des lé­gendes te­naces rô­dant au­tour du King (qui, comme on le sait tous, n’est pas mort à Memphis en 1977) au­rait été agent du FBI. Mé­lan­geant gros faits his­to­riques (di­sons à 77,8 %) et pe­tits faits sup­po­sés (di­sons à 22,2 %), le film com­mence par une cé­lèbre image d’Epi­nal connue des pres­leyo­philes lorsque le chan­teur, dé­goû­té par les in­fos ni­hi­listes vo­mis­sant de sa té­lé, tire sur cel­le­ci avec un des re­vol­vers de sa col­lec­tion. Comme beau­coup de stars à la vie trop rem­plie (... d’an­ti­dé­pres­seurs et de sand­wiches au beurre de ca­ca­huète pour ce cas !), El­vis veut trou­ver un sens à sa vie. Et pro­pose d’ap­por­ter sa contri­bu­tion au pays en lut­tant... contre la drogue qui per­ver­tit la jeu­nesse ! Il écrit donc une lettre au pré­sident en pré­ci­sant qu’en tant que consom­ma­teur ré­gu­lier de drogues, il est la per­sonne adé­quate pour in­fil­trer des ré­seaux afin de mettre bas le tra­fic de sub­stances illi­cites ! El­vis, comme il est mon­tré dans le film, se pré­sente à la Mai­son-Blanche et est re­çu par Nixon, qui voit là l’oc­ca­sion de re­do­rer un bla­son ter­ni par les an­nées Viet­nam. Trai­tée comme une co­mé­die de moeurs, la pre­mière par­tie du film montre El­vis qui pro­fite iro­ni­que­ment de son sta­tut de star. Comme l’amu­sante sé­quence de l’aé­ro­port où, après avoir ache­té un billet de­vant une hô­tesse aux yeux éna­mou­rés, il se re­trouve face à un so­sie fri­meur de lui-même. La se­conde par­tie, fo­ca­li­sée dans le bu­reau ovale, re­cons­ti­tue la ren­contre his­to­rique avec son mix de faits réels mais aus­si de fan­tasmes. Car au­cun en­re­gis­tre­ment (fil­mé ou so­nore) n’a sub­sis­té de ce mo­ment in­time. On sait seule­ment qu’El­vis a of­fert un colt 45 de sa col­lec­tion à Nixon tout en de­man­dant of­fi­ciel­le­ment son badge de bu­reau des nar­co­tiques pour de­ve­nir agent double. La réa­li­sa­trice ima­gi­nant en­suite quelques dia­logues et mo­ments amu­sés. No­tam­ment quand El­vis ex­plique le plus sé­rieu­se­ment du monde au pré­sident qu’il peut in­fil­trer... les Beatles (en pré­ci­sant qu’ils n’ont pas la fibre ré­pu­bli­caine — plus par­ti­cu­liè­re­ment John Len­non !). Et cet autre sé­quence sur­réa­liste (et li­mite à la Will Fer­rell) où El­vis se met à faire une courte dé­mons­tra­tion de kung-fu de­vant un Nixon mi-mé­du­sé, mi-gê­né. Le plus plai­sant ne ré­side donc pas dans la fa­çon dont ce my­thique fait di­vers est mis en avant, mais plu­tôt dans la confron­ta­tion de deux ac­teurs. Shan­non qui singe El­vis comme il peut face à l’ex­cellent Ke­vin Spa­cey qui, sans l’ombre d’un ma­quillage, uti­lise ses mi­miques et son corps pour res­sem­bler au plus près au pré­sident. D’au­tant que l’ac­teur, dé­jà ha­bi­tué au rôle de chef d’Etat dans “House Of Cards”, est ré­pu­té pour être un ex­cellent imi­ta­teur (voir sur YouTube ses imi­ta­tions de Ch­ris­to­pher Wal­ken et Al Pa­ci­no). Anec­do­tique mais plai­sant “El­vis & Nixon” a le net avan­tage d’être for­cé­ment rock’n’rol­lesque (en­sal­lesle20­juillet).

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