El’Blaszc­zyk

Rock & Folk - - Rééditions - “EL’BLASZC­ZYK ROCK BAND HIMSELF : THE QUIRKY LOST TAPES” 086 R&F OC­TOBRE 2016

Born Bad Lorsque le re­vi­val ro­cka­billy est ar­ri­vé à la fin des an­nées 70, l’ap­proche des uns et des autres était à peu près la même : on co­piait, plus (Stray Cats, Ro­bert Gor­don) ou moins (Cra­zy Ca­van, Sha­kin’ Ste­vens) bien en fonc­tion de ses moyens. Le groupe de Brian Set­zer sor­tit ra­pi­de­ment de la meute pré­ci­sé­ment grâce à son éton­nante fa­cul­té à re­créer l’es­prit et le son (mer­ci Dave Ed­munds) des en­re­gis­tre­ments ro­cka­billy ori­gi­nels avec des com­po­si­tions dignes de ce nom ou des pla­giats ha­bi­le­ment ma­quillés. Dans leur coin, les Cramps, avant les autres, avaient dé­ci­dé qu’ils étaient trop ma­lins pour don­ner dans la co­pie car­bone. A peu près in­ca­pables de jouer autre chose que du Link Wray en 16 tours, Lux, Ivy, Nick et Bryan avaient donc dé­ci­dé de ra­len­tir le tem­po, et de don­ner leur propre vi­sion d’un rock and roll qu’ils trou­vaient aus­si pur que fan­tas­ma­go­rique. Ce­la par­tait de Sun puis cou­rait jus­qu’au ga­rage. Les Cramps avaient eu aus­si le gé­nie de dé­bal­ler tous les ors du folk­lore fif­ties : goules, zom­bies, se­rial killers, zom­bies vau­dous, es­thé­tique Ti­ki, ura­nium, loups-ga­rous et tout le ba­zar, ré­ha­bi­li­tant des in­di­vi­dus sé­rieux comme le Le­gen­da­ry Star­dust Cow­boy, le Phan­tom, Stud Cole ou l’af­frio­lant Ha­sil Ad­kins. Hé­las, la gran­deur des Cramps, la beau­té de leur ima­gi­naire, furent mal com­prises et dé­bou­chèrent sur l’épou­van­table psy­cho­billy an­glais (Me­teors, Gua­na­batz, King Kurt et autres mon­go­liens rem­plis­sant les com­pi­la­tions Stom­pin’AtT­heK­lubFoot, en vé­ri­té, de la Oi! avec des contre­basses) et le genre de­vint ra­pi­de­ment l’un des pires cau­che­mars des an­nées 80. Pour­tant, en France, un homme qui avait for­cé­ment en­ten­du les Cramps, avait eu, comme eux au­pa­ra­vant, l’idée de di­gé­rer tout ce gum­bo et d’en rendre sa propre concep­tion. Ob­jet d’un culte dé­li­rant pour une fois par­fai­te­ment jus­ti­fié, El’Blaszc­zyk était écou­té re­li­gieu­se­ment dans les an­nées 90 par les quelques per­sonnes pos­sé­dant ses vi­nyles au­to­pro­duits, qu’ils co­piaient sur cas­sette et fai­saient tour­ner aux amis sûrs. On l’a dé­cou­vert chez To­ny Truant, qui lui­même te­nait ses pré­cieuses bandes de Cal­vez des Co­ro­na­dos, et ce n’est rien de dire que ce fut un choc. Comme un Joe Meek mâ­ti­né de Ha­sil Ad­kins et de Jean Yanne ori­gi­naire de La Ro­chelle, le gars bi­douillait des fo­lies sou­vent hi­la­rantes avec une poé­sie so­nore ra­va­geuse et des textes mer­veilleux qu’au­rait pu chan­ter Du­tronc. Le tout avec la voix d’un vieillard de­meu­ré échap­pé de l’hô­pi­tal psy­chia­trique. En­tou­ré par­fois de très jeunes filles chan­tant en duo avec lui — on trouve là le point de dé­part des épa­tants duos fai­sant la force des Li­miña­nas — dont on dit que l’une, la su­perbe Do­na Bel­la, n’était autre que sa pe­tite soeur, El’Blaszc­zyk si­gnait et bri­co­lait tout seul des chan­sons for­mi­dables, de­ve­nues my­thiques : “Ta­qui Oual­qui” (“C’est­leTak,c’est leKi,c’est­leTa­quiOual­qui”) sur le riff cramp­sien de “Goo Goo Muck”, “Tap­fex” (“Tais-toi,tu­te­vas­pren­dreu­ne­mor­nifle, Tap­fex!”), “Quand Tu M’Ca­resses” (“Quand­tu­me­ca­res­ses­la­glotte,vla-t-y pas­quej’ai­la­trem­blote”), “Pi­quouze Jerk”, “Ten­ta­tive Dis­co-Thé­ra­peu­tique”, “Hul­ly Gul­ly Neu­ras­thé­nique”, “Pri­son­nier Beat­nik”, “Cock­tai­lo-Thé­ra­peu­tique”, “Elle Est Hor­rible” (in­té­res­sante ver­sion du “So­me­thin’ Else” de Co­chran) et de Chi­ca­go, qui s’em­pres­sa de com­bler son agen­da. Les frères Chess n’avaient que d’an­ciennes gloires (Ir­ma Tho­mas, plus connue pour un son New Or­leans, ou Et­ta James, dé­jà an­tique) et quelques gen­tilles nou­veau­tés (Mit­ty Col­lier ou l’ex­tra­or­di­naire Lau­ra Lee) qu’ils dé­pê­chèrent donc en Ala­ba­ma pour se mettre à la page. Si Chess n’avait pas les des Stooges (qui n’est pas le meilleur des Stooges non plus), ou des Sex Pis­tols voire des Je­sus & Ma­ry Chain plus tard. Mais l’im­pact de “Ramones”, contrai­re­ment à ceux conju­gués de “The Vel­vet Un­der­ground & Ni­co” ou de “The Stooges” qui ont nécessité des an­nées d’in­fu­sion, a lui été im­mé­diat. Et consi­dé­rable... Il faut donc faire des ef­forts pour ima­gi­ner

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